Première période des dollars sur le marché monétaire
de Changhaï
Au début de cette période, il n’y avait aucun dollar chinois moderne en circulation et le marché monétaire de Changhaï était envahi entièrement par des dollars étrangers. À la fin de cette période, quoiqu'il y eût
quelques dollars chinois, ils n'étaient pas nombreux.
(5) Siu Tsang-chouei, Tehong-kouo-kin-je-tche-houo-pi-1wvén-ii Problème monétaire de la Chine), 4 édition, p. 4o4. (8) Ma Ying-lson. Kiäng-vèn-tsi, (Collection de discours sur les
Problèmes courants de la Chine), vol. 1, p. 285.
Cette période peut s'étendre de louverture de ce port jusqu'au milieu du règne de Kouang-siû (1875-1908), de la dynastie Ts’ing.
Déjà les Portugais, les Espagnols et les autres Européens qui depuis la fin,de la dynastie Ming (1368- 1643) étaient admis à faire du commerce avec la Chine achetaient nos produits particuliers avec de l'argent. Plus tard, « après les règnes de Kien-long et de Kia-king (1536-1595) - (1596-1820), les dollars d’argent étrangers étaient abondamment employés pour acheter nos marchandises. Parce qu'ils avaient des titres et des poids fixés et que leur emploi facilitait les transactions, les Chinois les acceptaient. Peu de temps après, ils étaient répandus dans tous les ports » (9), et Changhaï était le premier de ceux-ci. Les premiers introduits furent les dollards espagnols frappés au Mexique (10), encore à ce moment-là rattaché à l'Espagne. Frappés pour la première fois en 1497 À. D. avec un titre de 937 millièmes maintenu plusieurs siècles, ils furent après diverses réductions fixés, en 1772, à 902 7/9 millièmes (x1).
« La plus grande Compagnie commerciale à ce moment était la « East India Company » qui exportait du thé, de la soie, des porcelaines et d’autres produits
chinois de Canton, et payait tous ses achats en dollars
(go) Tchang Kia-siang ; Tchong-houa-pi-tché-che, 9° édition, VOICI SD T2
(io) Yang Yin-pou ; Yang-tchou-tchong-kouo-kin-yong-linn, D'DI0:
(11) E. Kann. The Currencies of China, 2° édition, pp. 143-144.
espagnols » (12). Entre 16071 et 1620, la valeur de l’argent, tant en lingots qu'en monnaie frappée, envoyé dans tout l'Orient, atteignait 548.090 livres sterling, et entre 1710 et 1759, elle était de £ 26.833.614; dont la plus grande partie en dollars espagnols » (13). Par conséquent, au milieu du xix° siècle, les dollars espagnols, qui étaient les seuls dollars d'argent en circulation, avaient pénétré à l’intérieur des provinces de Kouang-tong, Fou-kien, Kiang-sou, etc. Vers 1856, ils constituaient la circulation locale à Changhaï et dans les autres villes du Fleuve Yang-tze. C’est en ces dollars que toutes les transactions commerciales étaient calculées et que les cours de change étrangers des banques étaient indiqués. Mais vers la vingtième année du règne de Tao-kouang (18/0) la frappe de ces dollars avait été suspendue, : leur nombre diminuait peu à peu et leur valeur montait jusqu'à 8o % environ au-dessus de leur valeur réelle. Ainsi, le commerce était très embarrassé et la cinquième année du règne de Hien-foung (1885), les autorités de Changhaï ordonnaïent que tous les dollars d'argent ayant un titre et un poids uniformes fussent employés sans aucune distinction (14). Depuis lors, les dollars espagnols perdaient leur puissance sur
le marché monétaire de Changhaï.
(12) E. Kann. The Currencies of China, 2° éd., pp. 126-n925. (ES) bd peer, (4) E. Kann. The Currencies of China, 1'"° édition chinoise,
De:
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Vers 1821, le Mexique était devenu indépendant Beaucoup de dollars mexicains, frappés depuis 1824 (15) étaient introduits. Ils avaient une grande influence sur la circulation orientale et étaient l’une des sortes de monnaie les plus répandues du monde, comme on J’a dit (16). « Après la chute des dollars espagnols(15), ils devenaient la principale monnaie en circulation sur le marché monétaire de Changhaï. Avant la huitième année de la République chinoise (1919) toutes les réseryes d'émission des banques étrangères à Changhaï étaient basées sur eux et leur cours habituel était généralement supérieur à celui des dollars chinois (18). « D'autre part, leur poids et leur titre était beaucoup plus précis, et ils inspiraient une confiance plus grande. Néanmoins, comparé à ce moment avec celui des dollars chinois, le titre des dollars mexicains était un peu plus haut (19) ». «Le poids légal de la piastre mexicaine était de 27.073 grammes au titre de 902.7 millièmes. Le trade dollar était au titre de 900 millièmes et pesait {20
(15) E. Kann, The Currencies of China, 2° édition, p. 144.
(16) Siu Tsang-chouei. Tchong-kouo-kin-je-tché-houo-pi-wen-li, p 114.
(17) Il y a encore 300.000 dollars espagnols en Chine. Voir Julean Arnold, Commercial Handbook of China, vol. I, p. 167.
(18) Tchang Kia-siang ; tchong-houa-pi-lché-che, 2° édition, VOL 21 D Arr.
(19) Siu Tsang-chouei ; Tchong-kouo-kin-je-tché-houo-pi-iwen-ti, Due: ;
oo
grains troy, soit 27.215 grammes (20) » tandis que tous les autres dollars étaient au titre de 900 millièmes environ. C’est pourquoi il était beaucoup plus précieux et son emploi beaucoup plus étendu. £ La deuxième année de Siuen-tong (1910), le Ministère des Finances avait fait une siatistique des dollars étrangers introduits en Chine. Le résultat de l'évaluation fut de 1.100.000.000, dont une grande partie en dollars mexicains ; sans pouvoir fixer un nombre précis, ils formaient à peu près le tiers ; autrement dit 4oo.000.000 environ (21) ». « À ce moment-là, les dollars américains, japonais, anglais et indochinois circulaient déjà sur le marché monétaire de Changhaï à côté de ceux de l'Espagne et du Mexique ; mais ils n'avaient pas grande influence. Cette période où les dollars étrangers envahissaient ce marché peut donc être divisée en deux parties dont la première à partir de l'ouverture de ce port jusqu'en 1856 est celle où les dollars espagnols jouaient un rôle prépondérant dans la criculation, et la deuxième où cette influence était remplacée par celle des dollars mexicains, depuis 1856 (22) jusqu'au moment où les dollars chinois les
remplaçaient définitivement.
(20) Arnauné. La Monnaie, 3° édition, 1906, p. 336.
(21) Siu Tsang-chouei ; Tchong-kouo-kin-je-tché-houo-pirwén UN D mi UKC)s
(22) E. Kann. The Currencies of China, 1'° édition, traduction
chinoise, p. 1517.
2. Deuxième période des dollars sur le marché monélaire de Changhaï, depuis le milieu du règne de Kouang-siû (1875-1908), jusqu'à la huilième année de la République Chinoise (1919) où les dollars chinois circulaient à côté de ceux des pays étrangers.
Dans le chapitre précédent, nous avons indiqué que l'histoire de la circulation des lingots d'argent en Chine peut remonter très loin. Mais ces lingots en circulation étaient mesurés en poids et non en pièces, sauf une ou deux exceptions. À partir de la cinquante-septième année de Kièn-long (1792), le Ministère de l'Intérieur demandait à l'Empereur la permission de procéder à la frappe de monnaie d'argent au Tibet. C'était la première fois que la Chine frappait elle-même de la monnaie moderne d'argent. En même temps, à la fin du XVII siècle, des argentiers chinois avaient quelquefois essayé d’imiter ia frappe des dollars d'argent étrangers ; mais ils n’y avaient pas réussi (23). Au début du règne de Taokouang, les dollars étrangers étaient introduits en grand nombre et répandus partout. Le vice-roi des provinces de Kouang-tong et de Kouang-si avait demandé à l’empereur l'autorisation de frapper des dollars d'argent afin d'empêcher l'introduction de ceux des pays étrangers. Mais l’empereur s’y était opposé. À ce moment-là, dans la provinee de Tché-kiang, une monnaie d'argent, pesant un taël, avait été frappée et circulait parallèle-
ment aux dollars étrangers ; elle était en quantité si
(23) S. R. Wagel, Chinese Currency and Banking, p. Dr.
limitée qu’elle ne put réussir (24). « La dix-huitième année de Tao-kouang (1838), les autorités de la province de Fou-k'ien avaient mis en circulation des monnaies d'argent semblables aux dollars espagnols (25). » « La vingt-quatrième année de Tao-kouang (1884), la ville de « Changchow :» de la province de Fou-k’ien, frappait aussi de la monnaie d’argent d’un titre différent (26). Au mois de février de Ja treizième année (1887) de Kouang-siu, le vice-roi de la province de Kouang-tong et de Kouang-siu envoyait au gouvernement un rapport (27) dans lequel il disait que la province entière de Kouang-tong employait les dollars étrangers comme instrument de circulation, et ensuite que celles de Kouang-si, de Fou-k'ien, de Tché-kiang, de Ankwei et de Houpé, et tous les ports ouverts et les villes du Hou-nan, du Sseu-tchouen et du Tibet avaient des dollars étrangers en circulation. I ui demandait la permission de frapper lui-même des dollars étrangers, afin d'arrêter la circulation des monnaies étrangères. Le gouvernement l’y autorisait et élablissait un Hôtel de la Monnaie à Canton la quinzième année de Kouang-siu, pour essayer de frapper des dollars d’argent avec un
(24) Tchang Kia-siang ; Tchong-houa-pi-tché-che, 5° édition, VOL TT PS"
(25) E. Kann. The Currencies of China, 1° édilion, traduction chinoise, p. 157.
(26)MTbd:. 10 nr
(27) Tchang Tsong-yuen. Tchong-kouo-kiuen-pi-yen-ko, (His-
toire des Monnaies de la Chine), p. 16.
poids de 0,73 taël de Tsao-ping et une figure de dragon. C’est pourquoi on les appelle « dragon-dollars ».
Vers la ‘seizième année de Kouang-siu (1890), ils étaient régulièrement frappés et mis en circulation. La vingt et unième année de Kouang-siu (1895), l'Hôtel de la Monnaie de Houpé était établi. Ensuite ceux de Kiangnan, de Pé-yang de Tché-kiang, de Kirin, de Sseutchouen et de Ankweïi frappaient successivement, pendant les dix années suivantes, des dollars d'argent avec des titres et des poids tout à fait différents. Ils ne pouvaient être acceptés aussi facilement que les dollars mexicains. Mais à la fin de la dynastie Tsing les dollars chinois d'argent envahissaient le marché monétaire, surtout ceux de Kouang-tong, de Kiang-nan, de Houpé et de Ta-tsing (28) qui étaient frappés par les Hôtels de la Monnaie de Nankin et de Houpé, d’après la loi monétaire de la deuxième année de Siuen-toung. Au mois de décembre de la troisième année de la République Chinoise (1914), l'Hôtel de la Monnaie de Tien- {sin commençait à frapper des dollars nouveaux à l'effigie Yuan-Shik-kai, le premier Président de la République. Ces nouveaux dollars sont appelés « Yuan Shik-kai dollars », et ont un titre précis et une forme nouvelle. Pendant 14 ans environ, les Hôtels de la Monnaie de Tien-tsin, de Nankin et de Hangchow en frappèrent. Ils étaient acceptés facilement partout et avaient une position
importante .-dans Ja circulation de Changhaï. À
(28) Yang Yin-pou. Yang-lchou-tchong-kouo-kin-yong-liun
(Traité de la Circulation Monétaire de la Chine), p. 114.
ce moment-là, quoique le dollar mexicain eût une puissance plus grande par son influence historique, la position des dollars chinois se fortifiait de plus en plus, surtout celle des « Yuan Shik-kai dollars ».
En conséquence, les dollars chinois d'argent frappés à la fin de la dynastie Tsing avec des titres et des poids différents, et ceux des divers pays étrangers, avaient des valeurs différentes sur le marché monétaire de Changhaï. Il y avait autant de cours de change avec le taël qu'il y avait de sortes de dollars.
Vers la quatrième année de la République (1915), la Banque de Chine et la Banque des Communications à Changhaï convenaient, avec le Syndicat des Banques Indigènes, de cesser de publier les cours de change des divers dollars avec le taël et de ne publier que le cours de change du « Yan Shik-kai dollar ». Tous les autres le suivraient, sauf les dollars étrangers. Cette décision fut mise à exécution le premier du mois d’août. Ainsi, l'unification des cours de change des divers dollars chinois d’argent était réalisée sur ce marché. Au mois de juin de la huitième année de la République (r9r9), en raison de l’agitation gréviste, la demande en dollars élait très importante, tandis que l’encaisse d'argent du marché monétaire était insuffisante surtout celle en dollars mexicains. Les banques étrangères à Changhaï rencontraient donc des difficultés et ne pouvaient rembourser les billets de banques qu'ils avaient émis en dollars mexicains. Le Syndicat des Banques Modernes Chinoises convint alors avec celui des Banques Indigènes d’unifier
les cours de change des dollars, domestiques et étran-
gers avec le taël (29). Les banques étrangères à Changhaï suivirent ce mouvement. Depuis lors, sur le marché monétaire de Changhaï, il n'y a qu'un cours de change du dollar avec Je taël, publié tous les jours par le Syndicat des Banques Indigènes. Autrement dit, le prix des dollars est unifié. C'était le premier pas des dollars chinois d'argent vers la conquête du marché monétaire de Changhaï. C'était la fin de la puissance des dollars étrangers qui diminuaient peu à peu en raison de leur exportation et de leur refonte par les Lou-fang en sycees courants de Changhaï.
3. Troisième période des dollars sur le marché monétaire de Changhaï depuis la huilième année de la République jusqu'à présent, où les dollars sont uniformisés absolument et où les dollars chinois remplissent leur service de monnaie nationale.
Au mois d'août de la huitième année de la République (1919), les cours de change des dollars mexicains et chinois furent unifiés, et les dollars chinois occupent, depuis lors, une position beaucoup plus importante, et le « Yuan Shik-kai dollar » tient le premier rang, étant donné que l'émission et la frappe de tous les autres dollars chinois, surtout des « dragon dollars » ont été suspendues comme celles de tous Les autres dol lars étrangers. Mais comment est-on parvenu à
cette situation ? Nous pouvons trouver à cela
(29) Siu Tsang-chouei. Tchong-kouo-kin-je-lché-houo-pi-wén-ti ;
(Problème Monélaire de la Chine), p. 180,
deux raisons : Premièrement, le « Yuan Shik-kai dollar » a pu renforcer lui-même sa position. M. E. Kann, dans la deuxième édition de.son ouvrage : « The Currencies of China » disait (30) : « C’est à la Noël de 1914 que le « Yuan Shik-kai dollar » fut officiellement émis pour la première fois. Depuis lors, il a progressé à grands pas et est parvenu à remplacer non seulement les dollars mexicains et les autres étrangers, mais aussi la collection hétérogène des « dragondollars » chinois.
En dix ans, le « Yuan Shik-kai dollar » pénétrail dans tous les coins reculés et obtenait la faveur populaire dans le pays entier. Tous les autres dollars chinois, ou « dragon-dollars » frappés auparavant par les divers Hôtels de la Monnaie de la dynastie Ts’ing avec des titres et des poids tout à fait différents (31) et par conséquent des cours de change divers avec le taël de Changhaï ne pouvaient constituer une monnaie nationale proprement dite. [ls circulaient encore en compte de leur valeur intrinsèque comme des lingots d'argent.
Aucune monnaie d'aucun pays n'est comptée pour sa valeur réelle en paiement, sauf en cas d'échanges internationaux avec les monnaies étrangères d’après leur parité. C'est pourquoi l’on avait dit autrefois que
la Chine n'avait pas de système monétaire proprement
(30) E. Kann : The currencies of China, 2° édition, p. 159. (31) Tableau des titre et poids de divers dollars chinois d’argent frappés à la fin de la dynastie Ts’ing. Voir E. Kann : The cur-
rencies of China, trad. chinoise, pp. 159-160.
dit. Mais quelle est la condition actuelle ? Elle est tout à fait modifiée. Depuis vingt ans, le système monétaire de la Chine a fait un grand pas. Cela résulte de la politi que monétaire du gouvernement, d’une part, et de la confiance dans le « Yuan Shik-kai dollar » d'autre part. Les « Yuan Shik-kai dollars », d’abord frappés à l'Hôtel de la Monnaie de ‘Tien-tsin, et ensuite à celui de Nankin, furent, en raison de leur forme nouvelle, de leur titre et de leur poids uniformes, acceptés par tous. Ils se répandirent dans tous les ports ouverts et pénétrèrent partout à l’intérieur.