‹ Étude sur le Liber pontificalisChapitre 19 sur 67 · CLASSEMENT · texte numérisé non relu

CLASSEMENT

Sur les quatorze manuscrits où le texte n’est pas abrégé , il faut d’abord en éliminer cinq, les nos 9 , 10 , 1 1 , 13 , 14 , qui sont des copies d’originaux encore existants. UAmbrosianus H. 111 (n° 12), présente , dans la partie où il suit la recension A , tant de retouches et d’interpolations , il est en outre de date tellement récente , qu’on peut le mettre également de côté.

Restent les huit premiers. La comparaison que j’ai faite de leurs variantes me permet d’affirmer qu’aucun d’eux ne dérive de l’un des autres (1). Commençons par les moins importants. Le Laurentianus S. Marci (n° 6) et le Parisinus (n° 7) présentent déj à quelques atteintes à l’intégrité du texte ; tous deux suppriment systématiquement les passages relatifs aux donations et aux fondations d’églises. Le Laurentianus , indépendamment des mutilations qu’il a subies, omet la vie de Sixte II et ne mentionne jamais la vacance du siège. Le Parisinus a une grande lacune entre Félix III et Gélase. Leur valeur est donc secondaire.

Le Vindobonensis et le Vaticanus 5269 sont très-voisins l’un de l’autre , quoique différents d’âge et d’étendue. Le premier ne va que jusqu’à Eugène Ier ; c’est de tous les manuscrits complets celui qui s’arrête le plus tôt. Rien n’empêche de croire qu’il dérive d’un manuscrit contemporain de ce pontife ou de son successeur Vitalien (657-672). D’autres indices que je signalerai plus tard autorisent à admettre que l’une des continuations du Liber Pontificalis s’est arrêtée à peu près vers ce temps. Cependant , malgré l’antiquité de la recension dont ils dérivent , on ne saurait préférer le Vindobonensis et le Vaticanus 5269 aux manuscrits 1, 2, 3 ; ils portent en effet, le second surtout, des traces évidentes de retouches faites non pas d’après un texte plus pur, mais par simple

(l) Je dois faire quelques réserves pour ce qui concerne le manuscrit de Copenhague, que je ne connais qu'imparfaitement ; il est d'ailleurs incomplet, puis* qu'il se termine dans la notice de Sylvestre.

conjecture, pour éclaircir les passages difficiles ; leur chronologie a été également remaniée , particulièrement clans le sens du catalogue philocalien. On ne peut donc s’en servir qu’avec réserve et en distinguant bien la leçon primitive des retouches postérieures.

La tradition de la recension A n’est donc sûrement et intégralement représentée que par le Luccensis , le Florentinus et le Vaticanus 629 , ce qui ne fait en réalité que deux témoignages différents, car les deux derniers ont été certainement copiés sur le même original, et probablement par le même copiste. Le meilleur comme le plus ancien est le Luccensis ; toutefois les deux autres , bien que postérieurs de* près de quatre siècles, n’en diffèrent pas notablement. Le manuscrit de Copenhague (n° 8) semble appartenir au même groupe que ces trois manuscrits ; mais comme il ne va pas au delà de la notice de Sylvestre , son importance est beaucoup moindre.

Outre ces manuscrits qui donnent le texte complet, on pourra, dans un très-grand nombre de cas, recourir aux deux abrégés terminés à Félix IY et à Conon.

Des trois manuscrits qui représentent l’abrégé terminé à Félix IY, les deux premiers se ressemblent tellement qu’on pourrait croire le Vaticanus copié sur le manuscrit de Paris ; non-seulement ils occupent la même place dans une collection identique , mais la plupart des fautes de l’un se reproduit dans l’autre , et la similitude se poursuit jusque dans les abréviations. Toutefois, le Parisinus présente deux ou trois lacunes qui ne se trouvent point dans le Vaticanus , et celui-ci étant le moins ancien des deux , il s’ensuit qu’ils ne procèdent point l’un de l’autre ; au moins peut-on dire qu’ils reproduisent le même original. Quant au Ber nensis , outre qu’il est incomplet, ses nombreuses lacunes et quelques traces de remaniement (1) le placent à une certaine distance des autres ; il ne peut plus être considéré comme une copie du même original , et ses leçons n’ont qu’une valeur secondaire , comparées à celles des deux premiers.

L’abrégé terminé à Gonon n’était représenté jusqu’à présent que par un seul manuscrit, celui de Yérone ; les deux Parisini que je signale pour la première fois se réduisent à un seul, le Par. 2123. Ce dernier n’est ni une copie , ni l’original du manuscrit de Yé-

(1) Dans la vie de Télesphore il a la phrase : « Hic magnus et clarus in vir- » tutibus fuit per gratiam Spiritus Sancti, » inconnue à tous les autres manuscrits du Liber Pontificalis . C’est évidemment une retouche inspirée par un texte bien connu d’Eusèbe ( Hist . eccl.t V, 6).

LES MANUSCRITS DE LA CLASSE A

rone : il s’en rapproche cependant beaucoup ; et tous les deux doivent avoir un ancêtre commun peu éloigné. L’écriture d’ailleurs, autant qu’on en peut juger à la distance de Paris à Vérone , et le format extraordinairement oblong , semblent faire remonter ces deux manuscrits au même atelier de librairie.

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