Mutinensis VI. F. 18. XIe s
Cette classe de manuscrits a l’avantage de contenir un texte prolongé plus loin que tous les autres : le Parisinus 5140 le plus étendu de tous ceux que nous avons rencontrés jusqu’ici ne va pas au delà d’Hadrien II. Les manuscrits AB nous donnent une vie d’Etienne V, incomplète il est vrai , mais rédigée avec le même détail que celles qui précèdent. Entre Hadrien II et Etienne V, trois papes , Jean VIII , Marinus et Hadrien III sont restés sans notice. Au commencement, le texte est emprunté pour le fond à un manuscrit A, mais il est fortement modifié par l’emploi d’un manuscrit B semblable au Bernensis 408. Les deux notices de saint Pierre et de saint Clément sont incomplètes , ou si l’on veut , exemptes de l’interpolation relative à l’ordination de Linus et de Cletus , à Simon le Mage et à l’institution de saint Clément comme successeur de saint Pierre ; nous retrouvons là une des particularités les plus saillantes du Bernensis . De plus, le Vaticanus 3764 porte en tête , tout comme le Parisinus 5140, la liste des patriarches de Constantinople et l’index des sépultures papales. Outre ces traits remarquables qui rapprochent les manuscrits AB du manuscrit de Berne, les premiers présentent dans leur texte un certain nombre de particularités. Je citerai deux interpolations, l’une relative à l’institution du titre de Praxède, à la fin de la notice de Pie Ier ; l’autre , au commencement de celle d’Etienne Ier, sur le synode ad arcum Slellæ , enfin les premiers mots de la vie
de Lucius : Lucius natione Tuscus de civitate Luca ex pâtre Lucino ; tous les autres manuscrits portent : Lucius natione Romanus ex pâtre Porphyrio. Cette modification , qui ne correspond à aucune légende ni à aucun culte rendu plus particulièrement par les Lucquois au pape Lucius , doit avoir été inspirée à quelque copiste par un patriotisme exagéré : elle nous donne une indication assez vraisemblable sur la patrie de l’un des manuscrits qui ont servi à constituer le texte AB.
La plupart de ces particularités sont étrangères au Mutinensis ; il en conserve cependant assez, par exemple la variante sur Lucius et plusieurs autres tout aussi remarquables , pour nous permettre d’affirmer que ses éléments proviennent des mêmes sources que ceux des autres, bien qu’ils soient mélangés dans des proportions différentes. En général il est beaucoup plus voisin du texte B que le Vaticanus 3764 et ses analogues.
1. Vaticanus 3764 (1). Membr. in-f° min., 280 mm sur 180, de 359 feuillets (le premier n’étant pas compté, il n’y en a que 358 de numérotés). Ecriture du onzième siècle.
Il a appartenu longtemps au monastère de la Cava ; perdu pendant un certain nombre d’années, il fit retour à l’abbaye en 1516, comme en fait foi une note écrite au seizième siècle sur le verso du f° 7 .
Iste insignis liber per multos annos deperditus extra monasterium fuit- Tandem Rev. Üno Nicolao Antonio Murensi episcopo procurante, sacro Cavensi cœnobio restitutus fuit tempore quo pater dnus Chrysostomus de Neapoli ejusdem sacri monasterii abbas existebat , regiminis vero sui anno quinto, videlicet anno salutis 1516 die 18 novembris.
Sur la demande de Baronius, le cardinal de Montalto, protecteur de la congrégation bénédictine du Mont-Gassin, fit transporter le manuscrit à Rome en 1593 (2).
Il contient :
1° f° sans numéro : liste des patriarches de Constantinople comme dans le Parisinus 5140.
2° f° 1 : les deux lettres de Jérôme et de Damase.
(1) Vignoli , t. I , préf. C’est son Vat. I. — Watterich, Pontif. Rom. vitœ, I , p. xvi. — Bethmann, Ârchiv, XII, p. 237. — Lipsius, Chronologie der rômischen Bischôfe , p. 85.
(2) V. une note de Penia , qui fit copier ce manuscrit; elle se conserve dans le cod. Ottob. 993 ; publiée par Bianchini (Migne , 1 , 1006),
RECENSIONS INTERMÉDIAIRES ENTRE A ET B
3° fos lv°-2v° : l’index des sépultures pontificales qui figure aussi dans 1 eParisinus 5140. (Publié par Vignoli, 1. 1, et par M. de’ Rossi, Roma sott., t. II).
4° fos 3-4v° : catalogue des papes avec des numéros d’ordre et la durée des pontificats jusqu’à Eugène II , sans indications chronologiques jusqu’à Hadrien III ; prolongé alors de seconde main jusqu’à Pascal II , dont les années ne sont pas marquées. Le continuateur a suppléé aussi les années des papes entre Eugène II et Hadrien III, mais il n’a pas mis de numéros d’ordre aux papes qu’il a lui-même ajoutés.
5° fos 5-6 : un autre catalogue avec de courtes notices , depuis Lando (913-914) jusqu’à Grégoire YII (f 1085). Ce catalogue et le précédent ont été publiés par Bianchini (Migne, I, 1008) et par Vignoli (t. I). Dans Bianchini ils se suivent comme s’ils ne formaient qu’un seul et même catalogue , ce qui n’est pas. Vignoli omet les numéros d’ordre du premier catalogue.
La mention du règne de Grégoire VII est la plus récente de celles qui sont attribuables à la première main. Le manuscrit a donc été écrit au plus tôt sous le successeur de Grégoire VII , c’est-à-dire vers la fin du onzième siècle. C’est ce que remarque fort bien Bianchini (Migne, 1 , 1007); malgré cela, Vignoli n’a pas hésité à le faire remonter au dixième siècle , et cette erreur a été reproduite par Bethmann et M. Lipsius qui n’ont pas vu le manuscrit et s’en rapportent à Vignoli.
6° f° 8 : le recueil des vies, sans aucun titre, jusqu’aux derniers mots des éditions et mox læta qui se lisent en haut du f° 358v« et dernier. La note insérée au v° du f° 7 est reproduite au bas de cette page, mais d’une main différente : Hic insignis liber , etc.
Copies du Vaticanus 3764 :
2. Ottobonianus 993. Chart. du seizième siècle de 811 feuillets en deux volumes , exécuté pour Fr. Penia et collationné par lui sur l’original (1). Bianchini en donne les variantes sous la rubrique : ex cod. Peniæ.
3. Vaticanus 4970. Chart. in-f° dix-septième siècle. Il devait y avoir deux volumes : le premier seul est conservé ; il s’arrête
(f° 94) dans la vie d’Etienne III aux mots in ecclesia Dei, pul-
lulavit — (2) .
4. Barberinus XXXIV. 57, autrefois 2520. Chart. in-f° du dixseptième siècle, 527 pages. Mutilé au commencement , il com-
(1) V. Bianchini (Migne , I , p. 1006).
mence, dans la vie de Pontianus, aux mots : — sedit annos V. m. IL d. II
5. Vallicellanus G. lb. Chart. in-f°, seizième siècle. Copie de V O ttobonianus 993.
Il y a, de plus, à Milan, dans la bibliothèque Ambrosienne, un fragment coté D. 95. avec cette rubrique : « Le prime due carte » dell’ Anastasio copiate in Roma per il Yelsero. » Il va jusqu’à Anicet. . . Anicetus natione Gréais — . Cette note semblerait indiquer que le fragment ambrosien est un débris de la copie exécutée pour l’édition de Mayence en 1602. Martinelli (1) donne un renseignement contradictoire. D’après lui , c'est le Vaticanus 4970 qui aurait servi à l’édition; son assertion se fonde sur le témoignage d’Alex. Raynaldi , qui était alors bibliothécaire de la Yaticane. Quoi qu’il en soit de la copie faite pour Welser, il est certain que le texte mayençais provient uniquement du Vaticanus 3764 , et comme il a été depuis reproduit sans changement par tous les éditeurs jusqu’à Yignoli, c’est surtout par lui que l’on connaît le Liber Pontificalis. Muratori , qui donne ce texte alors reçu, ne s’est pas cru dispensé d’indiquer les variantes orthographiques du manuscrit ; il les désigne par la lettre D. D est une copie que le cardinal Fréd. Borromée lit exécuter sur le Vaticanus 3764. Bianchini donne les mêmes variantes extraites de VOttob. 993 qu’il appelle Codex Peniæ.
6. Parisinus 5143. Autrefois Colbert. 2885, puis Reg. 3900, 5. Membr. in-f°, 120 feuillets de parchemin bicolore. Ecriture du quatorzième siècle, sur deux colonnes. Mutilé au commencement, il a perdu un grand nombre de notices ; les premiers mots appartiennent à celle de Silvère — lygurie mulieres filios suos comedissent... Les notices se suivent alors sans interruption jusqu’à celle d’Hadrien II inclusivement , puis viennent deux textes canoniques : Ut nullus présumât principe vivente alium eligere regem\ et Ut nemo intendat in in ter i tu regis ; suit un catalogue depuis Jean YIII, successeur d’Hadrien II, jusqu’à Anastase III (911-913). Enfin la série reprend avec la notice d’Etienne Y, où le texte se
termine peu avant la fin du Vaticanus 3764 par les mots pro
peregrina mercede in ecclesia — (2) .
7. LaurenUanus LXYI. 35. Chartac. in-f° du quinzième siècle, 173 feuillets. Il ne contient que la série des notices sous la rubri-
(1) Roma ex ethnica sacra, p. 410,
RECENSIONS INTERMÉDIAIRES ENTRE A ET B. 87
que : Incipit chronica pontificum jusqu’à Etienne V, où il se termine par les mots et mox læta comme le Vaticanus 3764.
De ces sept manuscrits , deux seulement sont à considérer , le Vaticanus et le Parisinus ; ce dernier ne dérive certainement pas de l’autre, bien qu’il lui ressemble beaucoup. Pour démontrer qu'ils sont collatéraux, je me bornerai à citer la phrase suivante qui se trouve dans le Parisinus h la fin de la notice de Zacharie et manque au Vaticanus : A tempore Boni pape usque ad hoc tempus sunt anni LXXIIII. m. III. dies quatuor. Quant au Laurentianus , tout porte à croire qu’il n’est qu’une copie, lui aussi, du Vaticanus 3764.
8. Mutinensis (1) bibliothèque d’Este VI. F. 5; membr. in-f° delà fin du onzième siècle. Le Liber Pontificalis commence au f° 13 v°, sans aucun titre, par les deux lettres de Jérôme et de Damase et se poursuit sans interruption jusqu’à Hadrien Ier; le texte s’arrête dans la notice de ce pape aux mots : ad balneum ubi et déambula torium scilicet cum cancellis aereis — (2); on est alors au milieu d’un verso. Sur le folio suivant commence un catalogue qui s’étend de Léon III à Grégoire VII. Jusqu’à Jean XII, il ne contient autre chose que le nom, la patrie, la famille et les années de chaque pape. Jean XII a une notice : Johannes de regione via Lata ; pater ejus Albericus princeps romanorum , etc. (3). Ses successeurs ont aussi une courte notice jusqu’à Grégoire VII, sous qui ce manuscrit a été copié en 1082 : Gregorius nat : sed. annos
VIIII. hic fuit electus ann XVIII. Heinrici tercii indic. X. ann. dni. M. L. XXII. Diverses autres mains ont continué le catalogue sans notices jusqu’à Alexandre III , Honorius IV et Paul II.
3° La recension de Saint-Denys.
La troisième rédaction intermédiaire entre les classes A et B se rencontre dans trois manuscrits français dont le plus ancien est un peu postérieur au Vaticanus 3764. Elle semble avoir été arrangée au monastère de Saint-Denys pour faire partie d’un ensemble de documents historiques relatifs à l’histoire de France. Moins étendue que les deux précédentes, puisqu’elle se termine à Etienne II, elle s’en distingue encore par la manière différente dont les textes A et B s’y trouvent mélangés. Il semble qu’on ait apporté un peu
(1) Watterich, Pontif. Homanor. vitœ , L, p. xv.
(3) V. Watterjch , l . c., I , p. 45.
plus de critique dans le choix des leçons et un peu plus d’art dans l’arrangement des deux textes combinés. Je désigne cette recension par le sigle ab.