‹ Étude sur le Liber pontificalisChapitre 3 sur 67 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

ORIGINE DU CATALOGUE FÉLICIEN

Le catalogue félicien (1) s’est conservé dans trois manuscrits :

1° Vaticanus Reginæ 1127, qui est connu par l’édition Schelstrate ;

2° Le Parisinus 1451 , collationné par Baluze pour cette même édition ;

3° Le Bernensis 225, publié avec le plus grand soin par M. R. -A. Lipsius (2).

Ces trois manuscrits sont à peu près du même âge , c’est-à-dire du commencement du neuvième siècle. Pour les deux premiers on peut être plus précis; le Val. Reg. 1 127 a été écrit de 824 à 827 ; le manuscrit de Paris , de 795 à 816 (3).

Entre ces deux manuscrits la ressemblance est si grande , même dans les plus petites minuties d’orthographe, qu’on les pourrait croire copiés l’un sur l’autre; au moins doit-on admettre qu’ils ont été exécutés sur le même original. Le texte du manuscrit de Berne est un peu différent ; mais ces différences ne consistent qu’en suppressions attribuables à des fautes de copiste. De plus il est incomplet : le texte s’interrompt dans la vie du pape Libère, non par un accident arrivé au manuscrit lui-même , mais parce que le copiste n’a pas cru opportun d’aller plus loin ou parce que l’original était mutilé. Pour le reste , le manuscrit de Berne appartient à la même famille que les deux précédents. Au

(1) Pour suivre la série des raisonnements dans lesquels nous entrons , il sera utile d'avoir sous les yeux l'édition de Schelstrate , Antiquitas Ecclesiæ illustrata, t. I, p. 402 et suiv., où les trois textes du catalogue libérien, du catalogue dit félicien et du Liber Pontificalis sont disposés en colonnes parallèles,

(2) Chronologie der Rômischen Bischôfe. Kiel, 1869, ad calcem ,

(3) V. plus bas les notices de ces deux manuscrits,

ORIGINE DU CATALOGUE FÉLICIEN

jugement de M. Lipsius, il ne dérive pas du même original que ceux-ci , mais cet original et lui proviennent d’une source commune (1). Il est certain que la ressemblance n’est pas aussi grande, entre les deux premiers manuscrits et le Bernensis , qu’entre les deux premiers comparés l’un à l’autre. Je me hâte de dire que la différence est tout à l’avantage de ceux-ci : plus complets que le manuscrit de Berne , ils sont aussi beaucoup moins mal orthographiés. C’est en somme à eux qu’il faut s’adresser pour étudier le catalogue félicien , soit au point de vue de l’état du texte , soit, ce qui nous intéresse actuellement , au point de vue de la rédaction générale.

Dans les deux manuscrits de Paris et de Rome , le catalogue félicien est inséré au milieu de divers documents dont l’ensemble forme la préface d’une collection canonique comprenant des conciles et des décrétales.

En tête de ces documents on lit :

INCIPIT PREFATIO CONCILIORUM,

On trouve ensuite cinq distiques qui figurent souvent en tête de collections canoniques semblables à celles-ci :

Conciliant! sacrum venerandi culmina juris condidit, et nobis congrua frena dédit, ut bene fundatus justo moderamine possit intemerata gerens clericus ordo régi.

Pontifices surnrni veterum præcepta sequentes planius hæc monitis exposuere suis.

Hinc fidei nostræ se pandit semita, et omnes errorum damnant dogmata. sancta vias.

Quisque Dei famulus fuerit Christique sacerdos hoc sale conditus dulcia mella fluet.

Puis vient le catalogue félicien , suivi de deux listes ; l’une est celle des métropoles gauloises avec les évêchés qui y ressortissent ; l’autre , celle des provinces de l’empire romain. Ce n’est

(1) Voici la traduction figurée du jugement de M. Lipsius:

qu’après ces documents que l’on trouve enfin le titre de 1a. collection elle-même :

In Dei nomine continentur in hoc libro canones seu regulæ eccle siasticæ diversarum provinciarum græcorum atque latinorum , épis tolæ decretales ; quorum nomina et ordo ita se habent. Féliciter.

Suit la table annoncée par ce titre : « Nomina et ordo » , puis les différentes pièces qui forment la collection , d’abord les conciles grecs , puisses conciles latins qui sont presque tous des conciles gaulois, enfin les décrétales des papes. Là se termine le recueil , comme le dit la formule finale :

Explicit féliciter. Deo gratias semper. Amen.

Il ressort de cette description sommaire que les trois pièces insérées après les cinq distiques du commencement, sous la rubrique Præfatio conciliorum , sont en rapport avec les trois parties de la collection : la liste des provinces de l’empire avec les conciles grecs, celle des provinces delà Gaule avec les conciles gaulois (1) , enfin le catalogue félicien avec les décrétales (2).

La relation paraît plus étroite encore si l’on considère que le catalogue et la collection se renferment dans les mêmes limites chronologiques.

Yoici la table des conciles latins et des décrétales , telle qu’elle se trouve dans le manuscrit; j’y joins les dates et je supprime les détails inutiles: je laisse aussi de côté les conciles grecs, qui sont tous antérieurs à la moitié du cinquième siècle : ils comprennent les dix premiers numéros.

XI. Canones cartagenenses (extraits de divers conciles africains, 397-427).

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