V. — Qu'est-ce que le laël de Changhaï
C'est une question un peu compliquée. On la connaît peu: Le taël est connu dans les centres commerciaux et les échanges internationaux de la Chine, mais ce n’est pas simplement un taël quelconque du sycee ou des lingots d'argent de Changhaï. Des barres d'argent, converties en sycees de Changhaï doivent passer par les procédés énumérés plus haut. Mais si nous voulons convertir du sycee de Changhaï en taël de Changhaï, il faut encore un procédé de plus. Le taël n’exprime pas seulement un poids, mais aussi l'unité de valeur (8o), l’unité de la monnaie de compte. « Ce mot n'est pas un mot chinois (81), mais une corruption pid-
2eon du mot hindoustain « Tola » (82), ou du malais
(80) S. R. Wagel : Chinese Currency, and Banking, 1° édition p. 47.
(81) Bullelin Economique de l'Indo-Chine, 1905, p. 642.
(82) Le pidgeon, on le sait, est le sabir de l’Extrème-Orient,
« Tahil » (83). Le mot chinois est « léang ». Le léang, ou taël désigne, en réalité, un poids d'argent de titre variable. « Les poids et titres varient non seulernent d’une province à l’autre, mais d’une ville à l’autre dans une même province. Les plus usités, dans le commerce international, sont ceux de Canton, Hankéou et Changhaï (84) ». Il y a aussi le poids officiel ou « kou-ping taël », d’après lequel sont estimés, par exemple, les emprunts, indemnités, etc... Nous pouvons comparer les titres et poids comme suit (85)
Poids en Poids ac- Noms des différents taels Titre tuel en grains argent fin
Taël de l'Etat ;
Haikouan taël ou taël des douanes DS3.3 1.000 D83.3 KOUPITO SAC ISERE RE PERTE. 919.8 1.000 91) .8 TSao:DIne tacle EEE Pere 6.60 > »
Taël locaux
Pékin "ou-Kunpgfaktaele "tr." DDOP ( DAS. #8 Cantonale ERP ER EE CESR 519.84
Tientsin ou « Hang Ping Hivas
Paoi» ta8l ERP PE 557.4 992 D)2,94 Nuo-ChäNo tal ER NE TC. DD4d.4 922 546.691 Chang-nAaTeRE lee eee 565.65 ) )
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(83) The China Year Book, 1931, p. 395.
(84) Bullelin Economique de l’'Indo-Chine, 1905, p. 642.
(85) Bullelin Commercial d'Exltrême-Orient, mars 1929, DE
Le taël de Chang-haï est appelé aussi sycee de 98 taëls (86) parce qu’une centaine de taëls de Changhaï équivaut à 98 taëls du sycee courant. L'explication qu’on en donne varie. il n’y‘a pas de documents précis pour le prouver. I faut s’en rapporter seulement aux explications des vieillards. Nous pouvons citer celles d’un banquier chinois, M. Tchang Kong-kiuên, et celles d’un agent de change étranger à Changhaï, M. E. Kann.
En 1915, M. Tchang écrivit un livre : « Précis des Monnaies des diverses Provinces », dans lequel il disait « L'origine du sycee de q8 taëls ne peut être trouvée. Peutêtre ou moment où les transactions entre Nou-tchouang et Changhaï étaient très prospères et où, en même temps, l'argent au comptant manquait souvent, les commerçants de Noù-Tchouang qui faisaient des liquidations à Changbaï ne comptaient-ils que 98 taëls de sycee pour cent taëls, autrement dit, faisaient-ils un escompte de > % pour la liquidation au comptant. Nous ne pouvons savoir si cela est vrai ou non. Mais le sycee de Q8 taëls ou sycee de Changhaï proprement dit, fut probablement mis d’abord en usage par les Compagnies de haricots et de blé. Avant l'ouverture du port de Changhaï, le principal marché de la ville était situé dans la cité ancienne où les principales marchandises étaient les haricots et le blé. Toutes les liquidations étaient basées sur le calcul que quatre-vingtdix-huit taëls du sycee de Changhaï étaient comptés
pour cent dans toutes les liquidations de transac-
(86) Bullelin Commercial d'Extrêéme-Orient, mars 1929, p. 152,
tions entre Changhaï et les autres ports (87) ». Ainsi, cent taëls de Changhaï égalent vraiment 98 taëls tsao-ping du sycee. Certains Chinois appellent encore le taël de Changhaï « Kioù-pa-téou-kouei-yuên », c’est-à-dire monnaie de 98 taëls pour cent taëls de dettes d’après le règlemient des compagnies de haricots. Ultérieurement, ce port fut ouvert, les transactions dans les concessions se développèrent progressivement et le taël de Charïghaï ou taël du sycee de 98 taëls tsao-ping pour cent taëls de dette est employé dans toutes les liquidations de Changhaï (88).
Quant à l'explication de M. E. Kann, elle est un peu différente. I dit : « D'après quelques livres, avant l'ouverture du port de Changhaï, il y avait une sorte de sycee d’un taël environ appelé « Téou-kowei-yin » en chinois, avec un titre de 2 % inférieur à celui du sycee courant de Changhaï, circulant À ce moment-là parmi les commerçants en haricots de ce port. Si nous employons du sycee courant pour liquider des dettes en sycees des commerçants en haricots, il nous fallait faire un escompte de 2 %, c'est-t-dire du sycee courant réduit à 98. » (8g). Cette explication est vraisemblable ; mais l’auteur n'indique pas ses sources, de sorte que nous ne pouvons pas lui
accorder beaucoup de crédit.
(87) Yang Ying-pou. Yang-lchou-lchong-kouo-kin-vong-liun : (Traité de la Circulation monélaire de la Chine), p. 86. (88) William K. Spalding. Eastern Exchange, Currency and
Kinance, 4° édition, p. 4715:
(59) E. Kann. The currencies of China, 1° édition, p. »56,
Mais, d’après les deux explications ci-dessus, nous pouvons arriver à une conclusion concernant l’origine du taël de Changhaï, et à une définition : le taël de Changhaï doit son origine aux Compagnies de haricots de l’ancienne cité de Changhaï, avant l'ouverture de ce port. IL est tout à fait différent du sycee courant de Changhaï en ce qui concerne le poids et le titre. Pour que le sycee courant soit converti en taëls de Changhaï proprement dits et employé pour les liquidations réelles, il lui faut être divisé par le nombre quatre-vingt-dix-huit (98), soit avec un escompte de 2 % pour devenir le taël de paiement de Changhaï. On peut fixer, d’après les paroles de M. E. Kann, la date du commencement de son emploi à la septième année du règne de Hien-fong (1853) (go).
Ainsi, nous voyons que le taël de Changhaï résulte de deux opérations successives : D'abord le sycee courant, selon son titre, avec trois sortes de primes, comme nous l'avons expliqué plus haut, est converti en sycee de « standard-silver » ; et ensuite ces sycées, après avoir été abaissés par la prime, sont réduits à 98 pour devenir le taël de Changhaï, comme nous l'étudions. D'après l'étude ci-dessus, le titre des sycees courants de Changbaï, sortis des Lou-fang et vérifiés par le Kong-kou-kiù, est de 0.486 environ, et celui des sycees, abaissé par une
prime, est de 935.374 millièmes, titre du « standard-sil-
(90) E. Kann. The Currencies of China, 1° édilion, traduction chinoise, D. 77.
(g1) Voir William EF. Spalding, Easlern Exchange, Currency
and Finance, 4° édition, pp. 415-423.
vers ». Mais quel est le titre du taël de Changhaï proprement dit ? Nous pouvons en donner une explication plus intéressante : Pratiquement, son titre est de 986 millièmes environ : habituellement, il doit'être de 939.874 millièmes, mais théoriquement il doit être de 916.666 millièmes ou 916 2/3 0/00) (91). Pourquoi ? Parce que les sycees des taëls de Changhaï en paiement réel sont des sycees courants, au titre de 0.986 environ ; pour régler un compte en taëls de Changhaï proprement dits, il faut d’abord que le sycee courant soit converti en sycee de « standard-silver », avec un titre de 935.374 millièmes et ensuite le résultat de cette transformation, réduit à 9S %, devient réellement le sycee du taël de Changhaï avce un titre de 916 2/3 0/00 (92).
En fait, ces trois sycees énumérés n’en sont qu'un seul. C’est le sycee courant de Changhaï. [ls ne sont différents qu'au compte des paiements réels. Existe-t-il sur les autres marchés monétaires aussi prospères et importants que celui de Changhaï une monnaie de compte aussi compliquée ?P IF est curieux de constater que le ütre théorique du taël de Changhaï se trouve être par hasard tout semblable à celui de la livre sterling d’Angleterre et de la roupie d'argent des Indes, dont Île titre
est aussi 016.666 millièmes !
(92) Titre de « standard-silvers » 0.935.374,00
avec 2005 d'eSCoMpie ee ere. 0.018.707./48 (935.354 x 0,0»)
Titre du sycee de 98 taëls .... 0.916.666,52
Les taëls de Chine sont très compliqués. La parité du taël de Changhaï avec ceux des autres villes de Chine peut être étudiée d’après le tableau suivant : (93)
Taël de Changhaï Taëls des autres villes
1.045.000 — 1.000.00 de Pékin 1.093.00 — 1.000.00 de Tientsin 1000-00 = 990.00 de Soochow F-00000 \— 965.00 de Han-kéou 1.000.00 — 1.060.00 de Tsinan 1.045.00 — 1.000.00 de Chungking 1.065.00 — 1.000.00 de Chengtu 1.060.00 — 1.000.00 de Whaksien IFODO 00 — 960.00 de Nanking 600.00, = 937.00 de Chinkiang 1000.00 — 934.00 de Yanchow 882.50 — 1.000.000 de Canton 1.045:00 — 1.000.00 de Chefoo 1.037.060 — 1.000.00 de Ichang 1.067.00 — 1.000.00 de Tsing-tao 1.052.000 — 1.000.00 de Sian 1.000.00 = 931.00 de Kinkiang É 000.00 — 964.50 de Wuhu 1.106.00 — 1.000.00 de Kurigang
(93) Publié par « The Chinese Bureau of Economic information » dans son Bulletin hebdomadaire (1924). Nous pouvons te trou-
ver dans « The Currencies of China » par E. Kann, 2° édilion, pp.
Taël de Changhaï Taels des autres villes 1.000.00 — 1.0b0.00 de SWatow 1.000.00 = 940.00 de Shasi
964.00 — 1.000.00 de Changencheng 1.055.00 — 1.000.00 de Hivaian 1.09.00 — 1.000.00 de Chingkiangpu 1.066.00 — 1.000.00 de Pangpu 1.111,60 — 1.000.00 de Anking 1.000.006. = 940.00 de Tatung 1.096.00 —= 1.000,00 de Hangchov 1.000.00 = 1.180.00 de Antung 1.035.00— 902.00 de Changchun 1.049.000 = 1.000,00 de Kalgan 1.082.00 — 1.000.00 de Proting 1.098.80 — 1.000.00 de Loyang 1.078.665 — 1.000.00 de Chowchikow 1:000.00. = 910.00 de Sinyangchow 1.066.697 —= 1.000,00 de Kaïifeng 1.088.00 — 1.000.00 de Tatong 1.095.00 —= 1.000.00 de. Shansi
800.00 —= 1.000.00 de Yunnan .01/4.00 = 1.000.00 de Hong-kong