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espèce de chanvre que les Européens sèment principalement pour l'usage des Hottentots.
Aujourd'hui son usage est très répandu non seulement parmi la population nègre, mais également dans le monde des colons et des fonctionnaires coloniaux des possessions européennes.
On ne sait pas au juste à quelle époque le hachich fut importé en Amérique, mais ce qu'il y à de certain c’est qu'il y est connu depuis longtemps, et qu à notre époque, au Brésil notamment, les nègres et les esclaves le fument à la manière des mahométans ou en prennent des pilules et des décoctions pour se procurer des rêves agréables. Il est probable que les premières graines y furent introduites précisément par des nègres venus de l'Afrique occidentale.
Nous âvons vu qu'en Europe le hachich ne fut connu que par les récits rapportés par les chroniqueurs des Croisades ; encore qu'il y fut beaucoup plus question des Hachachins que du hachich.
On connaissait bien depuis longtemps les propriétés enivrantes du chanvre indigène, mais on ne soupçonnait guère ses rapports avec la drogue orientale: «... par son excessive chaleur, dit Rabelais en parlant de la graine de chènevis, elle férit et remplit la teste de fascheuses et doloreuses vapeurs. » -
Le premier qui s’occupa avec soin des vertus du hachich, fut Rumphius, un savant marchand de Hanau (1685), qui fit a Amboyne, en Malaisie, où il remplissait la charge de conseiller de la compagnie hollandaise des
Indes orientales, de nombreuses observations person nelles sur son action psychologique.
Après les recherches de Murray (1787) et de Virey (1788), ce fut Lamarck qui l’étudia au point de vue botanique dans les premières années du xix° siècle. Mais Jamais encore la connaissance du hachich n'était passée dans le domaine public; et il faut attendre jusqu'à l'époque du romantisme pour voir des hommes comme Théophile Gautier, E. Delacroix, F. Boissard et plus tard Baudelaire, mettre à la mode dans le monde de la littérature et de l’art, ce qu'alors on appelait « Les débauches de hachich. » Les agapes auxquelles on se livrait à l'hôtel de Lauzun, sur le quai d'Anjou, nous ont été à plusieurs reprises racontées par les Hachachins eux-mêmes (1). Après eux, on n’en entend pour ainsi dire pas parler, et aujourd'hui, contrairement à ce qui se passe pour l’opium (2), son usage est très restreint dans nos pays. Dans les grands centres, cependant, et notamment à Paris, les isolés qui y prennent goût sont certainement plus nombreux qu'on ne pourrait le supposer au premier abord. Il existe même des maisons clandestines où l’on peut venir à loisir goûter à l'ivresse du hachich que l’on y délivre sous forme de pastilles ou de dragées. Dans nos pays, en effet, il est rare que l'on fume cette substance ainsi que cela se passe en Orient où l'on a de la résine fraîche ; c’est pourquoi dit-on, habi-
1) V. Théophile Gautier. Un club de Hachichins. Revue des Deux-Mondes, février 1846. T. XIII.
(2) V. H. de Parville. Un danger social. Journal des Débats, avril 1903.
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tuellement un mangeur de hachich pour désigner l'individu qui s’enivre avec ce produit.
Au point de vue scientifique, les travaux nombreux entrepris sur le hachich ne datent guère que d'un demi siècle. Des médecins anglais venant de l'Inde: Raleigh, Esdale, O'Birest, O’Sanghuessy éveillèrent l'attention sur lui ; en 1840, Aubert Roche publie à son sujet une importante monographie, suivie, en 1844, d’une note de Liautaud, et en 1845 de l’intéressant travail de Moreau de Tours sur le hachich et l’aliénation mentale.
Après lui, les auteurs qui s'occupent de ce produit deviennent de plus en plus nombreux, et pour ne citer que les noms des principaux, il faut mentionner MM. de Courtive, Gastinel, Personne, les frères Smidt d’'Edimbourg, MM. Voisin et Liouville, Lallemand, Richet, Pouchet, Marschall, Easterfeld..….. etc.
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Avant de nous engager sur le terrain de la botanique, nous croyons utile de faire une courte incursion dans le domaine de la linguistique afin d’y puiser les éléments nécessaires à la détermination précise de l'orthographe du mot hachich et dela signification exacte de ce terme. Il est remarquable en effet de voir combien sont diverses les manières de l'écrire ; variations que l’on constate non pas seulement dans les romans, mais bien dans les ouvrages consacrés à la science des vocables. Ainsi nous relevons :
Dans le Dictionnaire de l’Académie Française : hachisch.
Dans le Dictionnaire Larousse : haschich.
Dans le Dictionnaire de Littré: haschisch.
Enfin dans l'Encyclopédie du XIX° siècle et dans la Grande Encyclopédie : hachich.
Dans divers auteurs nous avons même trouvé hatchisch et encore hadschisch.
Evidemment, l’orthographé dé ce terme qui ést un mot arabe ne peut être qu'une orthographe phonétique.
Il n’y à pas ici de règles éthymologiques à faire intervenir, mais il s’agit de rendre aussi exactement qu’il est possible de le faire dans notre langue, l'assonance du mot de langue arabe; or, d’après les renseignements que nous avons pris auprès d'hommes compétents en la matière, d'arabisants distingués, la chose ne saurait faire aucun doute, la meilleure orthographe à adopter est celle que conseillent la Grande Encyclopédie et l'Encyclopédie du XIX® siècle, à savoir: hachich. C'est la seule qui rappelle la prononciation gutturale des arabes.
Aussi imprécis est le sens attribué au mot hachich qu'est variable l'orthographe qu’on lui inflige: dans plusieurs formulaires, récents et consciencieux, nous voyons en effet qu’il est considéré comme un synonyme d'extrait gras de chanvre indien; dans d’autres il signifie une préparation orientale fabriquée avec le chanvre (1).
Or, hachich est la transposition en français du mot arabe, qui veut dire herbe: pour les Orientaux, c’est l'Herbe par excellence, l'Herbe avec un H majuscule; il veut dire cela seul et rien de plus; si on veut lui donner un synonyme, c’est le terme « chanvre indien » qu'il faut employer, puisque c’est cette plante qui constitue pour les Orientaux l'Herbe sacrée. Le terme bachich s'applique donc à la plante elle-même et non pas à la résine qu’elle sécrète ou aux extraits qu’on peut en tirer.
(1) Le mot chanvre, cannabis, viendrait suivant les uns dü vocable celtique canab ; pour d’autres il viendrait de l'Hébreu kanneh, qui
veut dire canne — d'où en Latin canna, en Grec yavvabts, en Italien
canapo, en Espagnol canamo, en Polonais konop, en Français chanvre. :