tael pour
Total : |4#3.988.585.000 8.456.207.000 6.088 .469.040 Il. — Caractère hislorique et social du sycee
qui conslitue une habilude profonde du lmël
sur le Marché monélaire de Changhaï
Dans le paragraphe ci-dessus, nous avons étudié les
raisons qui ont rendu la position du taël de Changhaï
beaucoup plus puissante, sur le marché monétaire de
Changhaï, que celle de toutes les autres monnaies en
circulation, Si nous l’étudions à fond ou minutieusement.
(26) Yang Yin-pou. Yang-lchou-lchong-kouo-kin-yong-liun, p. 90.
il nous faut bien connaître le fondement de cet usage des lingots d'argent, pour bien comprendre l’origine et l’évolution du taël de Changhaï.
L'emploi de largent en Chine comme instrument de circulation remonte très loin. Dans l'antiquité, l'argent était appelé en chinois « or blanc » (pé-kin). Sous les dynasties Yu et Hia (2255-1122 A. C.) (27), les métaux précieux qui servaient comme instruments de circulation étaient divisés en trois sortes : jaune, blanc et rouge. Vers la quatrième année de Yuen Chéou (119 A. C.) (28), sous le règne de Wouti, de la dynastie Han, étaient mises en circulation trois sortes de monnaie en or blanc, ou argent proprement dit. Sous le règne de Wang-mang (9-22 A. D.), on émit, une fois, de la monnaie d'argent de huit taëls qui valait quinze cent quatre-vingts sapèques. Mais cette circulation ne dura pas longtemps. Avant la dynastie Tchéou (1122-2473 A. C.), la circulation de l’argent n’était pas développée. Il ne servait que de présents entre les feudataires. Après les dynasties Wéi et Ts’in, (220-423 À. D.), la production des métaux précieux en Chine diminuait et leur valeur augmentait. Ainsi, depuis lors, les sapèques étaient la seule monnaie en circulation. Des « Six Dynasties » (Lou-tchao) (222-588 À. D.), jusqu'à la dynostie Täng, une partie du sud de la
Chine, Kiao-kouang, c’est-à-dire les provinces, Kouang-
(27) Wen-sie-long-kao-siang-lsie. {Précis d'Histoire générale administrative, économique, elc.), vol. 2, p. 7. (28) Tchang Kia-Siang. Tchong-houa-pi-lché-che. (Histoire du
système monétaire de la Chine), p. 35.
tong et Kouang-si, et le nord de l’Annam de nos jours employaient l’argent comme monnaie. Mais cet usage était limité à cette partie seule (29). Sous la dynastie Tang (618-906 À. D.), l’argent ne servait que comme présents el non pour payer des droits. À l’époque de Kingvou (1034-1037 A. D.), de la dynastie Song, l’empereur ordonnait aux gouvernements des provinces de lui envoyer, chaque année, des sapèques comme revenus de l'Etat ; mais dans les provinces Kouang-tong, Kouang-si et Fou-kien, il leur fallait faire présent de l’argent à l'empereur. Depuis lors, l’argent commença à circuler en même temps que les sapèques. La troisième année de Tché-yvuen de la dynastie King (1335-1340 A. D.), élait mise en circulation la monnaie d'argent appelée « Tchang-ngan-pao-houo » du poids de 5o taëls. C'était peut-être la première fois que largent était considéré comme une monnaie proprement dite. Au milieu de fa dynastie Ming (1368-1643 A. D.), l'argent recevait un caractère légal et pouvait servir à payer les impôts. Par conséquent, l'usage de l'argent se développait plus qu'auparavant. Au commencement de la dynastie Ts’ing(16/4- 1911), un décret fixait que tous Les impôts pouvaient être payés avec 70 % d'argent et 30 % de sapèques. Après cela, l'argent et les sapèques pouvaient être utilisés au gré des payeurs.La onzième année de son règne (1733), l’empereur Yong-tchéng, ordonnait que tous les impôts fussent payés
en argent. Mais sur la proposition du Gouverneur Siu,
(29) Kin Kouo-pao. Tchong-kouo-pi-lché-wén-li. (Questions rela-
tives au Système monétaire de la Chine), p. 1537.
He”
de la province Anhwei, le décret fixait le cours du-change entre l'argent et les sapèques ; un centième de taël d’argent égalait dix sapèques ; et des sapèques pouvaient être versées au lieu d'argent d’après le change décrété. La première année (1736 A. D.) de Kién-long, à cause de Ja dépréciation de l'argent, les impôts payés étaient plus lourds en sapèques qu’en argent. Aussi l’empereur décrétait-il que l'impôt de plus de 0.1 taël pouvait être payé en argent et de moins de 0,1 taël, d’après le décret précédent (30).
D'après ce résumé de l'usage de l’argent en Chine, nous pouvons savoir que la circulation des lingots d’argent comme monnaie en Chine peut remonter jusqu’à 2255 À. C. I n'y avait aucune monnaie d'argent proprement dite comme de nos jours, avant l'introduction des dollars étrangers circulant en Chine. Tout l'argent employé circulait en lingots et était évalué en taëls (ou léang). Quoique sous le règne de Wang-mang (9-22 A.D.) et de Tché-yuen (1335-1340 A. D.) on eüt fait plusieurs fois usage de lingots d'argent avec un poids fixé par la loi, les pièces d'argent pesaient huit ou cinquante taëls, et en réalité étaient presque semblables au sycee de nos jours circulant sur le marché monétaire de Changhaï. Par conséquent, l'habitude chinoise d'employer des lin-
sots d'argent mesurés en taëls avec un titre fixé remonte
(30) Kin Kouo-pao. Tchong-kouo-pi-tché-wén-ti ; (Questions rela-
lives au système monétaire de la Chine), p. 158.
ip
à une période de plus de /ooo années (2255 A. C.) (81), tandis que les dollars ne circulent sur le marché monétaire de Changhaï que depuis une période inférieure à quatre-vingts ans. On juge combien l'habitude de la circulation des lingots d'argent en Chine est longue et profonde. Est-il curieux, après cela, que le taël de Changhaï ait une position prépondérante sur le marché monétaire de cette ville P
HT. — Les petites Compagnies
qui font l’alliage el vérifient le titre du laël de Changhaï
La circulation des lingots d'argent en Chine a une longue histoire ; et ainsi le taël de Changhaï à pu prendre une position spéciale sur ce marché monétaire et devenir pratiquement étalon de compte. Mais pour lui donner un prix fixé et un poids convenable pour circuler, il faut une institution, ou compagnie, qui fasse l’alliage. Historiquement, il est permis à chaque ville ou centre commercial de le faire librement (32). Il n'existe aucune loi ou règlement qui en fixe le poids ou le titre. Par conséquent, les titres et les poids diffèrent non seule-
ment d’une province à l’autre, mais aussi d'une ville à
(81) E. Kann. The currencies of China ; traduction chinoise
P: bo.
(32) Tehang Kia-siang : Tchong-houa-pi-tché-che, p. 56.
l’autre dans la même province, comme nous l’avons dit. Malgré cela, dans chaque ville, le règlement courant est très sévère. Chacun a un titre fixé et un poids convenu. La Compagnie chargée de faire l’alliage et l'homme qui en vérifie le titre ont une confiance très étendue. Quoiqu'il n'y ait pas de loi pour les régler, le contrôle de l'habitude sociale à une puissance très grande. Changhaï étant le cinquième port ou ville du monde et le premier centre commercial de l’Extrême-Orient, son marché monétaire influence non seulement la Chine entière, mais le commerce international. Avec des transactions si compliquées et si importantes, le taël de Changhaï est employé pour toutes les liquidations. I doit soutenir toute la complication commerciale de ce pays ; et pourtant, il est produit par quelques petites Compagnies (33) qui assument ce lourd service, comme les hôtels de la Monnaie des autres pays, avec leur expérience et leurs habitudes. Que tout cela est curieux! Nous allons étudier sépa-
rément les procédés d’alliage et de vérification A. — Petites Compagnies qui produisent des Sycees
Les petites Compagnies qui produisent le taël de Changhaï s'appellent « Lou-fang » (34) ou « Ying-
lou » (35) en chinois. Elles sont établies par les gouver-
(33) The China Year book, 1931, p. 395.
(34) E, Kann. The currencies of China, trad, chinoise, p. 96.
(35) Tchang Kia-siang. Tchong-houa-pi-tché-che, p. 50.
ete
nement locaux ou des sociétés privées (36). Ces établissements gouvernementaux sont généralement rattachés aux trésors publics ou aux banques gouvernementales. Les établissements privés peuvent être, divisés en plusieurs sortes. Au nord de la Chine, ces petites Compagnies, ou Lou-fang, font aussi des opérations de banque. Au sud, au contraire, les opérations du commerce monétaire appartiennent exclusivement aux banques. Quelquefois, la production du sycee et sa vérification ont partie des opérations des banques indigènes (native bank), s'il n’y a pas d’établissements spéciaux (37). Autrefois, à Tientsin, Moukden, et dans les autres villes du nord, quand les banques indigènes n’existaient pas encore et que les lingots d'argent constituaient les seuls instruments de paiement en circulation, les Lou-fang étaient très puissants. En dehors des opérations de banque : dépôts, prêts d'argent, change intérieur, etc.…., ils se chargeaient du service de vérification du sycee quand il n’y avait pas d'établissement spécial appelé en chinois Koung-kou-kiù, et en même temps ils émettaient des billets à ordre, ou billets de monnaie. Dans le sud, quelquefois, les Lou-fang étaient organisés par l’ensemble des banques indigènes d'une ville, et moins indépendants que dans le nord. A Changhaï, l'établissement privé de Lou-fang date de la période qui a suivi l’ouverture de ce port, mais il existait
déjà auparavant un établissement gouvernemental de cir-
(36) Ma Ying-tsou. Kiang-yen-tsà, Vol. 4, p. 214. (37) Tchong-kouo-gnien-kien. (The China year Book), n° «x, p. 814.
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cuit (88), qui produisait des sycees, appelés « Haï-kouantao-yuen-pao », et circulant sur le marché. Quand la prospérité de cette ville s’accrut, le marché monétaire devint plus vivant et: la demande d’argent peu à peu plus abondante. Aussi des établissements privés furent-ils fondés dans la Concession. Les sycees produits par les Lou-fang de la Concession étaient appelés « Yi-tchangsin » (39).
D'après les investigations du syndicat des Lou-fang de Changhaï, en 1920 (40), le nombre des Lou-fang à Changhaï s'élevait à vingt-quatre. Des compagnies nouveilles furent encore établies par la suite. Mais depuis huit ans, la demande de sycees diminue peu à peu et leur commerce devient stationnaire. Le gain est très réduit. Par conséquent, certaines de ces petites compagnies ont été mises en liquidation. A la fin de 1927, il n'y avait plus que seize Lou-fang à Changhaï.
Leur organisation est très simple. Les capitaux ne sont pas importants. Généralement, ils ne dépassent pas cinq ou six mille dollars d'argent (41). Il y a même de petites compagnies qui n’ont que deux mille dollars. La plus grande partie des sycees produits par elles l’est pour
le compte des banques indigènes et les banques modernes
(38) Yang Yin-pou. Yang-lchou-lchong-kouo-kin-yong-liun, p. 30. De00.
(39) Ma Ying-tsou. Kiang-yen-lsi, Vol. TI, p. 229.
(4o) Tchong-kouo-gnien-kién (The China year Book) n° F, p. 814.
(41) Tchang Kia-siang. Tchong-houa-pi-tché-che, p. Br.
ro —
chinoises. [1 n’y a guère de compagnies qui produisent une grande quantité de sycees pour attendre les acheteurs. Dans ces conditions, il n’est pas nécessaire d’avoir de gros capitaux pour acheter des lingots d’argent.
Les employés ne sont pas nombreux non plus. En dehors du directeur, il y a des courtiers, des peseurs, des fondeurs et des chauffeurs, etc... Mais le nombre n’en est que de vingt-cinq environ (42). D'après les règlements établis par eux, toute nouvelle compagnie doit avoir l'autorisation du Koung-koù-kiu et être garantie par plus de dix riches commerçants avant l’ouverture, Sinon, le Koung-koù-kiu, institut privé de vérification des sycees, peut la faire fermer (43). Ceci importe pour l'unification du titre du poids du sycee.
Les banques indigènes qui chargent les Lou-fang de produire pour elles des sycees leur donnent d'avance les lingots d'argent (44) et le lendemain les Lou-fang leur remettent tout ce qui leur à été commandé. Si les banques modernes chinoises leur font des commandes et leur donnent d'avance des lingots d'argent, les Lou-fang leur remettent un billet à ordre où est indiqué distinctement le nombre de sycees commandés comme un dépôt des banques chez eux. Quelques Lou-fang qui inspirent une confiance très grande n’émettent qu'un billet à ordre
quand ils reçoivent des lingots d'argent des banques
(42) Yang Yin-pou. Chang-haï-kin-yong-lsou-lchéu-kai-yao (Trait des Organes monétaires de Chang-haï), p. 98. (43) Voir le règlement de l'Association des « Lou-fang » de
Changhaï,
modernes chinoises qui leur commandent des sycees. Mais, si la confiance n'est pas très grande, on demande aux Lou-fang de chercher de riches commerçants pour leur servir de garañts. Au bout de deux ou trois jours, les sycees commandés seront produits et les Lou-fang setireront le billet à ordre qu'ils ont émis pour le garantir. S'il y a une grande quantité de lingots d’argent à convertir en sycees, le Syndicat des Lou-fang la répartit entre eux. Tous les sycees produits par les Lou-fang doivent être vérifiés par le Kong-koù-kiu avant d'être mis en circulation (45).
Les profits des Lou-fang ne résultent pas des frais qu'ils perçoivent des banques qui leur commandent des sycees, mais uniquement de la différence entre le titre des sycees qu'ils ont reçus et celui qu'ils consentent à payer. Quelquefois, les Lou-fang payent des primes de deux ou trois taëls par sycee pour obtenir la refonte de sycees venant d’autres villes, si leur titre est supérieur. Les matières qui sont reçues des banques par les Lou-fang pour produire des sycees peuvent être classées en quatre sortes (46)
Premièrement : les banques indigènes et modernes chinoises de Changhaï reçoivent des sycees d’autres villes et les remettent aux Lou-fang. Ce sont généralement des
sycees très vieux qui contiennent de l'or. Les Lou-fang
(44) Tchang Kia-siang. Tchong-houa-pi-lché-che, p. 5r. (45) Ibd., p. 52.
(46) Yang Yin-pou. Chang-haï-kin-yong-tsou-tchéu-kai-yao, p.
peuvent gagner beaucoup à ces refontes parce qu'ils tirent parfois jusqu'à cinq taëls d’or d’un sycee. C'est pourquoi auparavant les Lou-fang étaient plus prospères : qu'aujourd'hui. Actuellement, cette sorte de sycee est très rare, et le profit est loin de pouvoir se comparer à celui d'autrefois. C’est l’une des causes pour lesquelles beaucoup de Lou-fang de Changhaï ne peuvent pas maintenir leur situation.
Deuxièmement : les barres d’argent, importées de Londres et des Etats-Unis, sont remises aux Lou-fang par les banques indigènes et modernes chinoises pour pro duire des sycees de Changhaï. Le titre des barres d’argent de Londres, appelées « Hong-mao-t'iao » (43) à Changhaï, varie de 496 0/00 à 999 0/00 et celui des barres des Etats-Unis, appelées « Kin-Chan-L'iao » (48) à Changhaï est de 999 0/00. Mais le titre du sycee circulant sur le marché monétaire de Chang-haï est de 086.819 0/00, et celui du « standard-silver » en Chine, de 935.374 0/00 (49). Pour convertir n'importe quelle barre d'argent importée de Londres ou des Etats-Unis en sycee courant de Changhaï, il y aura une différence entre les titres, autrement dit, un profit pour les Lou-fang qui, selon l'habitude, peuvent le garder. Ainsi cent taëls
cantonais (Kouang-ping) donneront 111.0 taëls de
(47) E.‘Kann. The currencies of China, »° édition, p. 28. (HS) Sn er) (49) Kin Kouo-pao. Tchong-kouo-pi-tché-wén-ti (Questions rela-
lives au Système monétaire de la Chine), p. 186.
AD
TT MIOPREE
Changhaï du sycee de 98 taëls (bo) selon la formule suivante (51) :
X taël de Changhaï — 100 taëls cantonais (titre 998 °/°°) 100 » Cantonais. (barres) = 102,4 taëls de Tsao-ping ; (barres).
930 » de Tsao-ping=r.000 taëls de Changhaï.
100 X 102.4 X 1.000 = 110.10 taëls de Changhaï
100 X 930 avec primer x." =‘ I.I10
D'après la formule ci-dessus, le Lou-fang qui reçoit cent taëls cantonais de barres d’argent (titre 998 °/°°), remettra 111.20 taëls de Changhaï à la Banque. Mais 930 taëls de Tsao-ping = 1.000 taëls de Changhaï et le titre de celui-ci est de 916 2/3 (62). Si 930 taëls de Tsao-ping sont convertis en 1.000 taëls de Changhaï, le titre de cette
refonte sera de 985.66 comme suit :
Lo — 985.66 avec prime 1 %.. = 009.89566 1 TONER 999.2
(50) Ou Kiou-pa-kouci-yuen, en chinois et expliqué ci-après. après.
(51) E. Kann. The currencies of China, 2° édilion, p. 33.
(H2)#1bd 0 170;
Si nous additionnons le titre de 985.66 0/00 avec une prime de 1 % selon la formule ci-dessus, le titre du nou
veau sycee sera de 995.52 0/00. Il y a encore une diffé-
rence entre eux : N 998 0/00 (barres d'argent) — 995.52 0/00 (nouveau
sycee fictif) = 0,248 0/00.
C'est-à-dire une différence de 0,248 taël cantonais d'argent pur, qui égale 0,27 taël de Changhaï environ. Cette différence est le profit du Lou-fang. Depuis 1990, à cause de l'augmentation du coût de la vie et du coût des opérations, d’après l'accord intervenu entre les Lou-fang et les banques, cent taëls cantonais de barres d'argent au titre de 498 0/00 sont fixés comme 110.90 taëls de Changhaï, c'est-à-dire que 0,30 taël sont retirés avant toute
chose du nombre 111.20 taëls.
(117,20 — 0,830 = 1110,90 taëls de Changhaï)
ar conséquent, depuis 1920, les Lou-fang peuvent réaliser un profit de 0,57 taël de Changhaï (0,23 +0,30 = 0,97), par centaine de taëls cantonais, en barres d'argent, convertis en sycees de Changhaï courants (53). Mais ceci est calculé d’après la différence des valeurs propor- Hionnelles fixées par le public entre les barres d'argent et les sycees de Changhaï. En réalité, il y a encore une différence plus ou moins forte, autrement dit, un profit plus où moins important gagné par le Lou-fang et qui
dépend complètement de la loi de l'offre et de la demande
(53) E. Kann, The currencies of China, 2° édition, p. 17.
des barres d'argent et des conditions convenues entre eux. Si les barres sont rares sur le marché et que la demande augmente, le Lou-fang est obligé de baisser son profit el remet à la banque 0,1 ou 0,2 taël en plus du sycee par centaine de taëls cantonais en barres. Si, au contraire l'offre des barres d’argent devient plus importante et que l’encaisse d'argent dans les banques soit abondante, les barres affluant au Lou-fang, celui-ci peut augmenter son profit et diminuer le nombre des sycees qu'il lui faut remettre à la banque. Depuis des années, les sycees des autres villes sont très rares et la grande moitié des barres d’argent qui sont envoyées aux Lou-fang pour être converties en sycees de Changhaï est presque uniquement importée de l'étranger. C’est un profit important qui peut soutenir la condition actuelle des Lou-fang. :
Troisièmement : les sycees de Changhaï sont produits par l’alliage de diverses sortes de monnaies secon daires d'argent. Actuellement, le nombre des dollars anciens qui circulent en Mandchourie diminue peu à peu et les dollars nouveaux ne suffisent pas à les remplacer ; tandis que le papier-monnaie afflue sur le marché monétaire de Mandchourie (54) et tous les changes, entre la Mandchourie et Changhaï, doivent passer par Dairen. Par conséquent, il n’y a pas de dollars exportés et les cours du change, via Dairen, remontent de plus en plus.
Dans ces conditions, les commerçants mandchous qui
(54) Bulletin Commercial d'Extrême-Orient, juillet-août 1937,
veulent éviter une perte de change et en même temps liquider leurs dettes à Changhaï, ramassent des monnaies secondaires pour les y envoyer. Ainsi, quelquefois, le prix des monnaies secondaires d'argent baisse sur ce marché à cause de l'abondance des importations. D'autre part il y a encore des monnaies secondaires d'argent envoyées de Canton et d’autres ports. Les banques indigènes et modernes chinoises, et quelquefois les Lou-fang eux-mêmes, les convertissent en sycees de Changhaï. Mais le profit qui résulte de fa différence, entre les sycees que le Lou-fang reçoit en monnaies secondaires et ceux qu'il paye, est minime.
Quatrièmement : les sycees de Changhaï sont obtenus par la conversion de diverses sortes de dollars d’argent (55) qui sont importés de Hong-kong, Canton, Wou-hou, ete... Généralement, ce sont des dollars anciens ou étrangers, mexicains et espagnols, par exemple. Ils ont un titre assez élevé et contiennent même, quelquefois encore un peu d'or. Dans ces dollars d'argent, on peut trouver quelques millièmes de cuivre que l'on n'a pas la peine de remettre pour faire l’alliage du sycee. Par conséquent, en dehors de fa différence que le Lou-fang peut gagner, il peut encore économiser une partie des dépenses de l’alliage. En dehors des barres, quand les vieux sycees importés des autres ports diminuent, c’est la principale matière dont le Lou-fang se sert pour pro-
duire des sycees de Changhaï.
(bb) Tchang Kià-siang. Tehong-houa-pi-lché-che, DD:
OD
Les profits des Lou-fang et les matières premières des sycees ont élé énumérés ci-dessus (56). Tous Les sycees sortis des Lou-fang doivent, avant d’être mis en circulation, porter les nems de Fa Compagnie qui les a produits ei des ouvriers qui ont dirigé les opérations d’alliage, afin que s’il y a des erreurs dans cet alliage, il soit facile d’en retrouver les responsables. Ensuite, ils doivent être vérifiés par une institution spéciale appelée « Kong-kou-kiu » dont nous parlerons plus loin. Sans cette autorisation, ils ne peuvent être mis en circulation et doivent être retournés aux Lou-fang pour être fondus de nouveau (53). Ce règlement est très sévère. Ainsi, le Lou-fang
Lo)
pour du sycee de Changhaï, est comme l'hôtel de la Monnaie, pour la monnaie légale d’un pays. Il peut durer aussi longtemps que le iaël de Changhaï garde sa position prépondérante sur le marché monétaire de cette ville.
B. — Petite Compagnie, où énstilulion chargée
de la vérificalion des sycees de Changhaï
Tous les sycees de Changhaï sortent des Lou-fang comme nous l'avons vu plus haut. Mais ils ne peuvent encore être mis en circulation à moins d’être soumis à une mesure très importante. C'est à elle que le taël de Changhaï doit de conserver sa puissance si curieuse.
Quoiqu'il n’y ait ni loi ni règlement spécial pour la fixer,
(56) Yang Yin-pou. Chang-hai-kin-yong-tsou-lchéu-kai-yao ;
(Traité des Organes monétaires de Changhaï), p. 104.
(57) Tchang Kia-siang, Tchong-houa-pi-lché-che, p. PB.
elle résulte d’une confiance sociale et d’une longue habitude d'honneur. Tous les sycees vérifiés et sortis de cette institution peuvent circuler sans difficulté. En même temps, les autres scyees, produits par d’autres villes et importés pour être mis en circulation, doivent aussi passer par les mêmes mains. En somme, le « Lou-fang » est une institution d’alliage. Quant à l'institution de vérification et de garantie ou d’assurance, c’est ce qu’on appelle « Kong-kou-kiu » en chinois (58). Les principaux services du « Kong-kou-kiu » sont la vérification des titres el des poids, et la garantie de la valeur des sycees qui circulent sur le marché monétaire de Changhaï (59). Pour constituer un organe de cette sorte, il faut en obtenir l'autorisation, non seulement du gouvernement local, mais du Syndicat des banques indigènes de la ville (60). Cénéralement, chaque ville n’en admet qu'un. Quelquefois, il y en a un ou deux, mais en réalité, l’autre est une succursale et dépend d’un siège général. Une fois établi, il est rare qu'il suspende ses opérations, parce que la confiance qu'il inspire dépend habituellement de sa durée. Dans quelques villes, il est constitué par l’ensembie des banques de cette ville. Au nord de la Chine, il y
a des villes où ce service est rattaché aux « Lou-fang »,
L'histoire de l'institution de vérification du sycee
(Kong-kou-kiu) de Changhaï ne peut remonter à plus
(58) The China Year Book, 1931, p. 396.
(59) Tchange Kia-siang, Tchong-houa-pi-tché-che, 2° édition, p. 5: ’ Læ] Læ] }
(60) Ibd.
de cinquante ans (61). Sous les règnes de Tao-kouang et de Tong-tché (1821-1874), de la dynastie Ts’ing, quoiqu'il y eüt déjà des sycees sur le marché monétaire de Changhaï cette institution spéciale de vérification du sycee n'existait pas encore. Ce service était assuré, à ce moment-là, par les spécialistes des banques indigènes elles-mêmes. Depuis lors, Changhaï devenant plus prospère, l’usage des sycees plus développé et les titres et poids plus compliqués, ce service ne pouvait qu'être rempli par une institution spéciale ; et, d’un autre côté, les nouveaux banquiers n’étudiaient pas cet art et ne s’en acquittaient pas toujours parfaitement. Aussi, au début du règne de Kouang-siu (1875-1908) de la dynastie Ts’ing un homme de la province Ankwei, Wang Lan-t'in, établissait cette institution, « Kong-kou-kiu » dans la Concession (62), et en même temps, dans la cité ancienne de Changhaï, une autre était établie par un homme de l: province du Tche-kiang. Plus tard, ces deux institutions se fondirent en une et l'institution de la Concession fut, dès lors, le seul organisme vérifiant les sycees à Changhaï (63). Elle inspire une confiance absolue dans le cercle des banques indigènes, modernes chinoises et étrangères de Changhaï (64). Cette charge de la vérification
(6r) Yang Yin-pou. Chang-haï-kin-yong-lsou-lchéu-kai-yao, p. 933.
6») Tchang Kia-siang. Tchong-houa-pittché-che ; (Histoire du e
Système monétaire de la Chine), 2° édition, p. 54.
(63) Tchong-kouo-gnien-kien ; (The China year Pook), n° #,
D'8To.
(64) Ma Ying-tsou. Kiang-yen-tsi, Vol. x, p. 84.
des sycees est presque monopolisée par elle. Mais son organisation est très simple : en dehors du directeur, de sept ou huit peseurs et de spécialistes chargés de la vérification, il n’y a que quatre ou cinq apprentis. Ses ustensiles sont aussi simples que ceux d’une famille. Is ne comprennent que quelques balances pour peser, quelques livres de comptabilité ancienne chinoise et d’autres ustensiles coutumiers. Mais cette institution garantit tous les litres et poids des sycees circulant sur le marché monélaire de Changhaï. Cela est très curieux. Elle n’a pas besoin d’un capital important. Pour assurer la confiance sur le marché monétaire, il lui faut déposer plus de sept mille taëls d'argent au Syndicat des Banques indigènes. Elle n’a besoin de rien de plus.
Le revenu du Kong-kou-kiu dépend du nombre des sycees qu'on lui confie. à vérifier ; d’après le règlement habituel, sur chaque sycee, on perçoit 0,02 laël de Changhaï pour les frais de vérification (65). Quant aux sycees importés des autres villes, les frais de vérification sont de 0,024 taël de Changhaï. C'est le seul profit du Kong-kou-kiu. Au moment où les sycees cireulaient abondamment à Changhaï, il pouvait vérifier sept à huit mille sycees par jour ; par conséquent, son gain pouvait être important. Depuis quelques années, les conditions se sont un peu modifiées. I lui arrive de ne vérifier que quelques
mille sycees en plusieurs mois,
(65) Tchang Kia-siang, Tchong-houa-pi-tché-che, 2° édition, p. 54.
Il y a deux procédés de vérification (66) : D'abord le sycee est pesé par ie peseur pour voir si son poids est conforme au règlement, puis passé au spécialiste de la vérification qui en vérifie le titre. Après avoir pesé le sycee, le peseur en dit le poids à haute voix et un autre employé marque ce poids sur le dos du sycee avec des signes spéciaux. Ensuite, le spécialiste de la vérification vérifie le titre et la qualité. 11 n'existe aucune méthode scientifique pour cela. Mais cet art est très difficile. Généralement, un tel spécialiste doit avoir passé de nombreuses années d'apprentissage et d'expérience, au moins 20 ans. Il vérifie le sycee avec les oreilles et les yeux (67), et fixe les primes de hausse ou de baisse afin de le convertir en sycee du modèle circulant à Changhaï. La fixation des priles dépend entièrement de son appréciation. Elle n’est basée ni sur la méthode physique, ni sur l'analyse chimique mais elle est très juste. Autrefois les étrangers analysèrent d’après la méthode chimique, et les résultats furent absolument identiques à ceux de la vérification des spécialistes de notre Kong-koù-kiu ! La différence ne dépassait jamais dit-on, plus d’un millième (68). C’est pourquoi la vérification du Kong-koù-kiu est admise par tous sur le mar-
ché monétaire de Changhaï, et les sycees vérifiés par
(66) Yang Yin-pou. Chang-haï-kin-yong-tsou-lchéu-kai-yao, p. pile
(67) E. Kann. The currencies of China, 2 édilion, p. 66.
(68) Yang Yin-pou. Chang-haï-kin-yong-lsou-lchéu-kai-yao, p.
lui peuvent circuler et sont acceptés sans aucune dif ficulté.
Les sycees vérifiés sont classés en trois sortes : premièrement, les sycees avec une prime‘de 2,75 taëls; deuxièmement, avec une prime de 2,70 laëls, et troisièmement, avec une prime de 2,65 taëls. Les raisons de ces primes sont très compliquées ; nous essayerons de les expliquer ci-après. Les titres des sycees inférieurs et avec prime inférieure à 2,65 taëls sont refusés immédiatement. Ils doivent être renvoyés au Lou-fang pour être réformés. Sinon, ils ne peuvent circuler sur le marché monétaire. Le poids du sycee est de 49,8 taëls de Tsaoping ; s'il dépasse ce poids d’un taël, il doit avoir une prime sup plémentaire de 0,05 taël.
Le Kong-koù-kiu est responsable des sycees qu'il a vérifiés (69). Si l’on découvre ultérieurement des erreurs, il doit les payer. Ainsi, sa responsabilité dans la vérifica tion des sycees est presque illimitée ; elle dure aussi longtemps que ceux-ci circulent sur le marché monétaire. Cette mesure avait été décidée par le gouvernement en mème temps que par le cercle des banques. Mais depuis sa fondation, aucune faute n'a été relevée, Aucun sycee ne peut circuler sans avoir été vérifié (70). Ceux qui imitent ou contrefont la marque de vérification des sycees en circulation sont sévèrement punis par la loi et les règle
ments des banques elles-mêmes.
(69) Yang Yin-pou. Chang-haïi-kin-yong-lsou-lchéu-kai-yao, p.
(70) E. Kann. The currencies of China, 2° édition, p. 66.
Tous les procédés et règlements coutumiers énumérés ont pour but de garantir les sycees. Dans un pays comme le nôtre où il n'y a pas de circulation plus saine, la monnaie de compte dépend complètement de la coutume et du contrôle social; et le taël de Changhaï, dont l'usage peut durer et dont la puissance est très connue, a un fondement raisonnable.