Soruocues, loc. cit
XVIII INTRODUCTION
au sein de communautés purement grecques, comme celle d'Alexandrie. Le grec de cette ville — nous parlons de celui des Hellènes et non de celui des Juifs — possède des formes particulières, qui n'ont été apportées ni de la Grèce ni de la Macédoine par les conquérants ou les colons, et qui sont nées à Alexandrie.
7° Enfin une des causes extérieures les plus puissantes a été le contact du grec avec les langues étrangères.
1] existait d’ailleurs une raison d'un ordre tout différent, pour que le grec post-classique se modifiât suivant les temps et les lieux sous l'influence des causes extérieures que nous venons d'énumérer : c’est qu'il était parlé par la majorité, nécessairement peu ou point lettrée et insouciante de la pureté de la langue, tandis que les lettrés, capables de la lui conserver, ne formaient qu'une minorité impuissante, noyée au milieu de la masse.
Voici maintenant quelques exemples :
ἀπάθεια et ἀπαθής prennent un sens spécial dans la philosophie stoïcienne. — τὰ φυσικά désigne la science physique de la nature, nos sciences physiques et naturelles. — πατρωνυμιχός est un terme technique des grammairiens et des rhéteurs. — ἀχαταστασία désigne l’état d'instabilité politique et de révolution où s’agite le monde grec après Alexandre. — πατριώτης prend la valeur de πολίτης. — συνείδησις devient la conscience morale. — Les mots σταυρός et ἀχολουθεῖν ont pris dans le grec biblique un sens moral et spirituel absolument nouveau. — πράχτωρ avait primitivement le sens général d'exécuteur d'une œuvre; à Athènes, il prenait celui de collecteur d'impôts, et chez les poètes celui de vengeur ; il prend maintenant le sens d'exécuteur d'une sentence judiciaire, de geôlier. — ὑποζύγιον désignait une bête de somme, en général; en Palestine ce mot désigne l'âne. — ἐχχλησία s'appliquait à l’assemblée des citoyens dans une cité grecque ; il s'applique maintenant aux comices romains, et enfin à la communauté chrétienne assemblée pour le service religieux. — δόγμα, maxime de philosophie, devient un sénatus-consulle, un décret impérial, une décision souveraine de l’autorité ecclésiastique, c'est-à-dire un dogme.
INTRODUCTION. . XIX
On trouve les formes τεσσεράχοντα, μαχαίρῃ, τῷ νιχοῦντι͵ παραδοῖ, qui sont ioniennes; les formes χερέα, ἐξέφνης avec changement d'orthographe et sans doute modification légère de la prononciation. — À Alexandrie, on dit : ἐραυνάω, ἔφαγαν, ἔλαύαν, εἴχοσαν, ἐλάῤοσαν, θώραχαν, νύχταν. — On lit sur les inscriptions : ἄνδραν, γυναῖχαν, θυγατέραν, ἐνίχωσαν; et au subjonctif : ἄγει, νέμει, φέρει, etc. Voy. d’ailleurs SoPHOCLESs (ouv. cit.) dans ses Grammalical observations, et aussi P. VIERECK, p. 74 de l'ouvrage que nous citerons plus loin.
Les métaphores propres à la langue attique, prises des tribunaux, des assemblées politiques, des gymnases, de la marine et de la navigation, sont plus ou moins abandonnées dans les pays où la vie privée et sociale est tout autre, et la nature toute différente. Par exemple, chez les Juifs hellénigants de Palestine, la vie morale est conçue comme un chemin à suivre et comme un voyage à faire; ἐπορεύθη ἐν ὁδῷ τοῦ πατρὸς αὐτοῦ (disent les LXX). Se convertir, changer de vie morale et religieuse, c'est changer la direction de sa route, ἐπιστρέφεσθαι. Les difficultés de la vie morale sont les difficultés et les dangers du chemin, σκάνδαλα, προσχόμματα͵ παγίδες, βόθυνοι. Les peines de la vie sont des fardeaux qu’on porte, φορτία (et cf. N.T., Mailh., XXII, 4 : δεσμεύουσιν δὲ φορτία βαρέα καὶ ἐπιτιθέασιν ἐπὶ τοὺς ὦμους χτλ.) |
Le contact avec les langues étrangères introduit dans le grec post-classique des éléments étrangers qui se classent ainsi :
Élément perse. — Il est représenté par des mots tels que γάζα, ἀγγαρεύειν᾽. '
Élément hébreu. — Il comprend les mots hébreux soit invariables, soit légèrement modifiés; et les hébraïsmes : ainsi πάσχα, κορδανᾶς, ποιήσω σε εἰς ἔθνος μέγα.
Élément arabe. — On n'en trouve de traces que dans la langue byzantine.
Il en est de même des éléments teutonique, hunnique et slave.
4. Le mot μάγος (déjà dans Hérodote) que l'on croyait d'origine indo-européenne est plutôt d'origine babylonienne (accadienne); voy. P. Scaanz, Commentar über d. Evangelium d. heil. Matthäus, au supplément.
XX INTRODUCTION
Élément celtique. — Quelques mots ont pénétré dans le grec par le latin, ainsi péôn, Apoc., XVIII, 18.
Élément latin. — «Le latin, dit Sophocles (Loc. cit.), était la langue officielle de l'Empire. On parlait au juge en latin; la sentence se prononçait en latin, non seulement à Rome, mais encore dans tous les pays conqnis. Après sa réduction en province romaine, la Grèce ne fit pas exception à cette règle. Un Grec avait besoin d’un interprète pour parler à un magistrat romain. Un fonctionnaire public qui aurait ignoré le latin se serait exposé à être révoqué et même privé de la liberté. (PLuTARQ., Il, 1010 D; VAL.-Max., IT, 2, 2; SuÉT., Claud., 16, et Tiber., 71; Dion Cas., LX, 8,3; LX, 17, 4; LVII, 15,3; J. Syp., 177, 261, 220; cf. ARRIEN, Perip. Eux., 43, 52; Pui- LOSTR., 221.)»
«La langue du peuple conquis subit toujours, plus ou moins, l’influence de la langue des conquérants. Durant les époques romaine et byzantine, un certain nombre de mots et de tours se glissèrent du latin dans la langue grecque...
« Les latinismes peuvent se diviser en quatre classes : 1° Les mots latins qui ont pris la flexion et l'accent grecs : xevrouptuv, etc. — 2° Les mots latins légèrement modifiés : Aévriov, etc. — 3° Les mots formés d'un
radical grec et d'une terminaison latine transcrite en grec : ἀποθηχάριος. — ho Les idiotismes, comme τὸ ixavov λαθεῖν OU ποιῆσαι, δὸς ἐργασίαν. »
Telles sont les principales causes qui en agissant du dedans et du dehors ont modifié le dialecte attique devenu le grec post-classique.
X.— Nous avonsdistingué soigneusement le grec littéraire du grec parlé ou familier. Mais il faut se souvenir qu'à toutes les époques de la langue « le grand maître de grec fut toujours le peuple. La langue de l’orateur qui le conseillait, de l’auteur dramatique qui le divertissait, différait bien de celle du peuple qui les écoutait, au moius de celle de la majorité du peuple ; mais c'était en qualité qu'elle différait et non pas en nature (PLATON, Alcib., 1, 110 E)‘.»
Comme exemple de grec négligé et plutôt populaire, et de grec plus soigné, tel que pouvait l'écrire un Athénien qui sa-