OBJET ET SOURCES DU LIBER CENSUUM
Ils n'ont pas été achevés avant la fin de Tannée 1188, car il y est question , à propos de Tévéché de Syracuse , d'une bulle du pape Clément III, qui est du 29 octobre de cette année-là (1); d*autre part, il est peu probable qu'ils soient postérieurs à la date de l'élévation d'Albinus (2) au sifege épiscopal d'Albano (fin mai 1189), puisque l'auteur ne mentionne point ce fait dans une préface ou il nous donne pourtant sur sa personne les détails les plus précis. Nous devons donc croire qu'ils sont des premiers mois de 1189, et par conséquent antérieurs de trois années environ à l'œuvre de Cencius.
Les ressemblances que présentent ces deux derniers livres des Gesta pauperis scholaris Alhini avec le Liber Censuum de GenciUs ont, depuis longtemps, frappé les érudits, et Genni , à la fin du siècle dernier, a publié de la compilation d'Albinus de longs fragments, connus sous le nom de Liber Censuum genuinus (3).
Il me paraît indéniable que le travail d'Albinus a été fort utile au camérier, et je ne crois pas devoir refaire ici une démonstration qui nous a été donnée il y a quelques années avec toute la précision désirable (4).
J'ai publié la liste des documents qui figurent dans le plus ancien des manuscrits du Liber Censuum (5), et j'indiquerai ici rapidement ceux qui paraissent empruntés à la collection d'Albinus.
Ce sont les documents 71, 72, 73, 74, 77, 78, 79. 80, 81, 82, 83, 85, 86, 89-120, 130-164.
Je dois avertir cependant que dans la formation de ce dernier groupe (doc. 130-164), — où l'ordre adopté par Cencius est très difiFérent de celui qu'Albinus a suivi, — le camérier paraît avoir procédé avec une assez grande indépendance; plus d'une fois, il a dû comparer le texte d'Albinus avec d'autres textes similaires, car il lui arrive d'abandonner parfois son guide habituel.
Ce n'est pas qu'il faille s'étonner outre mesure qu'il y ait dans
(2) Albinus signe encore, le 16 mai 1189. comme cardinal de Sainte-Croix de Jérusalem (Jaflfé-L, n» 16413), et le 6 juin de la même année nous le trouvons évéque d'Albano (Jaffé-L, n» 16419).
(3) Cenni , Monumenla dominationis pontificiae y I, p. xxvni; II, p. iv; cf. Patrol, latine, t. XCVIII, col. 475 C.
(4) Enrico Stevenson, La colleclio canonum di Deusdeditj dans VArchivio délia R. Società Romana di storia patria, t. VIII. p. 305-398.
(5) Mélanges d'archéologie et d'histoire , publiés par TEcole de Rome, t. III, p. 345-372.
12 ÉTUDE SUR LE LIBER GBNBUUlf DB l'ÉGLISB ROMAINS.
le texte d'AIbinus des fautes ou des lacunes que nous ne constatons pas dans Tœuvre de Conclus (1) : il est possible, en effet, que Cencius ait eu sous les yeux un manuscrit d'Albin us plus correct que celui qui nous est parvenu (2).
Mais il y a des chapitres où on ne peut expliquer les divergences que par un travail personnel de Cencius sur le document même qu^Albinus lui fournissait, tellement le texte qu'il nous donne est dififérent de celui d'Albinus. C'est le cas, par exemple, pour les chapitres 135-140, où sô trouve le récit de ce qui s'est passé durant les années 1111 et 1112 entre le pape Paschal II et l'empereur Henri V. Les noms des évoques qui ont assisté en 1112 au concile de Latran (3) et la courte correspondance échangée entre Paschal et l'archevêque de Vienne (4) ne sont que dans Albinus, tandis qu'au contraire l'histoire du concile lui-môme est beaucoup plus complète dans Cencius que dans Albinus (5), et deux paragraphes relatifs aux garanties données par l'empereur et l'armée allemande au pontife romain (6) ne se trouvent que dans Cencius. Or, il n'est pas admissible qu'une telle lacune soit le fait de notre ms. Ottoboni, car le texto que nous donne ici Albinus se rencontre déjà dans une compilation antérieure (7), et une telle coïncidence ne peut être fortuite. — De même les chapitres 158 et 159 ont été modifiés , comme il convenait, par le camérier de 1192, et ici encore Albinus a plutôt inspiré Cencius qu'il ne lui a fourni les matériaux eux-mêmes.
(1) Par exemple, dans la charte relative à la cession de Radicofani, Albinus omet, dans la série dos souscriptions, les noms du premier défenseur, du saccellarius et du protoscriniarius (cap. xci de Cencius; fol. 149 d'Albinus). — Dans la liste dos anciennes possessions de TEglisc, il oublie le nom de deux fonds de terre, Cocceianum et Folianum. — Dans la bulle de Jean XIII, qui cède la ville et le territoire de Préneste à la senatrix Stéphanie, les mots omnemque qua indiget melioralione seu defensione efficiatur sont une corruption évidente du texte que nous trouvons intact dans Cencius, omnemque qua indiget meliorationem seu defensionem efficiatis (cap. cxxx de Cencius ; fol. 138 v* d'Âlbinus).
(2) Cf. Stevenson, La coUeclio canonum di Deusdeditf p. 371.
(3) Dans Albinus, fol. 160 : Omnes isti interfuerunt concilio,
(4) Dans Albinus, fol. 160.
(5) Cencius, cap. CXL : Concilium tertium Lateranense. — Albinus, fol. 160 : Professio (idei Paschalis pape in concilio Lateranensi.
(6) Cencius, cap. cxxxviii et cxxxviiii : Item alia forma juramenti, — Aliud juramentum pYincipum Alamanie et quomodo imperator urbem intravit,
(7) Les Annales Romani contenus dans le ms. 1984 du fonds Vatican. Los rapports d'Albinus avec cct'o collection impérialiste méritent d'être notés.