Parisinus 5516 , IXe s. — Cathédrale de Tours
DESCRIPTION
1° Le manuscrit de Naples.
1. Il serait tout à fait en dehors de mon sujet de donner une description détaillée de ce manuscrit célèbre. Je renvoie donc aux notices de MM. Pertz et Bethmann (1) pour tout ce qui concerne le contenu du manuscrit, tant dans son écriture actuelle que dans l’écriture inférieure des feuillets palimpsestes dont il est composé.
Le Liber Pontificalis occupe les huit derniers feuillets. Comme le reste du manuscrit, ces feuillets sont de parchemin d’épaisseur moyenne et à peu près carrés (hauteur, 0m 300, — hauteur, 0m 280). L’écriture supérieure , la seule qui nous intéresse , est la cursive qui a précédé la minuscule carlovingienne ; elle est fine, serrée, très-nette. Le texte est divisé en deux colonnes qui contiennent un nombre assez variable de lignes , de quarante à quarante-six.
Le manuscrit vient très-probablement de l’abbaye de Bohbio. En effet, on lit sur un des feuillets du milieu, en écriture du treizième siècle, Liber S. Columbani ; le feuillet étant déchiré à cet endroit, on ne peut dire s’il y avait à la suite les deux mots de Bobbio qui se rencontrent ordinairement sur les manuscrits de cette provenance , mais les mots S. Columbani suffisent. Il appartint ensuite h Janus Parrhasius (1470-1533), puis à Seripandi (1493-1563) , enfin au monastère napolitain de Saint- Jean a Car-
(1) Pertz ( Arch.t V, G9) ; Bethmann (Arch., XII, 515).
bonara, d’où il est venu, au commencement de ce siècle, à la bibliothèque royale de Naples. C’est là que M. P ertz le découvrit en 1822. On trouvera dans l’article cité de YArchiv une minutieuse description de la forme des lettres et l’exposé des raisons qui ont déterminé M. Pertz à fixer à la fin du septième siècle la date de l’écriture la moins ancienne. Ces raisons sont d’abord le caractère de l’écriture , puis les limites du catalogue qui précède le Liber Pontificalis et du Liber Pontificalis lui-même. Je reviendrai tout à l’heure sur ce second argument.
Les feuillets qui contiennent le Liber Pontificalis sont actuellement détachés du manuscrit ; ils portent les numéros 40-47. En haut de la page 40 a, on a écrit, aujreizièmejhècle, dans la marge supérieure , le titre : Gesta summor pontifiai , mais à l’origine il n’y avait point de titre. Les premiers mots de l’écriture du septième siècle forment le titre de la lettre de saint Jérôme : Beatissimo papae damaso hieronims. Suivent les deux lettres, puis un catalogue de papes de saint Pierre à Conon , les noms seulement avec des numéros d’ordre, sauf pour les deux premiers papes dont les années sont aussi marquées. Ce catalogue est disposé sur deux lignes verticales; il ne finit pas sur la première colonne, mais sur la seconde, à la septième ligne. On lit ensuite le texte suivant, en onciale : Quid est tibi mare quod fugisti et tHHMIl puis après deux lignes en blanc, l 'incipit, en minuscule à filaments plus grosse que celle du texte : In nomine scae trinitatis atque sci omnes prophet ae. Le texte commence ensuite, chaque vie étant précédée d’un numéro placé à la marge. Il semble que le copiste ait craint de manquer de place , car il emploie constamment le blanc laissé par l’alinéa à la fin de chaque vie en y continuant le texte après la première ligne de la suivante, de sorte qu’il faut toujours, avant de passer à la seconde ligne , lire ce rejet à la ligne supérieure.
Le huitième feuillet se termine dans la vie du pape Anastase II (496-478) aces mots : qui noctu divino noto percussus est — . Le manuscrit est donc mutilé et le texte se prolongeait au delà d’Anas» tase II sans qu’on puisse savoir jusqu’où il s’étendait. M. Pertz pense qu’il se terminait avec la vie du pape Gonon (f 687), le dernier qui figure au catalogue. Je ne crois pas que l’on ait le droit de formuler cette conclusion ; en général, sans doute, l’étendue du recueil des vies est en rapport avec les limites du catalogue qui l’accompagne, mais il y a beaucoup de manuscrits où le catalogue va plus loin que les vies, par exemple les trois manuscrits de l’abrégé félicien , où la dernière vie est celle de Félix IV,
LES MANUSCRITS DE LA CLASSE B
bien que le catalogue se prolonge jusqu’à Pélage IL Je ne veux pas presser cette considération ni en faire sortir même une hypothèse sur les limites du recueil napolitain, mais je constate qu’on ne peut pas affirmer qu’il se prolongeait jusqu’au pape Conon.
Le texte de ce manuscrit est resté jusqu’à présent inconnu. M. Pertz a dû en prendre une copie exacte , car il annonce dans sa notice une reproduction minutieuse ; en attendant, il s’est abstenu de renseigner le public sur le contenu , et plusieurs des personnes qui en ont parlé d’après lui ne savaient pas même si c’était un abrégé ou un texte complet. J’en ai pris copie à mon tour au mois d’avril 1875 ; malheureusement, en beaucoup d’endroits, la lecture est impossible; depuis longtemps noircis , salis, usés, ces feuillets antiques ont été dans ce siècle soumis à des préparations chimiques pour faire revivre l’écriture inférieure, de sorte que les passages où l’écriture du septième siècle n’a pas complètement disparu exigent , pour être déchiffrés , une grande patience et beaucoup d’application.
2° Famille du manuscrit de Leyde.
2. Leydensis Vossianus 60. Membr. in-4° oblong, 121 feuillets ; ancien numéro 195. Les cahiers sont numérotés par les lettres de l’alphabet depuis A jusqu’à O. Ce manuscrit a appartenu depuis le neuvième siècle à la cathédrale de Reims. On lit sur le feuillet 3, en écriture de ce siècle : Liber sci Remigii francorum apos toli. qui ei abstulerit ilium anathema sit. Fiat. Fiat. Amen. Sur le f° 3v° : Liber sci Remigii Rem. vol. LXIX ; de même en haut des fos 8 et 9 : Liber sci Remigii. Depuis , il passa aux mains d’Alex. Petau qui écrivit en marge du f° 9 les mots Anastasius bibliothe carius , et au bas de ce même folio cette formule que l’on trouve sur tous ses manuscrits, mais qui a été presque entièrement grattée dans celui de Leyde : Alexander Pauli filius Petavius sena~ tor parisiensis.
Le texte ne commence qu’au f° 9. — F0 1 , r° blanc ; v° en écriture du neuvième siècle différente de celle du manuscrit : Expo sitio cujusdam moderni abbatis monachorum monasterii quod usque nunc discitur fasceum in territorio Autisioderensi nomine hamonis temporibus Hludovici imperatoris et filii ejus Karoli sententia in epistolam Johannis evangelistae ad locum quoniam très sunt qui t. d. Si prudenter ncgotium inspicimus sicut deprelienduntur sci patres quadragesimalibus diebus pertinet ad sortcm adoptionis filiorum
Dei ( f 0 2 v°). Le titre n’est pas de la même main que le texte. — F0 3, r° blanc ; — v° en capitales : Incipit epistula hieronimi, etc., les deux lettres de Jérôme et de Damase. — Fü 4, r° blanc ; — v° croix dans un encadrement en entrelacs ; dans les vides :
Gestat honorand cuncti manus inclita lignum
Quod se sca sinit pendere victima mundi
Perditam ut miseris reddat mors una salutem.
— F°5. En grandes capitales coloriées : Incipiüi capitula ordo episGpor sedis apostolicæ Romn. ecles. Ici commence un catalogue contenant les noms et la patrie de chaque pape, avec des numéros d’ordre. Le dernier nom de première main est Etienne II. Stephanus nat. Romanus. La même main a continué la série des numéros depuis le XCIIIP qui est celui d’Etienne II jusqu’au CXP ; une seconde main a écrit les noms de Paul , d’Etienne et d’Hadrien, qui suivent immédiatement Etienne II ; puis une troisième a ajouté les années, mois et jours, de Paul et d’Etienne III, ne donnant à Hadrien que vingt ans : Adrianus sed. ann. JJ, tandis que ce pape a siégé réellement vingt-trois ans , dix mois et dixhuit jours. La troisième main a continué la série des papes jusqu’à Marinus (882) , en ajoutant en marge le synchronisme des archevêques de Reims, Alpinus, Ebbo, Hincmarus et Folco. — F0 7 v° , et 8 r° en blanc ; f° 8 v° titre : In nomine dei summi incipit ordo episcoporum sedis apostolicæ sanctæ ecclesiæ romanæ beatis simi principis apostolorum pétri ab ipso inchoante. — F0 9. Ici commence le texte sur deux colonnes très-minces avec de nombreux alinéas qui s’ouvrent par des majuscules, à peu près comme dans le manuscrit 289 de Berne qui contient le martyrologe à l’usage de l’église de Metz. L’écriture participe des formes de la cursive mérovingienne et de la minuscule carlovingienne ; elle indique une période de transition entre ces deux écritures et doit se placer dans la seconde moitié du huitième siècle. La série des vies s’arrête à la lin d’Etienne II (f 757).
Outre l’écriture du texte on distingue trois sortes de retouches : un premier réviseur a corrigé un grand nombre de fautes d’orthographe, un autre a snppléé quelques lacunes en se servant , sans doute , du manuscrit original ; un troisième a mis çà et là des notes marginales. Ces trois mains sont du neuvième siècle.
Les particularités qui distinguent à première vue ce manuscrit et les trois suivants de tous ceux de la recension B , sont : 1° Le titre ; 2° la disposition du catalogue : nous avons vu que les manuscrits A n’avaient point de catalogue en tête des vies, sauf ceux
LES MANUSCRITS DE LA CLASSE B
de l’abrégé félicien qui n’ont qu’une simple liste de noms ; cette liste sans autres indications se retrouve dans le manuscrit de Naples. Celui de Leyde y ajoute la nationalité de chaque pape , selon le texte des notices ; les autres manuscrits de la classe B présentent en regard de chaque nom la durée du pontificat en années , mois et jours; 3° le nom du pape Jean II a disparu dans le texte et dans le catalogue initial ; il n’est désigné que par son surnom Mercurius.
3. Laurentianus XX. 10. Membr. in-4° min. de 56 feuillets, à longues lignes ; écriture du onzième siècle. Il a appartenu à Pierre Ier de Médicis, dont le nom se lit sur le dernier feuillet : Liber Pétri de Medicis cos. f.
Même disposition et même contenu que le précédent, en ce qui concerne le Liber Pontificalis ; mais ici le texte est incomplet ; il s’arrête, sans mutilation du manuscrit , aux mots ...sancti dei ecclesia colligens exercitum — , dans la vie de Martin Ier (133, 1. 4). — Sur les fos 55 v°, et 56, concile de Latran de l’an 1139 (écriture postérieure) .
4. Parisinus 16897 , ancien Navarre 7 ; décrit sous la cote ancienne par M. Hinsch (Décrétâtes Pseudo-Isid. , p. lu). Membr. in-f°, de 376 feuillets; écriture du douzième siècle, sauf pour les huit premiers qui ont été refaits au quatorzième.
Même disposition et même contenu que le Vossianus 60 ; après la vie d’Etienne II viennent les vers de Charlemagne sur la mort d’Hadrien ; — f° 34, collection pseudo-isidorienne ; — f° 376 , catalogue de papes avec la durée du siège jusqu’à Paschal Ier (f 824) , prolongé jusqu’à Agapit II (f 956) par une simple liste de noms.
5. Parisinus 5141. Membr. in-f° max. à 2 colonnes ; écriture du quatorzième siècle. Il a appartenu autrefois à P. Pithou , puis à l’Oratoire de Troyes. C’est une copie du précédent ; cependant , comme il est mutilé à la fin , il n’a pas le catalogue qui termine le Parisinus 16897.
Voici maintenant le classement à établir entre les quatre manuscrits qui forment le groupe du Vossianus 60. Le n° 5 étant écarté comme copie , les deux manuscrits 3 et 4 présentent entre eux plus de ressemblance qu’ils n’en ont avec le Vossianus. Ils ne sont cependant pas dérivés l’un de l’autre. D’autre part , ils sont absolument indépendants de la seconde main du Vossianus , j’entends celle qui a suppléé les lacunes, quoiqu’ils ne présentent pas toutes celles qu’a laissées la première main. Ils ne dérivent donc
en aucune façon du Vossianus , mais d’un manuscrit très-voisin, et l’arbre généalogique s’établit ainsi :
Parisin. 16897.
Parisin. 5141.
3° Famille du Parisinus 13729.
6. Parisinus 13729. Membr. in-4°, 161 feuillets, 26 lignes à la page ; écriture du neuvième siècle. La première page est restée en blanc ; le f° 1 v° contient en grandes capitales le titre commun au plus grand nombre des manuscrits de la recension B : In nomine dni di et salvatoris nri ihu xpi incipit lib episcopalis in quo continentur acta beatorum pontificum urbis Romæ. Viennent ensuite, sur le f° 2, les deux lettres de Jérôme et de Damase, puis un catalogue qui se termine ainsi (1) :