‹ Étude sur le HachichChapitre 14 sur 30 · NA · texte numérisé non relu

NA

objets extérieurs prennent lentement, progressivement des apparences singulières : ils se déforment et se transforment successivement, et cette transformation est un continuel sujet de joie. Les illusions deviennent de plus en plus étranges, les couleurs des choses sont changées, les physionomies des personnes environnantes revêtent les aspects les plus inattendus; on ne reconnaît plus les visages, on voit sur les épaules de l'une la tête du voisin, si l’on regarde ses propres jambes, elles vous paraissent s'allonger indéfiniment, au point qu'on n aperçoit qu'avec peine l’extrémité des pieds, ou, au contraire, elles deviennent énormes et ramassées sur elles-mêmes, ou bien, on se sent si léger que l'on croit pouvoir s’envoler dans les airs: l'idée, peu à peu, prend corps, et l’on se voit planant réellement au-dessus des choses. La notion de l'espace est complètement bouleversée ; l'imagination est excitée à un point extrême, c’est la période de fantasta. Le moindre son musical, quelques notes seulement, une corde de violon qui vibre, produisent l'effet d’une harmonie ineffable, d'une musique merveilleusement belle, comme jamais l’on n’en a entendu ; les moindres objets extérieurs : une gravure, un vase de fleurs, une tapisserie deviennent de fantastiques paysages, des sites enchàanteurs, de ‘délicieuses vallées baignées de la plus douce lumière, enveloppées de la plus caressante atmosphère. La vue d’un liquide, le bruit de l'eau qui coule, produisent un charme tout particulier, extrêmement enchanteur et fascinant. Bientôt d'autres visions vous emportent dans leur tourbillon, vous font, comme dans le rêve, assister, en

Page 1