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ANCIEN ARCHIVISTE DE LA BASILIQUE DU VATICAN

d’après

LES MANUSCRITS CONSERVÉS A ROME , A FLORENCE , A MILAN , A TURIN ET A PARIS

par M. Eugène MÜNTZ

ANCIEN MEMBRE DE L’ÉCOLE FRANÇAISE DE ROME (1)

La Renaissance, à laquelle nous devons d'avoir vu sortir de l’oubli tant de chefs-d’œuvre de l’antiquité classique, a inauguré pour les monuments de l’antiquité chrétienne une période de

(1) On ne saurait se flatter de pouvoir faire connaître dans son ensemble, dès la première tentative, l’œuvre d’un érudit aussi abondant que Jacques Grimaldi. Ce serait une tâche difficile, et qui exigerait beaucoup de temps, que de réunir seulement ses manuscrits dispersés. II faudrait visiter en détail les bibliothèques de l’Italie septentrionale , où quelqu’un de ses ouvrages se cache peut-être encore. Ces manuscrits ont pu facilement échapper à l’attention des rédacteurs de catalogues, parce qu’il n’a pas pris soin d’inscrire toujours son nom à la suite du titre. Ce titre même n’est pas toujours rédigé de manière à donner à des chercheurs inattentifs ou pressés une idée exacte du contenu des volumes. La même observation s'applique aux bibliothèques étrangères , où il est possible que des fragments de l’œuvre de Grimaldi aient été transportés. On comprendra que des lacunes soient ici inévitables , et nous n’avons pas aspiré à en être entièrement exempt. Le lecteur tiendra compte des difficultés inhérentes à un genre de travail pour lequel le secours des livres imprimés faisait presque complètement défaut.

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vandalisme qui s’est prolongée jusque fort avant dans notre siècle Sans doute bien des peintures, bien des édifices des premiers temps avaient été détruits pendant le moyen âge; mais ils ne l’avaient du moins pas été au nom des principes du goût. Il était réservé à Nicolas Y, à Léon X, à Sixte Y, à Paul Y, de sacrifier systématiquement tant de souvenirs vénérables, et de joncher de ruines les abords des deux grands sanctuaires de la ville éternelle, le Latran et le Vatican.

Tous leurs contemporains ne se montrèrent pas aussi exclusifs, et, parmi les archéologues romains du seizième et du dix-septième siècle, il s’en trouva plus d’un qui s’efforça de conserver, du moins parla plume ou le crayon, l’image de la Rome de Constantin et de saint Sylvestre, de Charlemagne et de Léon III, ainsi que des grands papes du moyen âge.

Personne n’a apporté plus d’ardeur dans ce pieux travail de conservation que le savant auquel est consacrée cette étude , Jacques Grimaldi. Son souvenir est indissolublement lié à celui de la vieille basilique de Saint-Pierre, et à celui de plusieurs autres monuments romains célèbres. Ses ouvrages forment la base de leur histoire ; aucun des archéologues des deux derniers siècles n’a pu se dispenser d’y recourir, et cependant son nom n’est connu que de quelques rares érudits ; c’est à peine si deux ou trois fragments de ses écrits ont eu les honneurs de l’impression. On chercherait en vain dans les grands recueils biographiques d’Italie, de France ou d’Allemagne , une notice sur ce travailleur modeste qu’on a tant copié et si peu cité , et dont les services , en ce qui concerne l’étude de l’art chrétien de la basse époque , sont vraiment incalculables. L’auteur de V Introduction à la théologie monumentale (1), ce vaste travail critique et bibliographique sur l’histoire de l’archéologie chrétienne, M. Piper, ne le mentionne pas davantage dans le chapitre qu’il a consacré à ses prédécesseurs ou contemporains , et où il passe en revue Alfarano et de Angelis , Severano et Rasponi, et plusieurs autres Italiens dont l’œuvre est loin de pouvoir se mesurer avec celle de Grimaldi. Ce n’est que dans un livre spécial, les Scrittori bolognesi , du comte Fantuzzi (2), que l’on rencontre quelques détails sur sa vie et ses ouvrages , et

(1) Einleitung in die monumentale Théologie. Gotha , 1867, pp. 695-691.

(2) Bologne, 1784, t. IV, p. 306 et suiv.

SUR l’oeuvre ARCHÉOLOGIQUE DE JACQUES GRIMALDI. 227

encore cette notice est-elle bien incomplète et bien défectueuse , quoique composée à l’aide de matériaux communiqués par G. Marini. Ajoutons que le classement des nombreux manuscrits de notre auteur n’a jamais été tenté, et que les érudits les mieux renseignés ont ignoré jusqu’à l’existence de ceux de ces manuscrits qui se trouvaient en dehors du Vatican.

Cet oubli, cette injustice, provient en partie du fait même de Grimaldi. Il composa ses ouvrages, non pas pour les livrer au public, mais pour les déposer dans la bibliothèque de quelque haut personnage, tel que le pape Paul V, le cardinal Frédéric Borromée, le grand-duc de Toscane, le duc de Savoie. Le soin avec lequel il les transcrivit lui-même, l’emploi d’encres de différentes couleurs, l’apposition, sur un grand nombre de feuillets, de sa signature et de son cachet, la multiplicité des copies du même ouvrage et les différences qui existent entre elles, toutes ces particularités ne laissent aucun doute sur ses intentions. Il cherchait à sauver de l’oubli le plus de peintures, de mosaïques, d’ornements, de statues, d’inscriptions possible, en les décrivant avec minutie ou en les dessinant; il ne songea jamais à tirer vanité de ce qu’il considérait comme un devoir, de même qu’il ne fut pas ce que nous appelons un savant de profession.

Né à Bologne — il se qualifie lui-même de « presbyter bononiensis (1) » — le jour de la fête de la dédicace de la basilique de Saint-Pierre (2), il se fixa, jeune encore, à Rome. En 1581, il fut attaché à cette même basilique (3) , puis on le voit successivement devenir notaire public (4), archiviste du chapitre, et enfin bénéficier. Il fut promu à cette dernière dignité le 29 juin 1602 (5).

(1) Cod. Ambrosianus A. 168 , f° 182.

(2) Fantuzzi, qui nous fournit ce renseignement (IV, 306), oublie de joindre à l’indication du jour de la naissance celle de l’année. Essayons de combler cette lacune. Grimaldi nous apprend lui-même qu'il entra dès sa jeunesse au service de la basilique de Saint-Pierre. On sait, d’autre part, que lorsqu'il mourut, en 1623, il avait été attaché pendant quarante-cinq ans à cette basilique. Nous ne serons donc pas loin de la vérité en plaçant vers 1560 l'époque de sa naissance.

(3) Cod. Ambr. A. 168, f° 71 : « Hoc anno MDLXXXI ego Jacobus Grimaldus cœpi inservire basilicæ Vaticanæ in olïicio acolythorum sacristiæ , adhuc puer indignus quidem. »

(4) « Privilegium notariatus mei Jacobi Grimaldi, presbyteri bononiensis, expeditum die vigesima Maii millesimo quingentesimo nonagesimo octavo, per acta Angeli Oarosii, Archivi romanæ curiæ scriptoris, servatur in Archivo sacrosanctæ Vaticanæ basilicæ. » Cod. Barberinus XXXIV, 49, f° 74 verso.

(5) Fantuzzi , loc. cil.

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Le titre de notaire est celui auquel il parut tenir le plus, celui qui revient le plus souvent sous sa plume ; le procès-verbal est la forme de description qu’il emploie de préférence.

Son goût pour l’archéologie, l’épigraphie et la diplomatique, se manifesta de bonne heure. Sous la puissante impulsion du grand Onofrio Panvinio , ces études s’étaient développées rapidement dans le clergé romain et chez les savants de la cour pontificale. A Saint-Pierre meme, Grimaldi eut un prédécesseur dont il reçut peut-être encore les leçons, Tiberio Alfarano, de Gérace, l’auteur de notes précieuses sur l’ancienne basilique et du meilleur plan que nous possédions de cet édifice (1). Il n’eut qu’à suivre la voie inaugurée par ces maîtres pour rendre à son tour les services les plus signalés. A la méthode excellente qu’il leur emprunta il joignait une force de travail peu commune. Choisi parles chanoines de Saint-Pierre pour gardien de leurs archives, aujourd’hui encore si riches, il s’appliqua sans relâche à transcrire, à analyser ou à classer les innombrables documents confiés à ses soins. Gaëtano Marini, dans une lettre publiée par le comte Fantuzzi (2), rend hommage dans les termes suivants au zèle et aux lumières de celui qui, sous tant de rapports, peut être considéré comme lui ayant frayé la voie.

« Fui sorpreso, portatomi nell’ archivio del Capitolo di San-Pietro , a vedere i grossi e varj volumi di indici da esso fatti a quasi tutto quell’ archivio , e quello che è più mirabile, si è la divisione délié materie , ed il sistema a cui ha saputo richiarmarle tutte. Couvien’ veramente credere che fosse uomo d'ingegno , ed instancabile nel lavoro. »

La démolition des derniers restes de la basilique permit à notre auteur d’exercer une action non moins féconde dans le domaine de l’antiquité figurée. Il assistait navré aux actes de vandalisme commis par les architectes de Paul Y. Rien de plus éloquent dans sa simplicité que le récit qu’il nous fait de la dernière messe célébrée le 15 novembre 1609 dans la chapelle de Sixte IY, et qui se termine par ces mots : « hæc fuit ultima missa in choro et vetere basilica celebrata. » Il finit par s’identifier avec ces ruines, encore toutes pleines du souvenir de saint Damase, de saint Hilaire, de Léon III , de Pascal I , d’Othon II , et de tant d’autres illustres

(1) Je publierai une étude spéciale sur cet auteur, auquel j'ai déjà consacré quelques notes dans la Revue critique , 1875, n° 33.

(2) Scrittori bolognesi, IV, p. 307.

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pontifes ou monarques. On eût dit le bon génie de la vénérable basilique veillant, sans perdre courage, sur les trésors que les successeurs de ces grands hommes détruisaient avec tant de légèreté.

Un des premiers actes de Grimaldi fut de provoquer la rédaction d’un procès-verbal destiné à perpétuer le souvenir de la grande mosaïque absidale exécutée sous Constantin, restaurée et en partie refaite sous Innocent III. Comme on semble avoir ignoré jusqu’ici que c’est à lui que nous devons cette pièce importante et le dessin qui s’y trouve joint (1), je constaterai ses droits par son propre témoignage :

« Apsida veteris basilicæ, cnjus exemplum servatur hodie in archivo ejus sacri templi , me in primis procurante, ne tam singularis memoria deperiret. Anno si qnidem MDXCIIII (2) dum fabri ipsam , novi gralia B. Pétri erigendi altaris , demolirentur apsidam, ni id negocii promotum a me tune fuisset , infra proximum triduum exemplum prædictum sumi nequaquam potuisset (3). »

L’idée de Grimaldi était vraiment lumineuse. Si les papes du dix-septième et du dix-huitième siècle avaient fait rédiger un procès-verbal analogue toutes les fois qu’il leur fallut soit démolir, soit restaurer quelque monument historique, que de peintures et de mosaïques n’auraient-ils pas sauvées d’une destruction irrémédiable, que d’incertitudes n’auraient-ils pas évitées à l’archéologie moderne!

Les ornements sacrés, les sarcophages, les médailles, les inscriptions, ne fixèrent pas moins l’attention de ce compilateur infatigable. L’illustre épigraphiste de la Rome moderne , M. de’ Rossi, a eu plus d’une fois l’occasion de signaler les services qu’il a rendus sous ce dernier rapport. Mais quoique Grimaldi commençât dès la fin du seizième siècle à réunir les éléments de son travail, la composition même des ouvrages auxquels nous sommes redevables de tant de notices précieuses ne paraît guère remonter au delà de l’année 1615 , à l’exception du Diarium du jubilé et de quelques autres fragments de peu d’importance.

(1) Ce dessin, qui existe encore dans les archives de la basilique du Vatican , a été publié par Ciampini , De sacris Ædificiis, pl. XIII, et par les Bollandistes, Acta sanctorum, juin, t. VII, p. 135.

(2) C'est 1592 qu’il faut lire : telle est, en effet, la date inscrite dans le procès-verbal. V. Ciampini, De sacris Ædificiis , p. 47.

(3) Florence. Fonds Magliabecchi , classe III, n° 173, f° 3.

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Plusieurs papes ou princes firent gloire de le récompenser des services si divers qu’il avait rendus à la science. Un bref de Clément VIII, en date du 31 mai 1600 (1), reconnut ses transcriptions comme authentiques et sanctionna en quelque sorte l’œuvre à laquelle il s’était dévoué.

Plus tard , nous voyons Paul V lui accorder une pension annuelle de cinquante écus. Cet exemple fut suivi parle grand-duc de Toscane, qui lui donna de nombreuses marques de sa munificence. Ajoutons que ses travaux lui valurent un canonicat à Santa-Maria in Porticu, et la place de « lecteur des sentences » contre les hérétiques dans les abjurations publiques (2).

On est moins exactement informé des relations de Grimaldi avec les savants contemporains, de sa situation dans le monde littéraire. Je puis cependant dire qu’il était fort lié avec Pompeo Ugonio, le docte auteur de VHistoria delle stationi di Roma (1588) et des manuscrits archéologiques de la bibliothèque Barberine. Il nous l’apprend lui-même dans un de ses ouvrages (3). Nous le trouvons également en rapport avec l’architecte Martin Ferrabosco, le collaborateur de VArchitettura délia basilica di San-Pielro in Vaticano, de Costaguti (Rome, 1620 et 1684). Ferrabosco reconstitua pour lui le plan du projet de reconstruction que Nicolas V avait adopté pour la basilique de Saint-Pierre (4).

Les dernières années de la vie de Jacques Grimaldi ne répondirent pas entièrement à l’austérité des premières ; son âge mûr fut troublé par des passions violentes, qui contribuèrent même, s’il faut en croire le Diarium du sacristain de Saint-Pierre, à hâter sa fin. Cependant son activité littéraire ne se ralentit pas un instant; les années 1618 à 1623 sont précisément celles où il mit au jour le plus grand nombre d’ouvrages.

Il mourut le 7 janvier 1623 (5), après avoir été attaché pendant près d’un demi-siècle (quarante-cinq ans), à la basilique du prince des apôtres.

Voici en quels termes un de ses collègues enregistra sa mort :

« A di 7 Gennaro 1623. Il sopradetto sig. Giacomo Grimaldi , sacerdote, e chierico beneficiato délia sacrosanta Basilica Vaticana , il quale

(1) Publié par Fantuzzi, t. IV, p. 307, note.

(2) Fantuzzi, loc. cit. Ce savant se trompe évidemment en plaçant cette dernière nomination en l’année 1568; la date 1598 me paraît plus vraisemblable.

(3) Cod. Ambrosianus A. 168, f° 21.

(4) Cod. Barberinus, XXXIV, 50, fol. 443.

(5) Et non pas en 1683, comme le rapporte le comte Fantuzzi.

SUR l’oeuvre ARCHÉOLOGIQUE DE JACQUES GRIMALDI.

ha servito detta chiesa per spazio di anni 45 con ogni fedeltà nell’ officio di chierico sopranumerario , accolito di sagrestia , sotto sagrestano , mansionario , sagrestano , ed ultimamente chierico beneficiato , ed ha avuto cura dell’ archivio , il quale ha accomodato tutte le scritture nell’ ordine che oggi si vedono , ha scritto e fatti libri memorabili , delli quali ne ha donati a principi , e signori grandi , corne alla santa memoria di papa Paolo Y , il quale per ricognizione le donô una pensione di 50 ducati , al gran duca di Fiorenza , al duca di Savoja, ed altri principi, quali libri trattano delle cose memorabili délia chiesa di San-Pietro , e del Volto santo ec. morto nella parrochia délia Mad. del Popolo , e sepolto in questa chiesa privatamente (1). »

Grimaldi n’a apporté dans ses études ni la supériorité d’esprit d’un Panvinio ou d’un Bosio, ni la brillante éducation classique des humanistes proprement dits. G’est une nature sèche, incapable de s’élever bien haut , remarquable surtout par sa passion de l’ordre , de la clarté , de la précision , et par l'ardeur avec laquelle l’humble clerc a travaillé à devenir un érudit, presque sans le secours d’un maître. Je ne crains pas d’affirmer que jamais avant lui on n’avait accordé tant d’attention à des monuments dont le tort était de ne pas appartenir au paganisme ; jamais on ne les avait décrits avec autant de soin , on pourrait presque dire d’amour. Quand il s’agit de procéder à quelque inventaire archéologique, l’archiviste est doublé chez lui du notaire. En ce qui concerne les inscriptions surtout, Grimaldi s’applique à les reproduire avec autant d’exactitude que possible, en tenant compte des lettres manquantes, de la dimension des lacunes, et d’autres détails trop négligés par Panvinio et son école.

On est en même temps frappé de sa curiosité insatiable. Papyrus, briques sigillées, monnaies, bas-reliefs, fresques, miniature^, tout l’intéresse, tout lui est familier. 11 se livre à des recherches approfondies sur plusieurs points de l’histoire du costume ecclésiastique, sur la forme des lampes servant au culte, etc. Si nous faisons abstraction du groupe de savants voués dès lors à l’étude des catacombes, et de ceux qui , comme Vasari , s’occupaient spécialement des écoles modernes , nous pouvons soutenir, sans crainte d’être démenti , que personne à cette époque n’a pos-

(1) Cancellieri , De secretariis Basilicœ Valicanœ , IV, 1741. Cf. 1667-96.

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sédé, en matière d’art, une érudition aussi variée, aussi étendue.

A cette connaissance des monuments, Grimaldi joint une connaissance parfaite des sources manuscrites ou imprimées. La bibliothèque et les archives du Vatican n’ont point de secrets pour lui, et il ne cesse d’y puiser à pleines mains. Chartes, missels enluminés, histoires on chroniques locales, il n’y a rien qui échappe à ses investigations (1). Il se sert de ces matériaux pour déterminer l’origine ou le caractère des différents monuments, pour leur donner leur signification véritable. Tantôt il produit une vieille quittance qui fixe l’époque à laquelle ont été exécutées des fresques de Giotto, tantôt il cherche à établir l’âge d’une mosaïque par sa comparaison avec les miniatures. Dans ces dernières tentatives, est-il nécessaire de le dire, il échoue souvent ; mais les erreurs qu’il commet sont moins nombreuses et moins graves que celles des archéologues du dix-septième et du dix-huitième siècle. Celane tient-il pas à ce que, de son temps, l’habitude d’étudier les œuvres d’art dans des reproductions insuffisantes n’avait pas encore prévalu ? Grimaldi et ses contemporains examinaient directement les originaux : de là cette sincérité et cette solidité de jugement qui manquent à leurs successeurs. Il y a même lieu de croire qu’il est l’auteur des nombreux dessins joints à son texte. En effet, Bianchini,dans son édition du Liber Pontificalis (III. 159), le raille, bien à tort selon moi, de son inexpérience à manier le crayon : « Jacobus enim Grimaldus ad acta conscribenda selectus, non potuit ita facile reddi pictor ex ea deputatione qua declarabatur notarius. »

Quelque honneur que fassent au goût et à la perspicacité de Grimaldi les dissertations qu’il nous a laissées, c’est surtout dans ses efforts pour constituer des recueils soit d’inscriptions, soit de documents, soit d’ouvrages d’art , que nous devons le considérer. Sous ce rapport il n’y a point d’éloges qu’il ne mérite. Il a révélé les trésors innombrables que cachaient les souterrains de Saint- Pierre, il nous a mis à même d’étudier dans ses dessins, et mieux encore dans ses descriptions, toute une moitié de la Rome chrétienne, dont la perte, sans lui, aurait été complète et irréparable. Le succès avec lequel il s’est acquitté de cette tâche justifierait à lui seul le jugement, si éloquent dans sa concision, que Tirabos-

(l) Il cite à chaque instant les ouvrages, alors inédits, de Petrus Mallius.de Mapheus Yeggius, de Panvinio, etc., etc., et ne manque presque jamais d'ajouter au titre de ces ouvrages l'indication de la cote , bien différent en cela de la plupart de ses successeurs, notamment de Ciampini.

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chi porte sur notre auteur et son admission parmi les représentants les plus autorisés de la science italienne :

« In altra maniera si volse ad illustrare le antichità uno scrittore poco fino riconoscinto , e degno non di meno di andar del pari co’ più rinomati, cioè Griacomo Grimaldi (1). a

L’héritage littéraire si considérable laissé par Jacques Grimaldi ne tarda pas à tenter les savants romains. Il était à peine mort que déjà commençait le partage de ses dépouilles. Le premier qui fit usage de ses manuscrits fut Jean Severano, dans ses Memorie sacre delle sette chiese di Roma (Rome, 1630, t. I, p. 7 et ss.) . Puis vint Torrigio, qui les mit en quelque sorte en coupe réglée dans ses Sacre grotte Vaticane (Rome, 1635, 1639, 1675). On peut dire que, sans le secours que lui a prêté Grimaldi , cet ouvrage célèbre n’existerait pas. Fioravante Martinelli, dans sa Roma ex ethnica sacra (Rome, 1653), ne profite guère moins des travaux de l’ancien archiviste de la basilique Vaticane. On verra plus loin qu’il pourvut un de ses manuscrits d’un index destiné à faciliter les recherches (Vaticane, fonds Gapponi, n° 145). Ciampini est un de ceux qui lui doivent le plus, quoiqu’il prononce rarement son nom. Il lui a notamment pris les descriptions et les croquis de l’oratoire de Jean VII, de la façade et de l’intérieur de l’ancienne basilique du Vatican, des peintures du Latran, etc. Bonanni enfin, dans son Historia templi Vaticani (Rome, 1696, 1700 et 1715), pour ne citer que les principaux d’entre les auteurs du dix-septième siècle, s’inspire de lui à chaque page et honore ces emprunts par l’usage judicieux qu’il en fait.

Il serait trop long d’énumérer tous les savants du siècle dernier ou de notre siècle qui ont puisé dans l’œuvre manuscrite de Grimaldi. Aux Bollandistes (2), il fournira la description du sépulcre de saint Léon Ier ( Propylæum ad acta sanctorum maii ), reproduite plus tard par Bianchini, dans son édition du Liber Pontificalis (III, p. 159), et par l’abbé Migne, dans son édition du même ouvrage (II, p. 323). Un troisième éditeur de la chronique papale, Vignoli, consultera ses Descendentiæ canonicorum ( Lib . Pont. II,

(1) Storia delta letteratura italiana , t. VIII, p. 507, éd. de Milan.

(2) Il faut cependant noter que ces auteurs n'ont eu qu'une connaissance fort imparfaite des manuscrits de Grimaldi, comme on peut le voir facilement par l’article qu’ils lui ont consacré : Acta sanctorum , juin, t. Vil , p. 86,

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p. 16, 17). Le grand Muratori profitera de ses recherches sur la numismatique (. Antiquitates medii ævi, II, 783). Cancellieri enfin le suivra pour ainsi dire pas à pas dans son volumineux traité sur les Secretarii basilicæ Vaticanæ (Rome, 1786), aussi touffu et aussi mal composé que les Instrumenta authentica , ou le De sacrosancto Sudario. Arrivé à la fin de son travail, il n’hésite pas à payer à son devancier ce juste tribut d’éloges : « Ac nequeo mihi temperare, quin hujus modi Elenchos (la liste des bénéficiers de Saint- Pierre). absolvam vita et rebus gestis Jacobi Grimaldi, qui eos confecit , quemque totius fere operis decursu socium ac ducem de meo itinere optime meritum habere gloriatus sum. » (p. 1741).

Les archéologues ou épigraphistes modernes n’ont pas tiré un moindre parti de ce fonds si riche qu’aujourd’hui encore, malgré tant de plagiats ou d’emprunts, il nous offre en abondance les renseignements inédits les plus précieux. Le maître par excellence des antiquités chrétiennes , M. de Rossi, a assigné à Grimaldi une place honorable parmi les collecteurs d’inscriptions (Inscriptiones christianæ, préface XXI, note 5); il a également utilisé un de ses manuscrits, le Yat. 6437, dans son beau travail sur la mosaïque de S. Andrea in Barbara ( Bullettino di archeologia cris tiana, 1871, éd. fr.,p. 13). L’auteur des Iscrizioni dette chiese ed altri edificii di Roma , M. Forcella (Rome, 1869 et années suivantes), a de son côté trouvé, dans l’œuvre de Grimaldi, quelques inscriptions intéressantes : sa moisson eut été bien plus considérable encore s’il avait connu les manuscrits delà Barberine, de la bibliothèque nationale de Florence et de l’Ambrosienne. Mais par un concours de circonstances difficile à expliquer, ces manuscrits, si riches en variantes, ont jusqu’ici échappé à l’attention, non-seulement de M. Forcella, mais encore de tous ses prédécesseurs, sauf Muratori et Mai, qui ont consulté ou cité, l’un le cod. Ambr. A. 168, l’autre {Iliadis fragmenta antiquissima cum piciuris , Milan, 1819. fol. IX et XI), les trois exemplaires de la même bibliothèque.

Une classification rigoureuse des manuscrits de Grimaldi est à peu près impossible, car si beaucoup d’entre eux contiennent les mêmes dissertations, il n’en est guère qui soient absolument identiques et qui constituent la reproduction littérale l’un de l’autre. L’auteur semble avoir pris plaisir à varier les matières, à introduire des changements plus ou moins considérables, de manière à conserver à chacune des copies exécutées de sa main son

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caractère d’original. Nous allons cependant essayer , avant d’en dresser la liste, de faire abstraction de ces différences, et de distribuer les principaux de ces manuscrits entre un certain nombre de familles. En voici la description sommaire :

Diarium anni jubilæi 1600. Archives de la basilique du Vatican. E. 38. — Barberine XXXII

Instrumenta autentica translationum ss. corporum et sacrarum reliquiarum e veteri in novam... basilicam... Archives de la basilique du Vatican G. 13. — Copie à la Corsinienne 276. col. 39. D. 4. — Deux exemplaires différents à la Barberine XXXIV. 49 et XXXIV. 50.

Opusculum de sacrosancto Veronicæ sudario ac lancea. Archives de la basilique du Vatican. H. 3. — Bibl. nat. de Florence, P. III. n° 173. — Ambrosienne, A. n° 168.

Catalo gus sacrarum reliquiarum almæ Vaticanæ basilicæ... Archives de la basilique du Vatican. H. 2. — Bibl. Casanatense (sans cote).

Cancellieri a publié dans le t. IV de son De secretariis basilicæ Vaticanæ , pp. 1667-1696, « Y Elenchus reliquiarum basilicæ Vaticanæ a Jacobo Grimaldo contextus , novis accessionibus locupletatus . — Ce catalogue, écrit en italien, n'a presque rien conservé de sa forme première ; d’un côté, Cancellieri y a fait de nombreuses additions ; de l’autre il a retranché les excursus , qui donnent au travail de Grimaldi son principal intérêt.

Catalogus omnium archipresbiterorum ss. Vaticanæ basilicæ... Archives de la basilique du Vatican. H. 1. — Barberine XXXIV. 36.

Liber canonicorum sacr'osanctæ Vaticanæ basilicæ... qui diversis temporibus ad summum pontificatum et cardinalatum erectifuerunt. Bibl. du Vatican, n° 6437. — Copie dans la même bibliothèque, fonds Capponi, n° 145.

Descendentiæ canonicatuum , beneficiatuum et clericatuum sacro sanctæ basilicæ Vaticanæ. — Archives de la basilique du Vatican. H. 59.

Antiquissimæ scripturæ quæ in arborum cortice exaratæ in Vaticana bibliotheca asservantur... Bibl. du Vatican. n<> 6064. Voir aussi : même bibliothèque n°6438. — Barberine XXX. 135. f®81. — Bibl. nationale de Paris, fonds latin n° 12919; (S. Germain latin n° 4661).

De Carola Lusignana regina , Ludovici de Sabaudia , Hierusalem , Cypri et Armeniæ regis , conjuge. — Archives d’Etat de Turin.

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