Cf. p
160 ÉTUDE SUR ll: lancelot en puose
son demi-frère Hector ; niais aucun ne possède l'ensemble de qualités physiques et surtout morales qui placent si haut Lancelot. La physionomie la plus originale est celle de Galeliaut : c'est l'incarnation de l'amitié, considérée comme vertu, type le plus beau de l'ami qu'on ait vu depuis l'Antiquité. Parmi les comparses de second plan, ceux qui ont les sympathies de l'auteur, ce. sont les bons vassaux — tel Pharien — fidèles à leur seigneur, même mauvais, par une stricte observation du contrat vassalique et, en même temps, férus du point d'honneur féodal.
Le Lancelot est bien le code de l'honneur féodal et chevaleresque.
Dans la pensée de l'auteur, son œuvre est plus encore : c'est une œuvre d'édification religieuse '. En subordonnant 1' « avanture » séculière à la plus haute aventure qui soit, la recherche, la « quête » de la plus sainte des reliques, celle du graal, qui a servi au Sauveur à célébrer la Gène, il purifie le genre romanesque et l'élève à la dignité, dans son intention, d'une « légende » ecclésiastique.
C'est la hauteur du but qui justifiait, aux yeux de l'auteur, comme de tant d'autres du Moyen-Age, la liberté qu'il prend avec la vérité. Il est vrai que l'audace de notre homme n'est pas petite. Il attribue tranquillement la paternité du « livret » mystérieux contenant YEstoire, et même peut-être l'ensemble du Conte du Graal, au Christ lui-même 2. Il soutient qu'un passage de rÉvan-
1. Heinzel p. 151) voit dans ÏEstoire le récit dune sorte de croisade d'Orient en Occident.
2. Le « livret », grand comme la paume de la main, est dû au Sauveur : « jou meïsmes l'escris de ma main », déclare Jésus (l-9 5). Pendant sa vie terrestre Jésus n'a écrit qu'en deux occasions. Après sa résurrection, il n'a écrit de sa main que « la sainte escripture du saint graal » (I, 119). — Le solitaire commence la lecture du livre sacré au point du jour « et trouvai le commenchement de mon lignage que je moult desiroie a veoir » (il appartient donc lui aussi à la race élue) ; la lecture de la vie et des travaux de ses ancêtres l'occupe jusqu'à tierce (vers neuf heures du matin). De ce point jusqu'à midi il lit la partie intitulée « del saint Graal ». Ensuite vient celle dite « la grant paor », dont la lecture est suivie d'éclairs, de coups de tonnerre, puis d'une profonde obscurité. La clarté revient, des voix entonnent un hymne de grâces ; ,il est none passé (plus de trois heures de l'aprèsmidi). L'ermite, qui se croit toujours au matin, commence la célébration du service divin : au moment où il va recevoir son Sauveur, un ange le transporte au plus haut des cieux où il contemple et comprend la Trinité (I, 5-7). De retour en son « habitacle » le solitaire, sur l'ordre du Haut maître,