‹ Étude sur le Liber censuum de l'Église romaineChapitre 9 sur 24 · OBJET BT SOURCES DU LIBER CEN8UUM · texte numérisé non relu

OBJET BT SOURCES DU LIBER CEN8UUM

Ces réserves faites, nous pouvons étudier le Recueil d'Âlbinus, pour tâcher de savoir où il a puisé.

Ici, nous sommes vraiment favorisés, car Fauteur des Gesla nous a mis lui-même au courant de sa manière de travailler, et il nous donne en quelque sorte la clef de la composition de son livre. Au fur et à mesure que ses lectures ou son observation personnelle le mettaient à même de constater Texistence d'un droit ou d'une prérogative du Saint-Siège, il en consignait, dès qu'il le pouvait, l'expression en son registre : quando et ubipotui eidem fasciculo adnectere. 11 n'avait donc pas de plan d'ensemble, ni d'ordre préconçu; les chapitres se succédaient dans Tordre même où le hasard des circonstances les présentait à Tauteur. Aussi nous est-il possible de distinguer dans la compilation d*Âlbinus les différents recueils qui lui sont successivement tombés sous la main.

Le premier des deux livres consacrés par Albinus aux temporalités de TEglise romaine (le livre X) commence ainsi : Incipiunt excerta politici a presbytero Benedicto compositi de ordinibus Romanis et dignitatibus Urbis et sacri palatii.

Quel est ce politicus composé par le prêtre Benoît, et dans quelle mesure Albinus s'en est-il servi?

Ce liber politicus est le Polyptyque du chanoine Benoît, sur Le Polyptyque lequel j'ai appelé récemment Tattention (1). La date peut en être ehanoine" Benoit, établie avec beaucoup de précision. Il ne peut être postérieur à l'année 1143, puisqu'il est adressé au cardinal Guy, de Città di Castello, qui devint pape cette année-là sous le nom de Célestin II (2); et d'autre part il n'est pas antérieur à l'année 1140, puisqu'il mentionne les travaux exécutés par Innocent H à Sainte-Marie au Transtévère (3), travaux que l'épitaphe môme d'Innocent place en 1140 (4).

Quant au contenu de ce Polyptyque, il ne peut être exactement déterminé. J'ai retrouvé à Cambrai un manuscrit moins incomplet que ceux qu on connaissait jusqu'ici, mais ce manuscrit est lui-même fragmentaire, et personne ne pourrait dire au juste ce qu'il a perdu.

(1) Travaux et mémoires des Facultés de Lillp.f fascicule 3 ; cf. Mélanges de l'Ecole de Rome, 1890, p. 16.

(?) Voy. la dédicace dans Mabillon, Muséum italicum, II, p. 118.

{:») Dans la Chronique des papes : Ecclesiam Sancle Marie Transtiberim novis mûris funditus reslauravit et absidam ejus aureis metallis decoravit (Bibliografia Aomana, Rome, 1880, p. CLxiii).

(i) Forcella, Iscrizicni délie chiese di Roma, II, p. 338, n* 1036.

14 ÉTUDE SUA LE LIfiBH GBNSUUM DE L*RGLISB BOICAINB.

II est par conséquent difficile de déterminer avec précision à quel endroit s'arrêtent les emprunts faits par Albinus au Polyptyque de Benoît. On peut hésiter beaucoup sur Textension qu'il convient de donner à la rubrique Incipiunt excerta libri politici. Tant que les documents qui figurent sous cette rubrique dans les Gtsta d' Albinus se retrouvent, sans différence sensible, dans ce qui nous reste du Polyptyque, il est permis de considérer que la rubrique continue à s'appliquer et que nous nous trouvons en présence d'extraits du Polyptyque. Mais^au delà, comment savoir si le texte d' Albinus continue à être emprunté aux parties perdues du Polyptyque ou s'il procède au contraire d'une source nouvelle ?

Un indice pourtant peut nous guider.

Plusieurs des documents contenus dans le X^ livre d' Albinus proviennent originairement de la collection canonique de Deusdédit, dont novis parlerons plus amplement tout à l'heure. Mais tout porte à croire que ces documents sont parvenus à Albinus à travers le Polyptyque de Benoit. La chose paraît certaine pour un des chapitres les plus importants, qui porte le numéro 149 dans le troisième livre de Deusdedit (1) et qui commence par les mots Adriantàs papa obiinuit; il figure, en effet, dans le Polyptyque de Cambrai, à la place même qu' Albinus semble lui assigner parmi les Excerta libri politici (2).

Or, les autres chapitres de Deusdedit que nous retrouvons dans Albinus — outre qu'ils ne portent pas toujours les mêmes rubriques que dans Deusdedit — ne sont point rangés dans le même ordre que chez Deusdedit, et ils sont séparés les uns des autres par des documents d'autre provenance , dont quelques-uns sont plus récents. Etant donné ce que nous connaissons de la méthode d'Albinus, nous pouvons affirmer qu'il n'a pas directement travaillé sur Deusdedit; ses emprunts à la collection canonique ne se trouveraient pas ainsi disséminés; ils formeraient un tout compact. Il les a donc tirés d'une autre collection, et d'une collection postérieure à l'avènement d'Innocent II, puisqu'on y voit au beau milieu une bulle d'Innocent II à l'empereur Lothaire (3).

Dès lors, pourquoi l'intermédiaire entre Deusdedit et Albinus ne serait-il pas le chanoine Benoît ? Les procédés de travail d'Al-

(i)Edit. Martinucci, p. 313-328.

(2) G'est-à-dire à la suite des Mirabilia; fol. 120 du ms. de Cambrai.

(3) Fol. 135 V* : Innocentius papa II Loth&rio imperaiori Augusto et Higete imperatrid, entre les donations impériales et les serments prêtés au Saint-Siège par les princes vassaux.

OBJBT Et SOURCES OU LIBfiR CBNSUUH. 1&

binus nous sont encore ici un garant. Puisqu'un des chapitres de Deusdedit se trouve dans le Polyptyque et qu'Albinus Ta précisément tiré de ce Polyptyque, pourquoi ne pas admettre que c'est à ce même Polyptyque qu'il a emprunté ses autres chapitres de Deusdedit, — alors surtout que les documents intermédiaires conviennent parfaitement à la date que nous avons assignée au Recueil de Benoit, et que la rubrique très générale d'Âlbinus Incipiunt excerta Hbri polilici ouvre largement le champ à rhypothëse.

Ce n'est pas à dire que tout le X® livre des Gesta ait été emprunté au Polyptyque de Benoît. Non seulement parce qu'il s*y trouve des documents postérieurs à Innocent II (on pourrait, en effet, supposer assez facilement des interpolations dans un ouvrage comme celui de Benoît), mais surtout parce que l'apparition de ces actes postérieurs à la confection du Polyptyque coïncide avec lin système nouveau de références.

Jusque-là (1), Albinus, citant le Polyptyque, n'avait pas à L'œuvre propre donner d'indications plus précises. Maintenant qu'il travaille sur d'autres sources, il indiquera soigneusement ses références : ex registre Adriani pape, cap. lxxxiii (2); ex registro Gregorii pape VII, libro Illy cap. xxi (3) ; ex registro Paschalis pape, libro XII , cap. m (4). Il est à noter en outre que les documents se suivent sans ordre, ce qui est tout à fait conforme au procédé d'Albinus ; si bien qu'il est permis de croire que toute cette fin du livre X est l'œuvre propre d'Albinus lui-même.

Si nous continuons maintenant par le onzième livre notre examen des Gesta, poui* y retrouver la trace des collections dont Albinus a pu se servir, nous remarquons, après deux lettres sur l'interdiction faites aux membres du clergé de porter les armes(5), une nouvelle série de documents que nous rencontrons aussi dans Conclus et qui mérite de nous arrêter à son tour.

Il y a là deux groupes homogènes, séparés l'un de l'autre par trois lettres de Paschal II qui n'ont qu'un intérêt canonique (6),

(i) C'est-à-dire jusqu'au serment prêté par l'empereur Lotbaire à Innocent II (fol. 137).

(2) Fol. 137.

(3) Fol. 137 V.

(1) Fol. 137 V.

(5j Fol. 146 et 146 v* : Quod redores ecclesiarum armiB pugnare non de* béant j ex epistola domini Pelri episcopi, — Item de eadem re; deflotatio ex epistola cujuadam.

ifi) Fol. 151 : Excerlum ex registro Paschalis pape libro XVIII , cap. ///,

Le livre censier d'Eugène III.

Le livre censier d'Hadrien IV.

16 ÉTUDE SUR LE LIBER CBNSUUM ÙE L^ÉG^ISB ROMAINE.

et qui n'en marquent que mieux Tindépendance des deux parties.

M. Stevenson; se rappelant que Cencius en sa préface nous parle tout spécialement de deux livres censiers^ formés Tun sous Eugène IIl, Tautre sous Hadrien IV (1), s'est demandé si la collection d'Albinus ne nous mettait pas en présence de fragments plus ou moins considérables de ces deux collections (2).

De fait, chacun de ces deux groupes de documents a sa physionomie bien marquée; chacun porte en quelque sorte sa date, et contient en dehors de son fonds principal un certain nombre de pièces plus anciennes. Chacun d'eux a vraiment son unité. L'un paraît dater du pontificat d'Eugène III; l'autre du pontificat d'Hadrien IV (3).

La série relative à Eugène III est d'ailleurs la moins considérable, et il est peut-être plus difficile d'en bien voir Tordonnance (4). Mais pour la série qui concerne Hadrien IV, il est aisé d'en marquer et d'en suivre le dessein (5). Sans doute, Tordre

Rogerio Sicilie comiti, — Idem^ libro XIIII^ cap, VI , Alexio Constantinopolitano imperatori. — Idem^ in libro VIII^ cap. XXI^ Danorum régi.

(1) Eugenius papa primo et Adrianus succesêor ipsius.

(2) La Colleciio Canonum di Deusdedit, dans VArchivio délia Soc. Rom. di storia patria, t. VIII, p. 370 et 371.

(3) L'un se compose surtout de chartes datant du pontificat d'Eugène III, et ne contient aucun acte postérieur à la mort de ce pape (Albinus, fol. 147- 150); l'autre, au contraire, est formé, en majeure partie, de pièces datant du pontificat d'Hadrien IV, et ne contient rien de postérieur à Tannée 1159 (fol. 151 V— 160).

(4) Voici, brièvement, les documents dont elle se compose :

Incipit qualitor eligatur summus pontifcx sancte Romane ecclesie et quo-

modo consecrotur et ad summum honorem venire debeat (fol. 147). Exemplum privilcgii Octonis imperatoris de regalibus b. Petro concessis

(fol. 147 V).

Exemplum privilegii Henrici imperatoris de regalibus b. Petro concessis

(fol. 148 V).

Exemplum cartule donationis et locationis de intégra medietate castri

Radicofani (29 mai 1153; fol. 149).

Exemplum cartule permutationis et emptionis de intégra medietate Tus-

culani, Montis Porculi, et Montis Fortini (10 décembre 1152; fol. 149 v*). Transcriptum cartule Oddonis Fraiapani super eadem re (26 décembre 1 152 ;

fol. 150).

De Vetredla data in beneplacito pape Eugenio (fol. 150). De Petrognano pro ce libris obligato pignori (6 décembre 1146; fol. 150). De Plazano et Marano pignori obligatis pro xlu libris affortiatorum (2 juin 1149; fol. 150).

(5) yoici comment se présente, dans Albinus, la collection de Boson :

Fol. 150 V*. Quod castnim Moricicla juris b. Pétri sit.

Ex registro Gregorii pape VII, libro VIII, cap. xxvii, quod d'

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