MANUSCRITS PERDUS
1° Le manuscrit de l’abbaye de Sigberg, qui servit à l’édition de Grabbe (v. au ch. suivant). Il appartenait à la classe A.
2° Le manuscrit A de Marquardt Freher , collationné comme le suivant pour l’édition de Mayence ; ces variantes ont passé dans les éditions de la Byzantine et dans Bianchini. Il allait jusqu’à la vie d’Hadrien II et appartenait à la classe B , comme on en peut juger par les variantes.
3° Le manuscrit B de Marquardt Freher : il s’arrêtait dans la notice d’Etienne III aux mots ....præsumptione quam (1). Quoique appartenant à la classe A , ce manuscrit contenait dans la vie de Paul Ier deux ou trois passages qui ne se retrouvent que dans certains manuscrits de la classe B, le Parisinus 13729 et ses similaires.
4° Le Farnesianus de Bianchini. Manuscrit en onciale , qui se trouvait encore en 1726 dans la bibliothèque de Parme. Après plusieurs savants parmi lesquels je puis citer M. Pertz je l’ai vainement cherché tant à Parme qu’à Naples. Ce manuscrit, mutilé au commencement et à la fin , ne comprenait plus au temps de Bianchini que la partie qui va de Silvère — intra civitatem et custodivit... à Hadrien Ier.... retrusi erant absolvi fecit — (2). Bianchini en donne deux fac-similé et une collation qui paraît exacte.
5° Le Farnesianus d’Ugolini. Ugolini, neveu de Vignoli, parle dans la préface du tome III d’un manuscrit farnésien qu’il veut identifier avec le précédent , que son oncle connaissait d’après les seules indications d’Holste. Il est bien probable qu’il s’agit ici d’un manuscrit tout différent et appartenant à la recension de Martin Y. Outre qu’il se terminait à ce pape et non dans la vie d’Hadrien , les rares variantes qu’Ugolini en donne d’après les papiers de son oncle concordent avec les manuscrits M. Cependant il contenait dans la notice de Sergius II un passage évidemment interpolé et qu’on ne retrouve nulle part ailleurs (Y. plus bas. liv. III, chap. YIII). Ce manuscrit avait appartenu au cardinal Etienne Nardini, évêque de Forli; il portait au temps de Yignoli la cote E. 4. 25.
(2) N° 98, 1. 10 — n° 292, 1. 12. V, Bianchini (Migne, t. I, p. 151 et 226) i
6° Le Cassinensis d’Holste. Holste avait recueilli quelques variantes dans un manuscrit du mont Gassin ; j’ai en vain cherché ce manuscrit dans la bibliothèque de l’abbaye. Les variantes figurent dans l’édition Bianchini.
7° Le catalogue des manuscrits latins de la bibliothèque nationale de Paris porte sous la cote 4999 A : Cod. mernbr. quo conti -
nentur 3° Damasi papæ chronicon de summis pontificibus quod
anonymus produxit ad Adrianum I et annum 77%.... Is codex XIV sæc. ineunte videtur exaratus. Ce manuscrit a disparu de la bibliothèque.
Avant de terminer cette étude sur les manuscrits du livre pontifical , il y a une remarque intéressante à faire sur leur distribution géographique. L’Angleterre et l’Irlande n’en ont fourni aucun , car le manuscrit d’Oxford n’est qu’un simple catalogue ; un seul et de basse époque se rencontre en Espagne ; un très-petit nombre viennent des pays allemands ; la plupart ont été écrits et sont conservés encore en Italie ou en France.
Entre ces deux pays il y a une répartition très-instructive. Les manuscrits de la dernière recension sont tous ou presque tous italiens; si on les met à part, ainsi qu’un certain nombre de copies du quinzième ou du seizième siècle , on verra que la grande majorité des anciens manuscrits a été exécutée en France. Les manuscrits A , relativement peu nombreux , forment , si l’on y joint les deux ou trois anciens exemplaires de la recension mixte AB , la part de l’Italie ; ils se répartissent à raison d’un ou deux par siècle, entre le huitième siècle et le treizième.
La recension B , au contraire , est presque toute formée de manuscrits français ; il en est de même des exemplaires de l’abrégé félicien : un bon nombre de ces manuscrits fut exécuté dans le courant du neuvième siècle. Plus tard , à Angoulême , à Saint- Denys , en Franche-Comté , on s’occupe de réviser , de corriger , de continuer même le Liber Pontificalis. Les deux recensions dérivées d’ Angoulême et de Saint-Denys sont complètement françaises et ne se propagent pas au dehors. La recension de Pierre- Guillaume, après avoir été constituée en France, y trouve un commentateur dans la personne de Pierre Boer ; c’est elle qui , passée en Italie en même temps que la cour pontificale revenait d’Avignon , devint la souche de la nouvelle et dernière recension terminée à Martin V.
De cette rapide esquisse , le trait le plus saillant est l’empresse*
ment avec lequel le livre pontifical fut accueilli en France au neuvième siècle. Ce n’étaient pas seulement des particuliers ou de pauvres clercs qui s’intéressaient à ses récits. Tontes les grandes églises voulaient en posséder un exemplaire ; nous avons encore ceux de Reims (1), Tours, Laon, Cologne, Auxerre, Worms , Beauvais, Wissembourg, Saint-Bertin. J’ai montré, dans la description de celui de Tours , avec quelle rapidité se transmettaient les notices nouvellement éditées à Rome, et quel soin on mettait à tenir les exemplaires au courant.
Cet empressement témoigne assez des sentiments du clergé franc à l’égard de l’Eglise romaine ; d’un autre côté , il n’est pas sans relation avec la fortune rapide des décrétales pseudo-isidoriennes. Theiner et Eichhorn ont placé à Rome la fabrication de ces documents supposés; une de leurs raisons était que l’on ne connaissait pas encore au neuvième siècle le livre pontifical en dehors de l’Italie. On voit combien cette assertion est peu fondée; c’est le contraire qui est vrai : au neuvième siècle le livre pontifical était beaucoup moins répandu en Italie qu’en France. M. Hinsch a solidement établi que la rédaction des fausses décrétales doit se placer en France , et plus particulièrement dans la province ecclésiastique de Reims. Leur prompte diffusion et l’autorité qu’elles acquirent en peu de temps de ce côté-ci des Alpes s’explique dans une certaine mesure par la publicité dont y jouissait alors le livre pontifical. Soigneusement mises en rapport avec lui , fabriquées meme , pour une bonne partie , d’après ses indications, elles purent sembler autorisées par lui. Dans tous les cas elles trouvèrent un public habitué à bien accueillir tout ce qui se donnerait comme venant de Rome et du siège apostolique, et disposé par la lecture du livre des papes à chercher et à admettre des décisions pontificales en dehors de celles que contenaient les collections canoniques en usage.
(1) Hincmar de Reims (Adv. Hincm. laud . , opp. Il , p. 455) cite h plusieurs reprises le Liber episcopalis ; mais ce n’est pas d’après le manuscrit Vossianus 60, bien qu’il appartînt certainement dès le neuvième siècle à l’église de Reims. En effet, ce manuscrit n’est pas de ceux qui présentent le titre : lncipit liber epûcopalis, etc. V. p. 64.