À) DÉPOTS
Selon l'habitude bancaire, au début de l’année, les banques indigènes doivent distribuer aux clients familiers les carnets de dépôts sur lesquels ils pourront inscrire tous leurs dépôts au cours de l’année. « Le banquier n’opère pas seulement sur ses capitaux : ceux qui lui appartiennent en propre ne forment, le plus souvent, qu'une portion médiocre de ceux qu'il met en mouvement. Il reçoit les fonds disponibles des capitalistes, et s’en sert dans ses opérations. » (54). Les conditions dans lesquelles les capitaux viennent se placer en dépôts sont très variées, suivant les usages locaux et les convenances particulières ; ces conditions établissent, avec les capitalistes, rapports qui exigent, de la part du banquier, beaucoup de soin, d'attention et de vigilance. Ces dépôts peuvent être divisés en trois sortes
(b4) J. G. Courcelle-Seneuil : Les opérations de Banque, 13
édition, p. 78.
J. — Dépôts sur demande, appelés « reôu-ts'uên « en chinois.
Ces dépôts sont analogues à ceux des banques modernes ‘remboursables sur demande. La banque indigène, placée sous le coup d’une demande imminente, ne peut engager les fonds ainsi déposés que pour un temps court et avec précaution, de manière à pouvoir, sans top de peine, les retrouver au besoin. Le calcul de cette sorte d'intérêts est un peu différent de celui des dépôts dans les banques modernes. D’après l'habitude bancaire indigène, le taux d'intérêt des dépôts sur demande est fixé tous les mois par le Syndicat des Banques indigènes. Depuis le début de la République, en raison des intérêts du marché trop bas en général, au dernier mois de la lune du calendrier ancien et au premier de l’année sui vante (56), les dépôts de cette sorte ne reçoivent pas d’intérêts pendant ces deux mois. Quant à la période du deuxième au onzième mois de l’année, le taux d’intérèt était autrefois fixé, au plus bas, à 1,5 taël par mois et par mille taëls de dépôt sur demande. Si le taux d’intérèt du marché s'élevait, celui des intérêts de cette sorte s'élevait aussi. Mais, depuis des années par suite de la hausse du taux d'intérêt du marché, celui des dépôis sur demande est alors fixé, au plus bas, à 2 taëls par mois et par mille taëls, et le paiement réel doit avoir un escompte de 5 % (57). Voici la méthode selon laquelle
(56) Calendrier ancien de la Chine.
(57) Yang Yin-p'ou, Chang-haï-kin-yong-tsou-lcheu-k’'ai-yao
(iraité des organes monétaires de Changhaï), p. 42.
A) ne
sont calculés chaque mois les intérêts par le Syndicat : la somme totale des intérêts journaliers du mois précédent constitue l'intérêt des dépôts sur demande (par mille taëls de ce mois, et cette somme totale divisée par le nombre des jours d’un mois est le taux d’ intérêt d’un jour de dépôts de ce genre (58). Si la somme totale des ‘niérêts journaliers d’un mois n’atteint pas 2 taëls, il faut prendre le taux minimum de deux taëls par mois pour
chaque mille taëls, avec un escompte de 5 %, c’est-à-dire G'après le taux réel le plus bas, 1,9 taël . + 00 Ed
taël) (bg). D'autre part, on ne peut tirer par chèque une somme supérieure au montant du dépôt sur demande (overdraw) dans les banques modernes chinoises, sans avoir prévenu d'avance ou fait une convention à cet égard. Dans les banques indigènes, au contraire, il peut être tiré par chèque plus du chiffre déposé momentanément noue Ainsi tous les déposants des banques indigènes doivent avoir des garanties ou être introduits par à commerçants riches afin de garantir l'excédent ré (overdraw) et les banques indigènes elles-mêmes choisissent attentivement leurs déposants. Ce sont deux particularités des dépôts sur demande dans les banques
indigènes.
(58) M. Percy Chu : The Method of Native Banking in Shang lat, Cilé dans « Brilish Chamber of Cominerce Journal » novembre 102 D 200:
(bg) T'ai N'eai-jou, Cheng-yi-k'ing, (Manuel des Commerçanis), P Le
(60) Ibid. p. 13.
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2. — Dépôts à lerme, appelés « Tch'äng-ls'uen » en chinois (60). | en,
Le terme est plus ou moins long. Selon l'habitude Fancaire, les dépôts de cette sorte ne peuvent être retirés avant le terme fixé. Mais le règlement des banques indigènes n'est pas aussi sévère que celui des banques modernes. Les dépôts peuvent être retirés par une convenüon, s’il ne s’agit d'une période de demandes nombreuses d'argent. C'est une autre particularité qui différencie les banques indigènes des banques modernes (61). Le taux d'intérêt des dépôts de cette sorte est généralement supérieur à celui des dépôts sur demande. Autrefois, cette sorte de dépôts était constituée en grande partie par les fonds publics. Depuis que les banques provinciales se sont établies, les dépôts des fonds publics sont attirés par celles-ci (62).
3. — Dépôts des autres banques indigènes el modernes chinoises, appelés « T’ong-yi-ls’uen-kouan » en chinois.
Le but de cette sorte de dépôts est de constituer des fonds pour faire des compensations dans Ja Chambre de Compensation des banques indigènes. Les billets à ordre des banques indigènes occupent une position prépondérante sur le marché de Changhaï. Les Banques modernes chinoises et les indigènes qui ne sont pas membres de la
Chambre de Compensation les reçoivent et ne peuvent Ï
(61) Li Kiuên-che, Chang-haï-tche-ts’iên-lchouang, pp. 18-19.
(6) Yang V'in-p'ou, Chang-haï-kin-yong-ls'ou-lcheu-k'ai-yao
(Traité des organes monélaires de Changhaï), p. 45.
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faire de compensations. Ainsi, pour ‘confier aux banques indigènes, membres de cet organe, le soin de les faire, il faut déposer chez elles une quantité suffisante de fonds ; sinon les banques indigènes chargées de ces compensations devraient les leur faire payer d'avance. Par contre, les banques indigènes, membres de la Chambre de Compensation, prenant prétexte de cet usage, exigent des banques modernes une grande quantité de dépûts ; et les banques modernes, chinoises ou indigènes, qui n’en sont pas membres, et veulent faire des opérations sur ce marché monétaire, sont obligées de se soumettre à cette condition. Par conséquent, en général, une banque nouvelle qui commence à faire des opérations avec des millions de dollars de capitaux doit en déposer presque la moitié pour les fonds de compensations. Faute de quoi, elles ne peuvent rien faire parce qu’elles ne peuvent refuser d'accepter des effets de commerce des autres bonques, ni faire directement des compensations à la Chambre !
C’est un moyen très important pour les banques indigènes de diriger le mouvement monétaire du marché de Changhaï. C’est pourquoi les Banques indigènes peuvent occuper une position prépondérante sur ce marché, bien que les banques modernes chinoises se développent rapidement. Sur les marchés monétaires européens, cette fonction de faire des comptes de virement de la Chambre de Compensation est remplie par les Banques centrales, comme la Banque d'Angleterre qui effectue des comptes de virement, Mais à Changhaï, la Banque Centrale de Chine
n'est pas établie depuis longtemps et ne peut remplir ces
fonctions. Ce sont les banques indigènes, membres de la Chambre de Compensation, qui retiennent les comptes de virement de compensations. En apparence, ce sont des mécanismes monétaires anciens ; mais en réalité, par l'accomplissement de cette fonction, elles sont presque comme des banques centrales ! Les dépôts de cette sorte faits par les banques modernes chinoises et indigènes qui ne sont pas membres de la Chambre de Compensation, ont atteint dans l’ensemble un chiffre de 5 ou 6 millions et même de plus de ro millions de dollars ! (63) Par contre, le taux des intérêts des dépôts de celte sorte est très bas : en général de 0.003 à 0.004 taël el les banques indigènes les utilisent pour faire des avances aux clients avec un taux variant de 0.008 à 0.01) taël. Ces différences d'intérêts sont l’une des principales sources de profits des banques indigènes (64). En dehors de cela, il y a les dépôts des autres banques indigènes ou modernes chinoises dans le but de recevoir des intérêts. Quelquefois, quand les Banques prennent beaucoup d'argent sans avoir le moyen de lemployer immédiatement, elles le déposent dans d’autres banques qui peuvent l'utiliser, préférani tirer un intérêt très faible (0.003 ou 0.004 taël) plutôt que de le garder dans les coffres.
(63) Yang Yin-p'ou, Chang-haï-kin-yong-ts'ou-lcheu-k'ai-yao HR
(64) Ibid. p. 44.
(65) M. Percy Chu : The Method of Native Banking 1n Shanghaï, cité dans le « British Chamber of Commerce Journal», novem-
bre 1928, p. 285.