‹ Étude sur le Lancelot en proseChapitre 306 sur 326 · Sommer, IV · texte numérisé non relu

Sommer, IV

2. Suites de la Charrette : Lancelot est accusé par un chevalier du pays de Gorre d'avoir agi en traître envers le roi Baudemagu en lui tuant son fils. L. accepte de combattre l'étranger pour prouver son innocence le jour de la Sainte-Madeleine à la cour de Baudemagu. L. raconte ses aventures au roi Arthur et aux compagnons de la Table Ronde. Il est informé à son tour de l'épisode delà charrette et des exploitsde son jeune cousin Bohort. L. reste huit jours à Camaaloth, puis s'en va de nouveau courir le monde. Aventures diverses dont la plus curieuse est le tournoi du Chastel des dames, où Lionel et Hector, champions des pucelles, luttent contre L. sans le reconnaître. Victoire de L. Aventures de Bohort. L., qui ignorait toujours la mort de son ami, découvre le corps de Galehaut et veut se suicider. Intervention heureuse de la Dame du Lac. Délivrance de la sœur de Méléaguant qui doit être brûlée vive pour avoir ouvert la prison de L. Lancelot chez le roi Baudemagu. Combat victorieux avec le chevalier le jour de la Madeleine à Iluidesant.

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brusques revirements. \ ce goût inné de l'analyse, touti endi teintes, vienl se joindre la tendance à 1 allégorie, chère auj i vains de son époque, Toutes ces particularités de forme qui sont le costume de l'amour courtois se retrouveni bien marqu comme on le sait dans la Charrette «!»■ Chrétien. I e d surtout le monologue, sont coulés dans le moule conventionnel, les luttes symboliques entre Imour I R son ou II<»uneur n y apparaissent en plein relief, ainsi que l'antith classique des yeux qui ne peuvent suivre le cœur, qui | est sire et mestre - et (jui doivent rester dehors i pleins de larmes avec le corps ».

De tous ces raffinements, de toutes ces mièvrer de ïars am&toria où Chrétien esl passé maître, qu l'épisode de la Charrette de sou imitateur ? Bi m peu de cho Le ton, le coloris paraissent être les mêmes, à une nuance pi mais tous les ornements ciselés, incrustes dans la matière du récit par le poète-orfèvre font presque entièrement défaut ici. Notre auteur, si prolixe et diffus en général, lui qui amplit plaisir les faits et gestes de ses héros, devient subitement sobre et concis jusqu'à la sécheresse dès qu'il s'agit de la description de leurs sentiments : toutes les digressions de l'aimable conteur

sur ce sujel Boni abrégées, sinon coupées, les dialogues écourtés el les deux grands monologues de Lancelot et de Guenièvre, si caractéristiques du genre, complètement Supprimés. Sacrifiés aussi cl les rêveries de Lancelot, où s'épanouit toute la grâce du maître champenois, et la personnification des concepts abstraits, et le débat de ces diverses tendances dans l'âme du héros. Pourquoi ? On peut se demander si une telle abstention de la part de l'auteur ne sérail pas un signe d'impuissance, un aveu de son incapacité d'égaler ou même d'approcher son modèle dans ce domaine réservé ? Moins artiste que Chrétien, moins expert dans l'art de créer des effets poétiques, notre auteur se montre, en effet, parfois maladroitet gauche. Cependant, quand il veut bien, quand il s'y met de tout cœur, il ne cède pas à l'original, sinon en préciosité, tout au moins en linesseet en pénétration psychologique. Comme exemple nous n'avons qu'à indiquer pour notre Charrette le dialogue de Guenièvre avec le roi Baudemagu dans la tour1 et aussi le dialogue des amants réconciliés 2.

Pour l'esprit allégorique il ne le cède, en vérité, à personne, puisque tout le Lancelot en prose est d'un bout à l'autre une œuvre symbolique dans le sens le plus élevé du mot. Mais le petit jeu de personnification allégorique appliqué aux choses de l'amour semble répugner à l'auteur qui n'avait certainement pas en lui l'étoffe d'un Guillaume de Lorris. lise méfie en général de tout ce qui est mièvre ou alambique, parce qu'il croit avoie mieux à nous offrir. La vérité c'est donc que s'il ne suit pas Chrétien de Troyes dans cette voie, c'est qu'il ne le veut pas. parce qu'il se fait une autre idée du sujet. Parcourir indéfiniment la gamme des émotions, disséquer, discuter ou plutôt ergoter, cet exercice lui paraît fastidieux ou puéril. Allant droit au but, tout à l'action, il néglige ces vagabondages au pays du Tendre, où s'attarde son illustre prédécesseur. L'essentiel pour l'auteur du Lancelot en prose c'est l'histoire d'une âme virile, véritable châsse de l'amour ; le reste lui importe assez peu.

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