‹ Étude sur le Lancelot en proseChapitre 89 sur 326 · Passage reproduit plus haut, p · texte numérisé non relu

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Nous allons arriver à la même conclusion par une voie fort différente.

Le principal mérite du grand travail que Heinzel a consa< au cycle du Graal ', c'est d'avoir signalé dea sources ou dea influences orientales chez l'auteur de VEstoire . 11 ne parait douteux que celui-ci ait connu lea Actes dea Apôtres apocryp] notamment les Actes des saints Simon et Jude et la Pat Matthaei. Il ne les a pas [copiés brutalement, maladroitement, mais il s'est inspiré d Lectures.

En dehors des apocryphes, VEstoire* utilisé aussi des soun orientales qu'elle a détournées intentionnellement de leur sens, ou qu'elle n'a pas bien comprises.

I. Richard Heinzel, Ueber die frçnzôsischen Gralromane dans les Wiener Denkschriften der kaiserlichen Akademie der Wùêenschaften, Philosophisch-historische Classe, t. XL (1892 . 196 pages in-4°.

J. C'est aussi l'avis de E. Brugger dans la Zeiischrift fur franzôsisehe Sprache, t. XXIX, 1906, p. LOOel note 59.

Concurremment avec Heinzel, et même avant lui, Wesselovsky avait entrepris des recherches sur les sources orientales de VEstoire 4ans plusieurs mémoires parus dans VArchiv fur Slavische Philologie, t. VI [1882 et t. XXIII (1901). Il faut reconnaître qu'elles n'ont rien donné de solide.

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L'exemple le plus typique est celui de Caleb Alfassam, roi de

la « Terre foraine », dont la capitale est Maante *. L'auteur en fait un roi lépreux, à L'imitation d'Abgar ?. Guéri de son mal par Alain, le gardien du graal, Caleb se convertit et reçoit au baptême le nom d' Alfassam. Il donne sa fille et sa terre à Josué, frère et successeur d'Alain, et bâtit pour garder la sainte relique le château de Corbenic ; là désormais résidera la lignée des « Rois pêcheurs » successeurs de Josué 3.

ISEsloire ignorait évidemment que Caleb Alfassam est un personnage historique, Khaleb Elesbaam, roi d'Ethiopie, qui passa la Mer Rouge vers 525 pour venger les chrétiens d'Arabie massacrés par le roi judaïsant des Himyarites, Dhu-Nowûs. Ce Khaleb n'était ni païen ni « mesiaus », mais fervent chrétien et vaillant guerrier. UEstoire imagine qu'il a reçu au baptême le nom d'Alfassam parce que le prêtre qui le baptisa s'appelait ainsi, explication de son cru. 11 est seulement curieux qxïEleshaam soit en réalité un surnom pieux : en langue éthiopienne 4 Ela- Atzbah (dont Elesbaam est la déformation) signifierait « le béni 5 » ; et les textes grecs qui parlent de ce personnage, en faisant suivre régulièrement son nom'EXsagaç ou 'EXsagaa des épithètes sujets siais;, ayudTaxoç, ^purnavi^wiaTOç, semblent donner une traduction de ce surnom 6. Son vrai nom était Kaleb : c'est celui qui figure dans les plus anciennes listes des rois d'Abyssinie, c'est celui qu'offre le Synaxaire éthiopien au 23 novembre (27 du mois Hedar) : Kalêb "' ; et ses monnaies portent en grec : XALHB BACIAETC YIOC 0EZENA s.

On trouve aussi dans ces listes de rois d'Abyssinie un nom

1. I, 286. Maanle me fait songer à Maan, étape de la voie des pèlerins de Damas à La Mecque, à 350 kil. au Sud de la première de ces villes.

2. Sur Abgar le roi lépreux, voy. K. C. A. Matthes, Die Edessenische Abçjarsage (thèse de Leipzig, 1882).

4. Entendez la langue sémitique sœur de l'arabe méridional (rhimyarite), non la langue africaine parlée de nos jours en Abyssinie.

5. Bollandistes, Acta Sanctorum, Octobre, t. XII, p. 296, col. 2.

6. Ibid., Octobre, t. X, 697, 722; t. XII, p. 331. Cf. Migne, Patrol. graeca, t. LXXXVI, col. 568.

7. Ibid., Octobre, t. XII, p. 301. Cf. Zeitschrifl der Deutschen Morgenlândischen Gesellschaft, VII, 348 ; XXVI, 402 ; et Rheinisches Muséum, XII, 301.

8. Revue de Numismatique, 1886, pi. XIX; cf. Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions du 16 avril 1886. Voy. L. Duchesne, Autonomies ecclésiastiques, (1905), p. 328.

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