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CHAPITRE 11 Banques modernes chinoises

Il est très important, pour bien connaître la tendance de l’évolution du marché monétaire de Changhaï, de décrire la condition des banques chinoises qui y ont une tripartition des opérations bancaires avec les étrangères et les indigènes, « opérant suivant les méthodes étrangères, mais adaptées aux conditions commerciales et économiques de la Chine » (1). Nous les étudierons dans les parties suivantes :

I. — EVOLUTION DES BANQUES MODERNES CHINOISES SUR LE MARCHÉ MONÉTAIRE DE CHANGHAI

Par le traité de Nankin (1842) (2), le port de Changhaï fut ouvert. La population augmenta, le commerce se développa et le marché monétaire de ce port devint

(1) Prospérité des Banques chinoises : La Revue Nationale Chinoise, 14 avril 1930, p. 596.

(2) Treaty of Peace, friendship and commerce between Her Majesty the Queen of Great Britain and Ireland and the Empires of China. 29 the August, 1842, (William Frederick Meyers, treaties between the Empire of China and Foreign Powers, Togelhers wil regulation for the conduct of foreign trade) new and enlarged édition issued by

Publishers, 1897, Shanghaï.

plus prospère. Pour s'adapter aux diverses demandes, tant commerciales que sociales, les Banques indigènes s'étaient agrandies rapidement, comme nous l’avons indiqué dans le chapitre précédent, et les banques étrangères commençaient d'y ouvrir des succursales, pour faciliter leur commerce ; parmi elles, la « Chartered Bank of India, Australia and China » fut la première à s'établir en 1853 (3). Ensuite, la « Honkong and Changhaï Banking Corporation » s’y ouvrit en 1867 (4). Plus tard, la « Mercantile Bank of India » d'Angleterre (1875) ; la « Banque de l’Indo-Chine » de France (1835), la « Yokohama Specie Bank » (1890) du Japon, la « Deutsche-Asiatische Bank » d'Allemagne, etc., s’y établirent successivement (5). Pendant une période de quarante ans environ, de la troisième année du règne de Hièn-foung (1867) jusqu'au milieu du règne de Kouan-siù (1875-1908) de la dynastie Fs'ing, plus de six banques étrangères s’établirent, tandis que la Chine elle-même n’avant d'autre mécanisme monétaire pour faire les opérations des banques modernes, parallèlement à celles des banques étrangères, et pour les empêcher de pénétrer et de diriger le marché monétaire chinois, que les banques indigènes avec leurs capitaux faibles et leurs méthodes anciennes.

Vers la fin du règne de Kouang-siù (1875-1908), les Chinois se réveillaient sous la menace économique des

étrangers et se consacraient à l'établissement de banques

(8) The China year Book, 19317, p. 415.

(4) S'iu Ki-kKing, Chang-haï-kin-yong-che, p. 133.

(6) M Ibid pp. 150, 198 roro.

modernes suivant les méthodes des opérations bancaires modernes des banques étrangères, afin de maintenir leur prestige sur ce marché. Aïnsi donc, Chêng Siuen-houai proposait d'établir, en 1897 (6), la « Commercial Bank of China » à Changhaï, qui est la première banque moderne établie par les Chinois en Chine (7). À l’ouverture, elle avait emprunté un million de taëls au Ministère des Revenus publies sous la condition qu’elle les rembourserait dans le délai de cinq ans. La vingt-huitième année du règne de Kouang-siù (1902), cette dette était liquidée et depuis, elle n’est plus constituée que par des actions commerciales. Tous ses règlements d'organisation et d’opérations sont imités de ceux des banques étrangères (8). La trentième année du règne de Kouang-siù (1905), Le Ministère des revenus publics (9) demandait à l’empereur de l'autoriser à établir une Banque nationale, Banque de Hou-p'ou, c’est-à-dire : Banque du Ministère des Revenus Publies, qui était réorganisée en Banque de Ta-ts’ing en 1909 et en Banque de Chine (Bank of China) en 1912. C'est la première fois que la Chine avait une Ban-

que Nationale proprement dite. Dès la fondation, une

(6) La vingt-troisième année du règne de Kouang-Sit, de la dynaslie Ts’ing.

(7) Ying-hang-gniêu-kien (The Bankers’ year Book), 1921-192», DAT:

(8) Yang ying-p'ou : Chang-haï-kin-yong-l'sou-lcheu-k'ai-iao, D: LED

(a) Il était alors appelé « Hou-p'ou » en chinois.

succursale fut établie à Changhaï (10). Quatre années plus tard, après l'établissement de la Banque de Hou-p'ou, la « Bank of Communications » fut établie sur la proposition du Ministère des Communications, en même temps qu'apparaissaient la « National Commercial Bank » et la « Ning-po Commercial Bank ». Le but de la « National Commercial Bank » était de constituer l'organe financier de la construction des chemins de fer de la province de Tche-kiang (11). Depuis la vingt-troisième année du règne de Kouang-siù (1897) jusqu'à la troisième année de Siuèn-t’ong (1911) quoique ce soit la période du développement des banques modernes chinoises, il n’y en avait encore que quatre ou cinq sur le marché de Changhaï, loin d’être assez puissantes pour consolider leur position en battant à la fois les banques étrangères et les indigènes. Mais depuis le début de la République (1912) les banques modernes chinoises se sont développées rapidement et la dixième année (1921), plus de trente étaient établies (12). Depuis dix ans, plus de quarante nouvelles sont encore apparues (13). Le nombre des banques modernes chinoises atteint donc maintenant plus de quatre-vingts. Elles peuvent maintenir leur position et partagent, avec

(10) Heou Heou-p'’ei, Tchong-kouo-kin-lai-king-tsi-fa-tchen-che ; (Histoire du Développement économique moderne de la Chine) ; pp. 192-194.

Gi) S'iu Ki-king, Chang-haï-kin-yong-che, 2° édit. p. 69.

(12) Ying-hang-gnieu-kien (The Bankers'year Book), 1921-1922, p. 108.

(13) The China year Book 1931, pp. 419-426,

les étrangères et les indigènes, des opérations bancaires de ce marché. En raison de leur confiance de plus en plus solide et de l'amélioration de leurs opérations en même temps que de la politique financière et monétaire du gouvernement central, elles pourront diriger ce marché et y établir sans doute la souveraineté financière de notre pays.

En revanche, la particularité des banques modernes chinoises est la combinaison des opérations commerciales et d'émission. Au commencement, presque toutes les banques nouvelles pouvaient obtenir le privilège d'émission, surtout pendant les dix premières années de la République (1912-1921). Ainsi il n’y avait pas de distinction entre les banques d'émission et les banques commerciales. D'autre part, parce que leurs caractères n'étaient pas très distincts, quoiqu'il y ait deux banques nationales : la « Bank of China » et la « Bank of Communications », elles ne pouvaient remplir les fonctions de Banque centrale d’un pays. D'une part, les banques étrangères à Changhaï. ayant pour but de faciliter le commerce de leur pays, n'ont pas l'intention de faire face à la demande du marché monétaire; et, d’autre part, les banques indigènes se consacrant à faire des opérations bancaires proprement dites, n'ont pas la force de diriger le mouvement monétaire de ce marché. Quant aux banques modernes chinoises, leurs opérations de change extérieur et de commerce international sont accaparées par les banques étrangères à Changhaï et les opérations courantes avec les commerçants locaux par les banques indigènes, elles n’ont ni

une histoire aussi longue que celles-ci, ni une force aussi

grande que celles-à, ni l’appui d’une banque centrale très forte dans les moments de resserrement de l'argent, ni une politique monétaire efficiente du gouvernement pour raffermir leur position. Par conséquent, sur le marché monétaire de Changhaï, quoique les banques modernes chinoises se développent extraordinairement, elles ne peuvent remplir leurs fonctions elles-mêmes et par conséquent établir leur prestige. Mais, par contre, trois événements sont apparus depuis dix ans qui méritent de retenir notre attention. D'abord, les diverses sortes d’organisations des banques modernes chinoises (14) se sont attachées à rendre leurs relations de plus en plus intimes afin d'éviter toutes les crises ou toutes les difficultés dans le développement de leurs opérations. Ensuite la limitation de l'émission des billets de banque et le système d'émission confiée ont réussi (15). Autrement dit, l’unification et le développement de l'usage des billets de banques modernes chinoises ont obtenu un succès extraordinaire. Enfin la Banque Centrale de Chine (Central Bank of China) s’est établie au mois de novembre 1928 (16).

(14) Siu Tsang-Chouei. Chang-haï-ying-hang-kong-houéi-ché-yiche. (Histoire de l'Association des Banques de Chang-haï), pp. 1-19- 41-75.

(15) Tchang Kia-Siang. Tchong-houa-pitlché-che. (Histoire du Système monétaire de la Chine), pp. 140-141. Le système d'émission confiée des billets de banque sera expliqué en détail dans le chapitre des « billets de banque ».

(16) Heou Heou-pei. Tchang-kouo-kin-lai-king-tsi-fa-tchen-che,

Elle s’est consacrée à diriger le mouvement monétaire de ce marché; mais n'a pu encore y réussir complètement. Ce sont les trois grands pas faits par les banques chinoises dans le chemin du succès. Par contre, elles se sont emparées d’une grande partie des opérations des banques étrangères à Changhaï, telles les opérations d’émissions, de change extérieur, de dépôts des droits de douane et des avances aux banques indigènes (chop loans) etc... En ce moment, sur le marché monétaire, nous ne voyons guère circuler de billets des banques étrangères, et plusieurs fois déjà les banques modernes se sont réunies pour soutenir le gouvernement dans la question financière. C’est le résultat de leur évolution depuis trente ans. Ainsi, nous pouvons diviser cette évolution en trois périodes. Depuis l'établissement de la « Commercial Bank of China » (1897) jusqu'à la guerre (1914-1918), c’est la période d’expérimentation des banques modernes chinoises. Depuis la guerre jusqu'en 1923 où le système d'émission confiée commençait à se développer, en raison du développement extraordinaire du commerce et de l’industrie au cours de cette période dans notre pays, le nombre des banques modernes chinoises y augmentait beaucoup. Depuis 1923, la tendance, sans avoir encore abouti, est à l’unification des émissions, et à la réorganisation du marché monétaire.

Pour bien comprendre la condition actuelle des ban-

ques, nous les décrirons séparément plus loin.

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