‹ Étude sur le Lancelot en proseChapitre 2 sur 326 · On reviendra à la fin de ce volume sur ces curieux · texte numérisé non relu

On reviendra à la fin de ce volume sur ces curieux

2. Paulin Paris, Les Romans de la Table Ronde mis en nouveau langage et accompagnés de recherches sur Vorigino et le caractère de ces grandes compositions. Paris, Léon Techener, 1868-4877, 5 vol. in-12.

3. P. Paris a écarté délibérément de son analyse, pour les deux dernières parties, tout ce qui ne concernait pas directement le personnage de Lancelot.

4. Il n'a même pas hésité à faire des sommaires à l'encre sur les marges de plusieurs mss., tel le fr. 339. A défaut de ce ms., il utilise le 754 et le 1430. Si ceux-ci ont des lacunes, il a recours surtout à 337, 341, 773, 776, 752, enfin 751. Il a laissé de côté, par une véritable aberration, le 768, ms. champenois de première importance qu'il connaissait cependant.

5. Ainsi les deux grands mss. de la Bibliothèque de l'Arsenal.

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Liste triomphait ohei noua, son livre passa presque inaperçu Lanoé vingt ou trente ans plus tôt, au moment de l'effî romantique, l'ouvrage, en dépit de tous ses défauts, eût p< être valu a notre vieux roman les suffi des Lettrés al

L'imagination de nos poètes.

Des deux parties que l'analyse de Paulin Paris Laissait ds L'ombre, La Quête du a&int Gro&l et La Mort d'Arthur, la prem avait été éditée dès 1864 par F. .). Furnivall. Malheureusement, cette édition, procurée pour le Roxburghe Club st trou

inaccessible1 au public. En outre, fondée sur un seul ins. du Britisfa

Muséum, elle ignore les manuscrits pansions qui, précisément, sont les plus anciens. Quant à La seconde, c'est seulement dans les dernières années qu'un professeur américain. M. J. Dou

t. Notamment dans les notes des tomes III et [V et dans les appendi<

2. On trouvera La liste de ces mas« dans notre seconde partie. P. I

n'a même pas voulu se servir de bons mes. cycliques, tels le IV. 1 LOel le Br. 344, qui sont cependant du un1 siècle.

3. L'exemplaire qui m'est personnel provient de la bibliothèque «1 un critique illustre ; il n'était pas coupé quand j'eo fis l'acquisition.

». La Quettedel SaintGraal, éd. by Frederick J. Furnivall, printedfor the Roxburghe Club, Foulon, i 864, in I

Le même éditeur avait imprimé à Londres en "2 vol.. datés 1861-63, pour le Roxburghe Club également, ÏEstoire sous le titre de Seijnt Gr.ial or the Sank Ixi/al sie . Ce même texte fut publié d'après un ms. du Mans par Eugène Hueher, sous le titre de Grand naint (iraal dans sou ouvrage Le Saint Graal Le Mans. 1875*78, 3 vol.-; il remplit le tome II et les 3<»S premières pages du tome III, le reste (p. 311-738 étant constitué par une énorme et insipide interpolation, ['Histoire de Grimaud ,

4 ÉTUDE SUR I.K LÀNCEL01 I A l'I'.oSE

lîruce nous en a donné une édition 1 qui reproduit rigoureusement2 le ms. 'Ii2 du fonds français de La Bibliothèque Nationale, ms, daté de l'année 1271.

M. Oskar Sommer a eu L'ambition de donner plus qu'une analyse, plus (prune édition partielle. Il a voulu éditer l'ensemble de 1 immense corpus de Lancelot-Graal :i. Son édition, fruit d'une application prodigieuse, a paru à Washington aux frais de la Carnegie Institution, de 1909 à 1913. Elle forme 7 volumes in-i magnifiquement imprimés 4. Cette édition n'est pas définitive. Son auteur, tout le premier, se défend d'avoir eu cette pensée. 11 veut seulement préparer les voies à l'édition critique qui

1. Mort Artu, an old french prose romance of the xmth century, being the last Division of Lancelot du Lac, now first edited tVom thems. 342 (fonds français) of the Bibliothèque Nationale, with collations from some other mss. by J. Douglas Bruce Ph. D. (Halle-a-S., Niemeyer, 1910, in-8° de xxwii-316 pages).

2. Trop rigoureusement, et M. Paul Meyer a dû faire observer qu'il n'est nullement scientifique de reproduire servilement un ms. avec ses imperfections, en laissant subsister, par exemple, les capitales au milieu des phrases (voy. Romania, t. XL, 1911, p. 138). Toutefois ces critiques seraient souverainement injustes si elles devaient nous empocher de reconnaître le service rendu par D. B. à nos études et par son édition et par sa préface, et aussi par les mémoires que nous signalerons éventuellement.

3. Qu'on nous passe, vu sa commodité, cette manière de désigner l'ensemble du Lancelot du Lac, précédé de Y Histoire du Saint Graal [VEstoire), suivi de la Quête du Saint Graal et de la Mort d'Arthur.

4. The vulgate version of the Arthurian romances edited from manuscripts in the British Muséum by II. Oskar Sommer. Washington, the Carnegie Institution of Washington, 1909-1913, 7 vol. in-4° : vol. I (1909), Lestoire del Saint Graal xxxn-296 pages ; — vol. II (1908), Lestoire de Merlin, 466 pages ; — vol. III (1910), Le Livre de Lancelot del Lac, Part I, 430 pages ; — vol. IV (1911), Le Livre de Lancelot del Lac, Part II, 399 pages ; — vol. V (1912), Le Livre de Lancelot del Lac, Part III, 474 pages ; — vol. VI (1913), les Aventures ou la Queste del saint Graal, — la Mort le roi Arlus, 391 pages ; — vol. VII (1913), Le Livre d' Arlus, 370 pages. — Un Index of names and places to volumes I-VH de 85 pages, dont l'impression était achevée en juillet 1914, n'a paru, vu les circonstances, qu'en 1916. Le Merlin avait déjà fait l'objet d'une publication du même éditeur en 1894 : Le roman de Merlin or the early hislory of King Arthur (London, privately printed), d'après le même ms.

L'éditeur a pris comme base de son édition, sans raison probante, le ms. Addit. 10292-10294 du British Muséum, et il le reproduit servilement. Cependant il en a comparé les leçons à celle de cinq à six autres mss. d'Angleterre. A partir du vol. III, M. O. S. signale des leçons intéressantes de mss. des Bibliothèques parisiennes qu'il avait d'abord laissés de côté, pour des motifs de convenance personnelle (voy. l'amusante page xxm du Yol. I).

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des complimonl s et d< \ remercia ni • ■■ l'adi iblc

I im\ ailleur, puisque c'esl i on labeui que n

enfin, entreprendre l'étude de l'œuvre pipante que ft laquelle il i

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La difficulté de consulter un texte lisible n'eal ni le «ul ni le principal obstacle qui ail détourné du Lanceloi l'attention historiens de la Littérature française. L\ruviv elle m. 'm pour peu attrayante. (>n L'envisage comme un assemblage de morceaux disparates dus s dix ou vingt auteurs diiTérenl jlomérés facticemenl par une nuée d' tnbleurs* . farcie d'in-

t . Voy. vol, I, p. ui-i\ .

Mous renvoyons pour cette critique I notre deuxième partie qui pai tra ultérieurement .

3. Au momenl même où 0, Sommer publiait ses premiers rolumes, la collection des Marburger Beilrûge zur romani$ehen Philologie publiait une tentative d'édition critique du commencement du L*ncelot propre, entreprise par trois élèves du prof. Ed. Wechssler de l'Université de Marbu MM. Gerhard Brftuner, rlgns Becker, Heinrich Bubinger, fascicules 2 l ■ • 1 1 , 6(4912 , 8 (1912 .Elle a été, dans la ZeiUchrift fur franzôêucheSpracheund LUteratur (t. XL, 2« partie, 1912-13, p, 37-58 , de la pari de M. Ernsi Brugger, l'objet d'une critique dont la sévérité est excessive. N ions

très heureux d'avoir pour l'ensemble «lu L&ncelot une édition même aussi « imparfaite ». Il suffit, du reste, de comparer à cette édition les p • correspondantes (t. III. p. 3-131 de la publication de M. 0, gommer pour se rendre compte que L'avantage n'est pas en faveur de ce dernier.

i. Cette idée se trouve exprimée à chaque page du livre de Paulin Paris (voy. par exemple I, 89-90 . 11 ne faudrait pas trop le presser pour lui faire dire que chacune des prétendues «laisses » est due à un auteur différent (voy. par exemple IV, 137 note 1 ; 208 note l ; 359 ; V, 296-7, 358 . El au fond, il semble bien que M. E. Brugger soit encore de cet avis et considère le Lnncelot comme un chapelet de lais dans ses articles de la Zeitschrift fur franzôsische Sprache and Liiteratur1 t. XXIX, et suiv.

La pluralité d'auteurs est également un dogme pour miss L. J. YVeston

voy. son Lancelot, p. 92, notel, p. 194, note 1, etc. et son Parceval, passim ,

pour O. Sommer (voy. par exemple l'introduction à son édition, vol. I, xvi-

xvu; vol. VI, 144, note 9 ; 150, notes 2 et S, note 8, et son article de la

floroania, t. XXXVI, 1007, p. 377-378 et 551-552).

J. Douglas Bruce, lui-même, n'en est pas complètement affranchi dans son édition de la Mort Artu, ni dans son mémoire The Development of the Mort

6 ÉTUDE st n LE I. AV. Fi. m \.\ PROSE

terpolations de tous genres et de toulos époques. Et l'intérêt ne va guère qu'aux o livres derrière lesquelles on sent ou on devine une personnalité. Anonyme ou collective une œuvre doit au moins témoigner, à l'exemple des poèmes homériques ou des <( épopées » de l'Inde, d'une force poétique de tout premier ordre — et tel n'est pas le cas du Lancelot.

Aussi les manuels passent-ils rapidement sur le Lancelot, ne retenant de cette immense composition qu'un ou deux épisodes *, ou même ils ne le mentionnent pas 2. Et cependant le Lancelot est l'ancêtre de tous les romans de chevalerie. UAmadis de Gaule n'en est qu'une imitation affaiblie 3. Grâce à la traduction ou

Arthur thème in mediaeval romance (dans la Romanic review, vol. IV, 4913).

Et Gustav Groeber, dans l'intéressante étude qu'il a consacrée à notre œuvre dans le Grundriss der romanischen Philologie (2e éd., t. II, 2e partie, p. 1004, § 277) considère comme évident que la Quête du Graal, la Charette (en prose), le Galeliaut, YAgravain, sont dus à des auteurs différents .

1. Ainsi dans YHistoire littéraire de la France (I, 322-324) de Petit de Julville, M. Clédat lui consacre trois pages seulement où il analyse un passage de la fin de la Quête. Dans son petit recueil de Morceaux choisis des auteurs français du moyen âge, le même reproduit (p. 140-158) l'épisode de la nef de Salomon, lire de YEstoire.

Un ouvrage de Louis Moland, bien oublié aujourd'hui, les Origines littéraires de la France (1861, 2e éd. 1863), donne une analyse de l'ensemble du Lancelot-Graal (p. 26-66) et reproduit en appendice trois textes, l'apparition du Christ à Joseph d'Arimathie dans sa prison, la première entrevue de Lancelot du Lac avec la reine Guenièvre, la mort de Galaad (p. 367-388), Moland s'est servi des mss. du fonds français de la Bibl. Nat., 770,339,

2. M. Gustave Lanson, dans son Histoire de la littérature française (p. 58), n'y fait qu'une vague allusion. D'autres manuels ne rapportent même pas le titre, ainsi celui de Ch. Aubertin, consacré cependant à YHistoire de la littéraire française au moyen âge (1876). Il faut mettre à part les pages que Gustav Groeber a consacrées au corpus Lancelot-Graal dans le Grundriss der romanischen Philologie (t. II, 2° partie, p. 1004 sq.) ; elles constituent encore la meilleure étude d'ensemble du sujet. Constans donne quelques pages du Merlin dans sa Chrestomathie de V ancien français.

La Queste du saint Graal a été l'objet d'une très importante étude critique et littéraire de M. Albert Pauphilet dans la Romania, t. XXXVI, 1907, p. 592-609.

3. Paulin Paris, le premier, a signalé ce que YAmadis de Gaule doit au Lancelot (voy. notamment au t. IV, p. 372-373).

On trouvera le détail des rapprochements entre les deux œuvres dans le mémoire de miss Grâce S. Williams, The Amadis question, New- York-Paris, 1909, 168 pages (Extr. de la Revue hispanique, t. XXI), thèse de l'Université Columbia m New- York), 1909-10.

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prises bous l'influence des idée i oui anl

amené, «-i très rapidement, à la thi uivante queje formule

tout de mite et sans réticences! /■ corput Lan lot-G déduction faite du Merlin et dé ses suites ' . gui sont certainement oostiches, est dû à un seul Buteur, Il présente sous une diver

[. L'ouvrage de Malory , compo éve \i( imprimé d'après l'édi-

tion princepa de Caxton (1485), pai 0, Sommer ea '■> roi. mi0, Lond 1889 '»<>.

8, Ce titre chei Malory s'appliqua à l'ensemble du corpus.

3, Le / snceloi a exercé son influence même Bur l'onomastique et la I nomastique de L'Angleterre : il a introduit dans l'us i noms tell

Lionel et constitué le prétendu duché de Qarence. sur celui

P. Paris, op. cit., IV, 77, note I .

i Cf. (i. Paris, / a littérature française an moyen âget issi

D. Bruce, .</•/. cité. Ajoutons (voy. notre seconde partie que nombre mss. du Lancelot onl été copiés par des scribes italiens.

5. Sur les traductions allemandes du Lancelot, voy. Germaniat t. XXVIII, 125-185, el Wendelin Fœrster, Kristian ron Troyes, Wôrterbuch 1914 ,

Ou doit à miss Weston une analyse commodo du L.inc-'lo/ néerlan i The legend of sir Lancelot du Lac, l'.»0i, p, 215-241 .

Sur les traductions portugaise Historia dos cavalleiros da Meta redo'nda et (/.•/ Demanda do santo Graal) ei espagnole La Demanda del tancto Grial, con los maravillosos fechos de Lançarotey de Galas su hij'o, éditions de 1525 el L535), voy. lesmémoires de O. Sommer et A. Pauphilet parus da: Romania, t. XXXVI, année 1007.

6. Trois suites ont été données au Merlin de Robert de Boron «incorporé, vers le milieu du \ni'' siècle approximativement, au Lancelot-Graal. La plus répandue, la Vulgate, commence à la page 88, ligne 17 du vol. II de l'édition de O. Sommer (p. ',>3 de l'édition du Merlin de 1894 1 ; la deuxième, Le Livre d'Artus, forme le vol. VII de la même publication ; la troisième, contenue dans un ms. appartenant à A. Iluth, a été publiée par Gaston Paris et J. Ulrich, sous le titre Merlin, roman en prose du XIIIe sièele 1886, 2 vol. ; elle commence au tome 1. p. 147 ce qui précède est le Merlin de Robert de Boron) et occupe le reste du tome I et le tome II.

apparente une unité de conception et de plan certaine. Ce nest pas Vœuvre romanesque et mystique la plus /parfaite du moyen âge français, mais c'en est, à coup sûr, la plus puissante l.

I . Les travaux consacrés au cycle de la Table Honde et aux diverses parlies du L&ncelot-Graal sont en nombre considérable. Nous renverrons au cours de cette élude à ceux qui nous paraissent mériter l'attention. Nous le ferons, du reste, très succinctement, étant bien décidé à ne pas perdre notre temps en polémiques inutiles. En eiïet, ou notre thèse est une erreur complète, et la sagacité des lecteurs s'en rendra compte très vite, ou bien elle est fondée, auquel cas les travaux antérieurs s'écroulent, et il est d'un faible intérêt de fouiller dans ces décombres. Je ne m'attacherai guère qu'il signaler les détails sur lesquels je me rencontre avec mes prédécesseurs.

cil \ITN;i PREMIER

SI JE! il l>l\ ISIONS DE LOI VB VGE

I c sujet ', dans i " 1 1 ■ i - ■ h: ne i esf simple l'histo

(1 un jeune héros, compagnon «I'1 La Table ronde . nue exploits, dus moins encore force physique qu •« tes quai

morales, ont fait le premier chevalier du monde. A lui seul paraît réservé l'honneur d'a< hever La plus mystérieuse e( la plus haute des - aventures », La conquête du saini graal, ' <« nostre sire Jésus Christ mangea l'agneau le jour de Pâques avec sos disciples en la maison <!<■ Sun. m le lépreui Malheureusement Lancelot s'esi souille d'un péché irréparable, son adultère avec la reine Guenièvre, femme du plus grand des rois, Arthur, < jui règne sur la Grande-Bretagne. Dès le premier instant qu'il a vu la reine, Lancelot esl tombé pour La vie en son pouvoir. Esclave de la femme adultère, Lancelot ne sera pas Le hé de la conquête du graal. Mais Dieu lui fora la grâce d'accorder cotte suprême faveur au BU, né uY relations où la volonté D B pas ou de part, avec la fille du Roi Pêcheur, gardien du saint graal — Galaad.

La Quête du saint graal par le héros pur et parfait, Galaad, fait suite au récit des exploits du Lancelot. Mais l'histoire ne saurait s'arrêter à la fin surnaturelle de Galaad. Lancelot et Guenièvre doivent être punis de leurs longs égarements. Leur châtiment c'est d'être, dans l'arrière-saison de leur existence, la cause involontaire des discordes finales qui déchirent la cour d'Arthur et font périr les compagnons de la « Table ronde » dans une lutte fratricide où succombe leur maître à tous, l'incompa-

i. On trouvera en appendice une analyse détaillée de l'ensemble du Lancëlot-Graal .

rable Arthur. Après avoir vengé surMordret le héros qu'il a trahi dé son vivant, tout en L'admirant et en L'aimant, Lancelot meurt en odeur de sainteté. Avec lui et ses parents disparaît le monde chevaleresque. Alors s'évanouissent les âges dorés où les chevaliers errants, compagnons de la « Table ronde » parcouraient le monde pour la défense des opprimés ', ;t la recherche d'aventures merveilleuses, au-dessus des forces de tous autres qu'eux-mêmes.

Ainsi le Lancelot, dont la Quête ne saurait se détacher, suivi de L'épilogue tragique de la Mort d'Artliur, précédé, comme d'un portique, de ÏEstoire du graal où les destinées antiques du vase sacré sont retracées, se dresse comme un édifice à la fois grandiose, simple et harmonieux.

La simplicité du plan, la pureté générale des lignes échappent au lecteur qui se laisse entraîner dans le labyrinthe des aventures, dans leur « carole » magique. C'est que le Lancelot n'est pas un roman simple, linéaire, à la manière des romans français modernes où la lumière n'est projetée que sur les deux ou trois personnages essentiels. Le Lancelot est touffu parce que la vie du héros n'est pas séparée artificiellement de celle de ses compagnons d'armes. Sans prétendre constituer un corpus des aventures des héros de la Table ronde, le Lancelot entend encadrer les exploits du meilleur des chevaliers dans ceux de ses parents, de ses amis, de ses émules. Et l'on ne peut nier qu'on ne s'égare facilement dans les « brousses », de ces aventures. Si jamais la plaisanterie des arbres qui empêchent de voir la forêt fut de mise, c'est dans le cas du Lancelot. Pour bien apprécier l'architecture de l'œuvre, il faut du recul.

Elle ne se présente pas à nous, au surplus, sans divisions, sans ponctuation.

Tels qu'ils nous sont parvenus, les mss. que nous proposons d'appeler « cycliques ? », répartissent l'ensemble du Lancelot- Graal en cinq parties : Estoiredu graal, Merlin (et suite), Lancelot propre, Quête du Graal, Mort d'Arthur, ces deux dernières étant,

1. Cette mission des chevaliers errants apparaît pour la première fois sans doute dans notre roman. Elle est signalée à plusieurs reprises dans le Lancelot (IV, 127, 227; V, 195) et dans la Quête (VI, 125). La mère de Perceval recommande déjà à son fils de « servir dames et pucelles » dans le Conte du graal de Chrétien de Troyes (éd. Baist, p. 8-9, v. 512-522; cf. Potvin, t. II, 59).

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