PHARMACIE
Le hachich est une plante de la famille des ulmacées, série des cannabinées, groupe représenté dans nos pays par le chanvre cultivé, yulgairement appelé chènevis.
Les premières recherches faites sur lui au point de yue botanique ont été entreprises, comme nous l’ayons vu, par le Hessois Rumphée, qui lui donna le nom de cannabis indica. Plus tard, en 1809, Lamarck l’étudia d’après les échantillons que le naturaliste Sonnerat (1) lui avait rapporté des [ndes. Ce fut lui qui crut devoir faire du chanvre indien une espèce particulière, différente du chanvre de nos pays, le cannabis sativa, soulevant ainsi une question sur laquelle on a longuement épilogué depuis et qui n'est pas encore résolue à l'heure actuelle.
Un certain nombre de savants, parmi lesquels Kaempfer, Delille (de Montpellier), Christison (d’Edimbourg), refusèrent, en effet, de partager l'opinion de
(1) Sonnerat, né à Lyon en 1745, mort à Paris en 1811. Introdui-
sit l'arbre à pain, le cacao et le mangoustan à l’île Bourbon. Auteur d'Un Voyage aux Indes orientales et à la Chine (1774-1781).
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Lamarck et prétendirent que le cannabis indica et le cannabis Sativa ne devraient former qu’une seule et même espèce. Leurs conclusions peuvent se résumer ainsi : si l'on trouve des différences très notables entre les propriétés du hachich et celles du chanvre indigène, il faut
en chercher l’explication dans une grande loi de physiologie végétale, d’après laquelle les sucs des plantes sont d'autant plus élaborés et plus actifs que la croissance. de ces plantes est plus restreinte sous un climat sec et chaud.
Dans le cas particulier, les résultats obtenus par M. de Courtive (1848), confirment pleinement cette loi :
« Ainsi, dit-il :
« 1° Le cannabis indica récolté en France donne une résine moins active et en quantité moindre;
« 2° Le cannabis sativa de France donne une résine bien moins active, mais active;
« 30 Le cannabis sativa d'Italie, cultivé en Champagne, donne une résine un peu plus active que la précédente, mais moins active que celle récoltée en Italie. »
Et il ajoute, pour préciser :
0,05 centigrammes de résine de cannabis d'Alger correspondent à 0,30 centigrammes de résine de cannabis indica provenant de semences d'Italie récolté à Ivry et à 0,80 centigrammes et même à 1 gramme de résine de
,; cannabis de Bourgogne.
D après M. Berthaut l'extrait de notre chanvre doit être administré à des doses cinq et six fois plus fortes pour produire les mêmes effets que le hachich.
On le voit, il n’y a, en somme, qu’une différence de
degré, et si cela était suffisant pour faire de la plante la moins active une espèce différente de la plus active, il faudrait alors agir de même pour toutes les variétés intermédiaires, ce qui n’est pas l'habitude en botanique.
Voyons maintenant si l'anatomie et la morphologie fournissent les éléments permettant de conclure à la : dualité des espèces : « La plante, dit M. Gastinel, n'atteint en Egypte qu'un mètre d’élévation, tandis qu'en Europe elle atteint souvent une hauteur de deux mètres et demi avec les feuilles plus espacées sur la tige. » Il n'y à là. on le sait, autre chose qu'une influence climatérique et hygrométrique.
M. Meurisse (1) a très minutieusement comparé entre eux les organes respectifs des deux plantes, et n’a pu trouver que de très légères différences, notamment dans la structure de la base du pétiole et la distribution des poils sécréteurs à la surface des feuilles ; aussi s’abstientt-il de conclure à la nécessité de conserver la division de Lamarck.
Pourtant il faut mentionner que dans l'Ile de la Réunion on cultive parallèlement le cannabis indica. et le cannabis sativa et qu'ils ont jusqu'à présent conservé chacun les caractères qui les différencient ; mais peutêtre le temps ne leur a-t:il pas encore permis d'effectuer leur évolution comptète vers la similitude.
Quoi qu'il en soit, l'important, au fond, est de savoir.
que les plus grandes analogies existent entre ls hachich et le chanvre de nos pays, mais que sont grandes aussi
(1) Meurisse. Thèse de doctorat en médecine, Paris, 1891.
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les différences qui les séparent au point de vue de leur pouvoir sécréteur.
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Si, en effet, les principes actifs du chanvre sont répartis dans l’économie tout entière de la plante, ils sont cependant beaucoup plus condensés dans la résine secrétée par les tiges, les feuilles et surtout les sommités fleuries. Les Orientaux qui connaissaient bien ces particularités en ont tiré une infinité de préparations diverses dont nous ne mentionnerons que les principales en nous contentant de les énumérer :
L’'ASSIS. Préparé en Egypte par le broiement des feuilles avec de l'eau. Il se prend par bols de la grosseur d'une châtaigne. C’est l’analogue du
GANJA, ou ganzar des Persans obtenu en triturant les feuilles humides et en recueillant le suc qui passe par expression à travers une toile grossière.
Le GUNJAH, ou gauja est la principale préparation indienne; il est constitué par la plante simplement desséchée et coupée en petits morceaux. Il se fume dans le narghilé seul ou mélangé à du tabac, ou se prend en infusions comme le thé. En Javanais il porte le nom de de gunsche, et de ganja-chettu en tamoul.
Le BHANG. infusion préparéeavec les graines vertes.
Le CHARRAS ou churris, est la résine recueillie dans le Népaul en promenant à travers les plantations
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de chanvre des lanières de cuir qui s'induisent au passage de la matière gluante des feuilles et des sommités que l’on réunit ensuite en boulettes. C'est par un procédé semblable que l’on récolte le ladanum, mais non pas le laudanum (!) comme il est dit dans le Dictionnaire Larousse (1). |
L'HAFIOUM ou extrait aqueux.
LEXTRAIT GRAS se prépare en faisant bouillir les feuilles et les fleurs de la plante fraiche dans de l’eau à laquelle on ajoute une certaine quantité de beurre frais. Le toutétant réduit par évaporation à la consistance d'un sirop, on passe à travers un linge. On obtient ainsi le beurre chargé du principe actif et fortement coloré en vert. Au bout de peu de temps, le beurre rancit et cette drogue exhale une odeur forte, vireuse, particulière au hachich qui en rend le goût désagréable; cette senteur nauséabonde va croissant de plus en plus, et c’est pour parer à ces inconvénients que les orientaux ont imaginé un grand nombre de mélanges plus ou moins compliqués, destinés à masquer cette saveur sui generts :
LE MADJOUM (qui veut dire pâte), est un mélange de sirop de sucre ou de miel et de chanvre indien ; il est très usité en Afrique. Les tures l'appellent Esrâr.
LE DAWA-MESK (drogue musquée) est un électuaire où entrent des feuilles et des inflorescences
(1) Ladanum. Produit résineux qui exsude À la surface des feuilles de divers Cystus. En Crête on l'obtenait en peignant la barbe des chèvres et des boues qui allaient brouter dans des endroits
habités par les cystes. Aujourd'hui, il n’est plus employé qu’en parfumerie. F