‹ Étude sur le Lancelot en proseChapitre 18 sur 326 · S. VI · texte numérisé non relu

S. VI

9. On aura éventuellement l'occasion d'en citer d'autres exemples et notre analyse du Lancelol aidera le lecteur à en multiplier le nombre.

10. On objectera qu'il y a dans le Lancelot des interpolations. Nous-mêmes signalerons comme telles l'épisode de Gauvain au « Pont perdu » dans le ms. Addit. 10293 du British Muséum Sommer. IV. 182-195 et la sériedes

auteur serait assez légère cl assez experte pour se Livrer à ce jeu avec succès. Autrement dit, le Lance lot n'est pas une mosaïque

<l où 1 on pourrait avec adresse enlever des cubes pour les remplacer par d'autres, c'est une sparterie on une tapisserie : si l'on tente d'y pratiquer une coupure, tout part en morceaux.

La théorie qui voit dans le Lancelot une collection de « lais », ou d'historiettes, rassemblés, agglutinés par une nuée d'auteurs et de remanieurs ne saurait subsister. Il est, non seulement invraisemblable, mais organiquement impossible qu'un roman agencé de la façon que nous venons d'étudier soit dû à une pluralité d'auteurs. Le Lancelot est bâti avec des procédés, des « ficelles », des trucs, aussi conscients qu'une pièce de Beaumarchais, de Scribe ou de Sardou, et il n'est pas un grand roman du xviii6 ou du xixe siècle qui soit aussi « composé », au bon comme au pire sens du terme.

aventures de Bohort, Lionel, Hector et Gauvain dans le ms. 6342 du fonds de Harley au British Muséum (V, 413-474). Mais ce sont des morceaux qui se dénoncent d'eux-mêmes comme des additions postiches. Ils se consacrent aux aventures de personnage de second plan, aventures extérieures à l'action principale. Je doute, d'ailleurs, que dans le premier volume du Lancelot propre et dans le premier tiers du deuxième, ce genre môme d'addition eût pu trouver place; le tissu y est trop serré et la narration, coupée en petits épisodes, saute constamment d'un personnage à l'autre, rendant toute intercalation imprudente. Au contraire, à partir de la Charrette (IV, 156) et surtout de YAgravaln (V), le récit est découpé en larges tranches; on suit fort longtemps un personnage avant de passer à un autre. Chaque grand épisode peut donc, jusqu'à un certain degré, constituer un tout et, entre deux épisodes de ce type, il peut s'en glisser un autre, adventice.

Même sous cette réserve, l'insignifiance numérique de ces additions est significative. En raison du nombre si élevé des manuscrits du Lancelot on s'attendrait à en rencontrer infiniment plus. S'il y en a si peu, c'est que 1 interpolation n'était vraiment pas aisée à opérer.

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I h autre procédé, qui relève du même esprit que < ■••lui de I En trclêcement, c'est la Chronologie.

I ,e Lance lot a La prétention, non seulement de retracer la bio graphie de son héros et de ions, mais de la présenter

sous forme de chronique. On 3 signal* minutie le jour où

tel <»u tel fail se produit. <m suit Les personnages principaux presque jour par jour, heure par heure.

Les exemples sont innombrables. Citons-en quelques-uns peu près au hasard :

Le roi Ban de Benoïc s échappe <U' Trèbes dans La nuit de La nnaoût (III, 7, S ' ; (Mandas réside à La cour d'Arthur «le la miaoût jusqu'à lin mai III. -'> et c'est à La Saint-Jean qu'il adoube chevalier L'écuyer qui la accompagné en Grande-Bretagne 111, l\'2, •').') . Un frère tic l'ordre de saint Augustin trouve Arthur .« Londres La première semaine de septembre, un dimanche III. i ■'■ Lancelot et la Dame du Lac partent pour la Grand&rBretag un mardi et ce mardi ne peut être qu'un mardi I i juin III. 148, 149), Arrivé auprès d'Arthur, le vendredi 24 juin, Lancelot est adoubé à Camaalot le dimanche suivant «v 1 1 1 , 11!*. 259 . Il quitte la Dame de Xohant le lundi matin III. 139 : il chevauche jusqu'à tierce (443), L'attente d'Arthur à la porte de la Doulour. Garde est racontée minutieusement : le roi dépêche successivement plusieurs chevaliers pour obtenir l'entrée à primes, tierce, midi, noues, vêpres, pendant trois jours « à toutes les heures n

1. Dans tout ce chapitre nous croyons prudent, vu la multiplicité des renvois, de les faire entre parenthèses et non en note, pour diminuer les chances d'erreur.

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(les heures canonicales III, 157-158 . Lancelol s'échappe de la Douloureuse Garde et chevauche jusqu'à « miedi bas» 163). Une intempestive rêverie d'Arthur se produit un mardi (III, 271). La cour enforcée qu'il tient à Carduel se termine un mercredi (ib.). Hector quitte son amie et la cour un mardi « entre nones et vêpres » (III, 208). Lanceloten songeant à la reine se perd dans une rêverie et le cheval, mal dirigé, se prend les pieds dans une crevasse, tombe et blesse son cavalier : c'était un samedi soir de la semaine de la mi-août : l'été, très sec et encore fort chaud, avait desséché le sol (III, 173). Lancelot se rendait à 1' « assemblée » (bataille ou tournoi) d'Arthur et du roi d'Outre-Marche, qui devaient se rencontrer le « tiers jor après la feste Nostre Dame en septembre » (III, 171, 1. 11 et 34), donc le 10 septembre. Blessé, Lancelot doit perdre dix jours à se soigner, mais il part coûte que coûte le 11e jour (donc le 25-26 août) et se fait porter en litière ; il peut ainsi arriver à temps à l'assemblée et y faire merveille (III, 178-180). Un autre rendez-vous est pris alors pour le lundi « devant les Avents » (III, 181), donc fin novembre. Galehaut et Lancelot en Sorelois déplorent que la reine ne donne pas de ses nouvelles depuis le début de mai et on est en janvier (III, 357). Lionel, dépêché alors auprès de Guenièvre, rencontre Gauvain qui, dans sa quête de Lancelot, s'arrête au château de Loverzep à « haute prime » car les jours sont courts en janvier (III, 362, 1. 2). Lancelot, Galehaut et Hector sont reçus à la Roche au nombre des compagnons de la Table Ronde huit jours avant la Toussaint. Les fêtes se prolongent jusqu'au tiers jour de la Toussaint. Puis Lancelot et Galehaut se dirigent sur le Sorelois. Ils promettent d'être de retour à Camaaloth pour Noël (III, fin, 429-430).

Les tomes II et III ne sont pas moins remplis de précisions fallacieuses. Lancelot sera vendredi soir devant la Douloureuse Tour et celle-ci sera prise « entressi et samedi » (IV, 123, 126). Il quitte Morgainuh mercredi (IV, 127). Le retour de Guenièvre du Sorelois dans ses Etats a lieu « la semaine devant le Nostre Dame que l'on dit la Gandelier » ; la reine était demeurée deux ans en Sorelois, plus « tant com il a de la Pentecôte dusc'a la première semaine de genvier » (IV, 82). Yvain rencontre un nain un lundi matin (V, 124) ; Triadun, qu'il envoie auprès de Mauduit, arrive « près de vespres » (V, 134). Meliant le Gai, arrive à la cour le

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Laissant de côté Les <■ Enfances »,je commence mon examen au moment où le béros va se montrer hors de pai

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