‹ Étude sur le HachichChapitre 15 sur 30 · NET · texte numérisé non relu

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l’espace d'une seconde, à des suites d'événements qui demanderaient des Jours ou des semaines à se produire ; c'est, de la part du cerveau, un continuel enfantement de conceptions multiples et précipitées, aussi la notion du temps disparaît-elle complètement : passé, présent, avenir, tout se confond, et l'esprit absorbé dans la contemplation de ses rêves est satisfait de tout. Le Temps est pour ainsi dire arrêté, il semble que cet état de béatitude dure depuis toujours et qu'il durera toujours, c'est comme une éternité existant en dehors de la relativité des heures.

Il arrive aussi quelquefois que la personnalité disparaisse, que la contemplation des objets extérieurs fasse oublier sa propre existence et qu’on se confonde avec eux: on sidentifie avec une chaise, un rideau et l’on prête à ces divers ustensiles ses désirs et ses propres passions : on se sentira par exemple s’évaporer dans les volutes de fumée d’une cigarette, on se figurera être roulé dans cette cigarette et l'on arrivera à s’imaginer que l’on est en train de se fumer soi-même. Si, d’ailleurs, on fait à ce moment un grand effort d'attention, l'illusion s'évanouira ; car le phénomène le plus curieux, est qu’au milieu de toutes ces extravagances on n’a pas perdu complètement la notion de ce qui est véritable : c'est comme un état de rêve sans sommeil, car le sommeil, le rêve et l’état de veille sont alors tellement confondus, tellement amalgamés que la conscience la mieux éveillée, la plus clairvoyante ne peut faire entre ces états aucune distinction, non plus qu'entre les diverses opérations de l’esprit qui tiennent exclusivement à l’un ou

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à l’autre. On peut, en faisant ces rêves, voir ce qui vous entoure avec netteté, avoir conscience de l'inanité de ces rêves et cependant en ressentir une joie aussi intense que s’il s'agissait de réalités durables.

Bientôt, cette surexcitation des facultés imaginatives et créatrices se calme, peu à peu les images sont estompées d’un léger brouillard qui s’épaissit de plus en plus ; le cerveau n’est plus capable de pareils travaux, et le hachichin plein de résignation se laisse tomber dans une sorte d'extase calme et immobile où le bercentencore quelques rêves fugaces et délicieux. C’est le Xïef des Orientaux. Cette période dure plus où moins longtemps et le sommeil complet, profond. absolu la rex.place par une insensible évolution.

Le plus souvent, après une ivresse de hachich survient une faim dévorante, impérieuse, une véritable faim canine qu'il faut absolument satisfaire tant le besoin en est pressant; une diurèse abondante s’observe également dans la plupart des cas.

Le lendemain le hachichin se lèvera frais et dispos ayant conservé la mémoire à peu près nette de tous les faits de la soirée; quelquefois les jambes sont un peu faibles et l'esprit empreint d’une certaine tranquillité, d'une sorte de langueur qui, d’ailleurs, ne manque point de charme et... c'est tout.

Pourtant il arrive parfois que dans la matinée, dans l'après-midi suivante, on se sente tout d’un coup, sans cause apparente repris par l'ivresse de la veille. Elle revient d'une façon intermittente, par bouffées, par « vagues » qui n'ébranlent la raison que pendant quelques

instants et qui sont précédées d’une sorte d’aura. Ce sont le plus souvent les éclats de rire et les illusions visuelles que l’on observe à ce moment.

La série des phénomènes produits sous l'influence du hachich peut donc se diviser en 4 périodes principales :

1° Une période d’excitation motrice et sensitive ;

2° Une période d'incoordination intellectuelle et de -dissociation des idées ;

3° Une période d’extase ;

4° Enfin, une période de sommeil.

Un sentiment de bien-être et de bonheur parfait domine la scène et persiste jusqu'à la fin ; les facultés qui sont le plus engourdies,et presque frappées d’impuissance sont les facultés d'attention et la volonté, par contre la mémoire est conservée intacte. ‘

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