D'UNE CONTRADICTION DE VESTOIRE, LA MORT DU ROI LABEL
Les divergences, les contradictions, signalées entre Y Estoire et la Quête ont (Hé, nous l'avons vu ', exagérées. Elles sont, du reste, peu de choses en comparaison de l'opposition absolue des deux récits touchant la mort du roi Label que donne Y Estoire à quelques pages d intervalle.
Premier récit :
Le jeune Célidoine, fils de Nascien, transporté miraculeusement en une île sauvage, aperçoit deux nefs jetées sur la « roche » par une tempête épouvantable. Les passagers peuvent néanmoins aborder et l'enfant, confiant, s'avance à leur rencontre, croyant avoir alfaire à des chrétiens : il était loin de compte.
« Ains estoient païen, si aloient a ost el roialme de Sire sor « Samuel, qui le freire au roi de Perse avoit ochis por ce qu'il « l'avoit vilainement trové avoec sa feme. Et illuec entr' eus estoit « li rois de Perse, que on apeloit Label; si estoit jones hom 2et « boins chevaliers de sa main, mais il n'estoit hons vivant qui a tant haïst crestien com il faisoit 3. »
En dépit de la haine qu'il porte aux chrétiens, Label trouve que l'enfant Célidoine a si bonne grâce qu'il songe à lui donner sa fille et son royaume. Deux songes merveilleux, dont le seul Célidoine peut donner l'interprétation, en dépit de son jeune âge (dix ans), changent le cœur du roi des Perses. Il se décide à embrasser la foi chrétienne et se rend pour recevoir le baptême en un ermitage de l'île sauvage ; il y expire le lendemain, « et fist « puis nostres sires maint bel miracle por lui 4 ».