DUNE CONTRADICTION INTERNE DE L'OEUVRE
Dans cette unité même de plan, dans cette continuité de dessein il y a quelque chose de grandiose, mais aussi d'inquiétant. Comment un seul homme a-t-il pu sans défaillance grave mener à terme une œuvre aussi compliquée dans l'exécution que simple dans les grandes lignes? C'est trop beau.
A y regarder de plus près, on s'aperçoit que ce n'est pas du premier coup que l'auteur a conçu dans leur harmonie les plans de ce gigantesque édifice.
Je crois avoir établi que les tomes I ', IV, V, VI sont de la même main. Il en va de même du tome III. Seulement, tandis que dans ceux-là, la quête du Graal n'est jamais perdue de vue, dans le tome III (Ier du Lancelot propre) elle n'apparaît pas ; ou du moins elle est si discrète ou si enveloppée qu'on peut passer à côté sans la remarquer.
Il y a plus et il y a pire : dans les deux ou trois passages où il est question rapidement de cette future quête du Graal, le héros prédestiné n'est pasGalaad, c'est Perceval. En outre, le roi Pelles, le futur grand-père de Galaad, est nommé mais au passé, comme s'il était mort.
Il importe de reproduire ces passages :
1° Dans son énumération des bons chevaliers du temps passé, la Dame du Lac nomme Pelles :
Si en fu li roi Pelles de Listenois, qui encor estoit de celui lignage, li plus hauz quant il vivoit, et ses frères Helains li Gros : tuit cil en
1. Le tome II (Merlin et la suite) est postiche, comme on verra.
fur© ni I
Ltncli enl li I '
( '.l.ill.l.i . -I. .11 . i|\ i|r . .■•■• Ml -I (i<
1 1 1 1 1 d'Arthur, fa i I > 1 1 t . . | • 1 1 1 < . i s un ( j
I roi de 1 I -
pas plus d< lel naoii el demi et ( la plu
femm< donl "ii eûl entendu parlei au royaume «1 irthuj U ilemenl pou> uienl i npareiller • » ell<
Si in I 1 1 1 1 < • «lu chaste! qui iel en la mai
i i ( i.i/f\ ilte h chas! ia k el la d ime ol n< m 1 1
pair, ol ohifl contes on parlera en avant. El l'autre ru i mahaigné, che fu li i"iv Pelles, qui fu pei
chelui qui vil apertemen! les grana mervellea del Graal el acompli le o porilloua de la table reonde el mena afin lei aventures del roialme péri Heu a el aventureua : chefu li roialmea de I
si in de si granl biauté que nus des contes ne dis! qu m tans fusl
ne se peûsl de biauté ■> lui apparellier. El Bi avoil non Vmite en sornon el en son droil non 1 lelizabel '-'.
\ La fin du tome I1, lorsque les quatre clercs couchent par écrit les aventures des compagnons de La Table ronde revenus de La quête de Lancelot, Us commencent par Lea aventures de Gauvain, parce qu'elles forment le commencement «1 quête; puis viennent Les prouesses d'Hector parce qu'il ach< la quête entreprise par Gauvain, puis lea entreprises des dix-huit autres compagnons :
Et tout cil autre furent branche de chestui conte . Et li con Lancelot fu branche del Graal -i coin il y fut ajoust -
Celte dernière phrase est remplacée dans le ms. Landsdowne
7o7 du British Muséum \iv° siècle) par ce qui suit :
Et Lo grant conte de Lancelot covient repairer au grant conte de
Persevax, qui est chef de toz les contes aux. chevaliers, et tut branches de li por ceo que il acheva la garant queste del graal. Et li
coules Persevax meïsmes est une branche del haut conte del graal qui
est chef de toz les contes, car por le graal se travelerent tôt li bon chevalier dont l'en parloit a celé tenps4.
i. Marburger Beitrâge..., fasc. VIII, m : Sommer, III, 117.