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VI. — Défauts du taël de Changha

Depuis quatre-vingts ans que le marché de Changhaï se développe, le taël de Changhaï occupe une position prépondérante résultant des caractères que nous avons

énumérés au début de ce chapitre. Mais peut-il être em-

ployé comme étalon monétaire de la Chine ? ou bien, peut-il être frappé en pièces d’un taël pour être mis en circulation ? Pas du tout ! Au moment où, sur le marché monétaire de Changhaï, il n'y avait pas d’autre monnaie uniforme pour monnaie de compte, il convenait pour remplir cette fonction. Mais actuellement, en Chine, il y a déjà des dollars d'argent circulant dans le pays entier, qui peuvent être employés comme étalons monétaires. Les défauts du taël apparaissent de plus en plus. ne convient pas pour la réforme monétaire de la Chine. Essayons d'en énumérer les défauts

Premièrement, la baisse continue du métal argent qui s'est accentuée d’une façon si considérable au cours des dernières années confirme l'impossibilité de rétablir un système monétaire normal sur la base d’un métal qui est, pour les quatre cinquièmes, un sous-produit de diverses industries » (94). D'autre part, à cause de sa quantité limitée, l'or ne peut pas se maintenir comme étalon mondial. Au mois de septembre 1931, l'Angleterre a suspendu l’étalon or, puis le Japon au mois de décembre de la même année. Dans les conditions actuelles, il est très difficile à la Chine de trouver la quantité suffisante d’or pour réformer son système monétaire et établir l’étalon or. Une méthode qui, comparativement, est d’une application facile, c’est l’étalon de change oë », où « gold bullion standard. » Mais le premier pas qui aboutit au « goid exchange standard » est lunitica-

üon de la monnaie domestique d’une part et [a suspen-

(94) Revue Franco-Chinoise, vol. XIT, n° 2, p. 122.

oo lie

sion de la frappe libre de cette monnaie d'autre part : sinon, le cours du change entre l’argent et l’or ne peut être fixé par la loi. Mais le taël de Changhaï peut être frappé librement et son prix peut varier suivant les variations du prix des lingots d'argent.

Peut-on fixer le cours du change du taël de Changhaï en monnaie d’or ? C’est un point très important pour la réforme monétaire de la Chine dans un avenir tout prochain. Depuis des années, la question de la réforme monétaire de la Chine se pose impérieusement. Le taël de Changhaï est la première difficulté à résoudre. C'est pourquoi le mouvement en faveur de l'abandon du taëi de Changhaï devient de plus en plus fort.

Deuxièmement, le taël de Changhaï ne peut être mis en circulation, parce qu'il est seulement une monnaie de compte et une conversion des sycees de Changhaï qui ont généralement un poids de cinquante taëls (95). En dehors des liquidations en gros, nous ne pouvons jamais le voir employer pour les transactions en détail. Dans la vie courante, c’est le dollar qui sert comme monnaie de liquidation réelle. Quoiqu'il y ait quelquefois des comptes établis en taëls, ils sont convertis en dollars d'argent d’après le cours du change au moment du paiement réel ; c’est une grande particularité du marché monétaire de Changhaï que cette rela-

lion entre le taël de Changhaï et les dollars d'argent.

(05) Tchang Kaï-siang. Tchong-houa-pi-tché-che, 2° édition, p.

Troisièmement : le taël de Changhaï ne convient pas comme unité d'émission des billets de banque. L'emploi du taël de Changhaï n'est limité qu'aux transactions en gros et‘celles de détail sont payées en dollars d'argent. Si nous émettons des billets en taëls, il est inutile de les mettre en circulation. D'autre part, en circulation réelle, il n'y a pas de pièces d’un taël. S'il y a des billets d’un taël, pourra-t-on les changer en taëls de Changhaï ? Cette sorte de circulation est limitée au marché monétaire de Changhaï. Les autres villes sont chacune une sorte de taël qui leur est propre. Comment développer l'usage de ces billets dans d’autres villes ? Sur les marchés monétaires l'émission des biilets a une importance capitale pour faciliter la circulation et diriger le mouvement du marché monétaire. Le taël de Changhaï ne peut convenir pour l’émission des billets. Comment peut-il être employé pour monnaie principale sur un marché monétaire aussi important que celui de Changbaï ?

Quatrièmement : l’origine de l'emploi du taël de Changhaï remonte à la Compagnie de haricots de l’ancienne cité de Changhaï (096). Plus tard, il fut peut à peu accepté de tous. Son emploi résulte donc uniquement d’une habitude commerciale, maintenue depuis la seizième année de l’ouverture du port de Changhaï et

résultant du manque de dollars mexicains et espa-

(96) E. Kann : The Currencies of China, 1'° édilion, traduction

chinoise, p. 256.

gnols (97). I n’y a aucune loi pour le fixer ou le régler. Par conséquent, il n’a pas de fondement juridique et ne peut être regardé comme une monnaie légale.

Cinquièmement : C’est un obstacle pour le développement commercial. Sur le marché monétaire de Changhaï, il y a deux monnaies principales en circulation en même temps : le taël et le dollar, entre lesquels est soulevée une question de cours de change. « D'après l’article IT de la loi monétaire de la troisième année de la République chinoise (1914), l'unité de monnaie légale contient 0.648 taël de Kouping, appelé « yuên » ou dollar. L'article V de la même loi indique que le dollar doit peser 0.72 taël de Kouping, avec un titre de aoo millièmes. L'article IV du décret pour l'application de la loi monétaire de la mème année décrète que chacun peut demander au gouvernement de frapper pour lui des dollars, avec des lingots d’argent selon le cours fixé, à savoir : un dollar égale 0.654 taël de kouping. Ainsi le titre et le poids des dollars sont fixés par la loi. Le titre du taël de Changhaï est tel que mille taëls de Changhaï contiennent 916.666 taëls de Tsao-ping, qui égalent 012.41 taëls de Kouping. Autrement dit, chaque taël de kKouping égale 1.096 taëls de Changhaï. Par conséquent, la parité du dollar et du taël est telle qu'un dollar égale 0.751636 taël de Changhaï:; (0.654 x 1.096=—0.81678 taël de Tsao-ping (98) ». En

réalité le cours du change varie souvent d’après la loi

(97) Yang Yin-pou. Yang-chou-tchong-kouo-kin-Yong-liun, p. 9°.

(98) Yu Hsi-tsi. Houei-touéi-liun. (Les Changes), pp. 126-199.

de l'offre et de la demande, et ce cours, appelé « yang- Hi » en chinois (99), est quelquefois de 0.73 taël ou de 0.71 taël. Ainsi les commerçants d'importation risquent, deux fois de’suite, des pertes de change : d’abord ils importent des marchandises étrangères, subissant les variations des cours de changes étrangers (100) et ensuite, quand ils vendent leurs marchandises, sur le marché, ils subissent les variations de cours des dollars et des taëls, autrement dit du « Yang-li » ! C’est une grande difficulté. Au mois de novembre dernier (1931), en raison de la crise provoquée par l'occupation de la Mandchourie par le Japon, sur le marché monétaire de Changhaï, il y eut manque de taëls et de dollars. Le taux d'intérêt du taël monta jusqu'à 5,5 taëls, et le cours du change du taël en dollars, jusqu'à 0.730 (101). Si, au moment où le commerçant achète ses marchandises, le yan-li était de 0,72 taël, il en résulte une perte de 0.015 par dollar sur le cours pour le commerçant !

Sixièmement, le poids du taël de Chang-haï n’est pas fixé exactement. D’après l'habitude commerciale, le taël de Changhaï doit passer au Kong-kou-kiu, pour la vé-

rification de son titre et de son poids avant d’être mis en

(99) Ma Ying-tsou. Kian-yen-ysi, vol. 2, 5° édilion, p. 809.

(100) Kin Kouo-pao. Tehong-kouo-pi-tché-wen-ti (Cvestions relalives au système monétaire de la Chine), p. 2927.

(ror) Ying-hang-tchéou-pao (The Bankers' Weekly), n° 7274 Mar:

ché Monétaire, p. 1.

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