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conisée à côté de l’abandon même du taël de Changhaï. Au mois de novembre de la douzième année (1923) de la République, le marché de l'argent était très serré. Le taux d'intérêt local était monté jusqu'à 0,7 taël (60) et quelquefois les taux secrets (61) avaient atteint deux taëls. Au moment où les récoltes de coton et de grains commençaient à paraître, les dollars de Changhaï quittaient ce marché pour les achats agricoles. Ainsi, les banques envoyaient les lingots d'argent aux Hôtels de la Monnaie de Nankin et de Hongkow pour frapper des dollars afin d'empêcher la hausse du cours de change du dollar avec le taël de Changhaï. Mais, d'un autre côté, l’encaisse des lingots d'argent baissait soudainement. En même temps, les Indes faisaient rentrer activement des lingots d'argent de l'étranger et les importations en Chine étaient, par conséquent, plus rares. Tout cela accroissait les difficultés du marché monétaire de Changhaï. Le 19 novembre de cette annéelà, le Syndicat des Banques Chinoises organisait une Commission pour étudier le problème monétaire et le président, M. Chéng Techou-chou, publiait un article pour proposer l'emploi du taël et du dollar avec un cours de change fixé. Cette question est depuis lors discutée vivement. Essayons de l’analyser
(60) Ma Ying-tsou ; Kiang-yen-tsi, Vol. I], 5° édit., p. 114.
(Gr) D’après la convention bancaire indigène, le taux d'intérêt local est limité à 0.7 taël. Dans n'importe quelles conditions, il ne peut le dépasser ; mais quelquefois, en lemps de resserrement du
marché monétaire, des taux secrels ont atteint plus de 2 taëls,
À. Comment employer parallèlement les dollars avec le tuël ?
Selon la proposition du Syndicat des Banques Chinoises à ce moment-là, le cours formel de change serait fixé après accord à 1.000 taëls égalant 1.380 dollars (62). Si la Banque À doit payer à la Banque B mille taëls de Changhaï, et n’a pas de sycees elle peut lui paver 1.380 dollars au lieu de mille taëls. Si la Banque B doit à la Banque E mille taëls aussi, elle peut aïnsi lui envoyer ce qu'elle a reçu de la Banque À pour liquider sa dette. À ce moment, d’après le calcul des banques indigènes, le cours de changé fixé entre le taël et le dollar est de 0.7246371 taël par la proportion : 1.000 taëls=$ 1.380, y compris le seigneuriage et les frais de transport avec la parité. Cette proposition ne put être mise à exécution quoiqu'elle soit beaucoup plus convenable.
B. Examen et discussion de celte question
D'un côté, certains ont prétendu qu'en temps de resserrement d'argent, c’est la meilleure méthode pour remédier au manque de Jingots d'argent ou de dollars. En outre, il y a des raisons qui militent en faveur de cette fixation du cours. D'abord, les banques modernes chi. noises et indigènes ne sont pas obligées de réserver des encaisses en dollars et en taëls (63). Actuellement, les
banques reçoivent des dépôts de taëls et de dollars. I
(62) Ma Ying-tsou. Kiang-yen-tsi ; Vol. IF, p. 114.
(63) Ma Ying-tsou ; Kiang-yen-tsi ; Vol. Il, 5° éd., p. 119.
leur faut garder des réserves respectives des uns et des autres. Si les taëls et les dollars peuvent être employés. parallèlement avec un cours fixé, nous ne retenons qu'une sorte d’encaisse, ou toutes les deux comme il nous convient. Ensuite, le marché monétaire de Changhaï peut tirer des dollars de l’intérieur (64). D'après l'habitude de ce marché, les dépôts de dollars dans les banques indigènes ne peuvent recevoir d'intérêts. Ainsi une grande quantité de dollars va certainement vers l’intérieur. C’est peut-tère une des causes de la fréquence des crises monétaires. Si les dollars peuvent être employés parallèlement avec les taëls, il y aurait certainement un taux d'intérêt local (65) des dollars fixé ou publié sur le marché des transactions d'argent au Syndicat des Banques indigènes, et désormais les dépôts de doflars pourraient recevoir également @es intérêts. Alors, les dollars qui fuient vers l’intérieur pour trouver les intérêts qu'ils ne peuvent gagner sur le marché de Changhaï y renireraient. Enfin, il peut permettre aux Hôtels de la Monnaie de Nankin et Hangchow de faire face régulièrement à la demande d'argent du marché de Changhaï (66). Actuellement, ïl existe un cours de
change du dollar avec le taël. TS peuvent gagner quei-
(64) Yang Yin-pou ; Yang-lchou-lchong-kouo-kin-yong-liun pp. 139-140.
(65) Le taux d'intérêt local (native rate) n'est fixé que pour le prêt de laëls de Changhaï par le Syndicat des Banques Indigènes.
Voir Chanitre. VII.
(Si
(66) Ma Ying-teou. Kiang-yen-tsi ; Vol. IT, p. 115 (6€ édi).
ques profits de la frappe de dollars suivant les variations du cours. En temps de hausse, un dollar pourrait valoir au change un peu plus que le taël. Mais le titre du dollai est fixé par la loi. La”différence entre eux permet pro
bablement à l'Hôtel des Monnaies de réaliser des profits. Au contraire, en période'de baisse, il n’y a quelquefois aucune différence entre le cours et le titre. En f’absence de profits (gains) les Hôtels suspendront quelquefois l'émission. C’est une des causes des crises monétaires du marché de Changhaï. Si le cours est fixé dans la proportion : 1.000 laëls = $ 1.380, cet inconvénient disparaî
tra probablement.
Ce sont les trois principaux arguments de ceux qui approuvent l'emploi parallèle du dollar et du taël avec un cours fixé. Mais, d’un autre cûlé, il ne manque pas d’adversaires. Leurs arguments sont de deux sortes
Premièrement, ils considèrent que le cours fKé, une fois pour toutes, par une convention bancaire, sera dilficilement maintenu (65). Cet: emploi parallèle doit être mis à exécution réellement et sévèrement. Faute de quoi, on verra paraître des spéculateurs. Quoique le dollar et le taël aient le même caractère monétaire, leurs conditions d'offre et de demande sont tout à fait différentes. Au moment des demandes saisonnières de dollars, comme à la récolte du coton et de la soie, le marché des dollars sera probablement beaucoup plus serré que celui
du taël, et nous ne pouvons garantir qu'il n’y aurait pas
(CHMIbDI NOM SM Édition, p.110:
des transactions secrètes avec un cours plus haut que le cours conventionnel, résultant de l'urgence de la demande de dollars. Au contraire, au moment de la demande saisonnière du taël, au temps des liquidalions du commerce international dans les banques étrangères à Changhaï, le marché du taël sera plus serré que celui du dollar, et nous ne pouvons non plus garantir qu'il n'y aurait pas de transactions secrètes de taëls avec un cours plus bas que le cours conventionnel, de telle sorte que le prix du taël serait à ce moment-là plus cher que celui du dollar. Dans toutes les conditions énumérées ci-dessus, le cours conventionnel serait renversé ! Deuxièmement, l'emploi parallèle du taël et du dollar nécessite naturellement l'existence de deux taux officiels d'intérêts respectifs des prêts en taëls et en dollars. Alors, on verra paraître une spéculation pure, appelée « Tao-pa » (68) en chinois. Autrefois, sur le marché monétaire de Changkhaï, les taux des intérêts, tant des taëls que des dollars, étaient publiés tous les jours par le Syndicat des Banques indigènes (69). Mais une spéculation pure, ou « Tao-pa », apparaissait (50). Si M. A. avait prêté $ 13.500 pour acheter 10.000 taëls, il aurait gardé plus de taëls que de dollars. Si, en même temps, M. B. prêlait 16.000 taëls pour acheter 134.500 dollars d’après le
cours de ce jour, il gardait plus de dollars que de taëls
(68) Voir : Bulletin Commercial d'Exlrêéme-Orient, juillet-aoûi 1991, p. 9309.
(69) Yang Yin-pou. Yang-lchou-tchong-kouo-kKin-vonge-liun, p. II
(70) Ma Ying-tsou ; Kiang-yen-tsi. Vol. IL, 5° édit., p. Bo,
M. A. ayant beaucoup de taëls, élevait ainsi le taux d'’intérêt local du taël pour l’avancer. M. B., qui emprunte des taëls, subira une hausse du taux d'intérêt du taël. À ce moment : il y a deux moyens pour M. B. de résoudre cette question. Il peut revendre ses dollars et acheter des taëls pour liquider sa dette de taëls afin d'éviter une perte résultant de l'intérêt élevé, ou bien élever aussi ke taux d'intérêt des dollars pour riposter, parce qu'il 4 gardé beaucoup de dollars, et M. A. les a prâtés et subira aussi une hausse de taux d'intérêt des dollars. D'autre pait, M. À. veut maintenir sa position et élève encore le taux d’'intérôt du taël. Dans ces conditions successives, les taux des intérêts, tant des taëls que des dollars auront monté par spéculation pure. Quel mal il en résulte pour le marché monétaire entier ! Le gain ou la perte des deux parties À et B dépend uniquement de leur puissance d'argent. Plus ils possèdent d'argent et plus ils peuvent faire durer ce jeu. Par conséquent, autrefois, beaucoup de banquiers, tant chinois, qu'étrangers, faisaient cette sorte de spéculation et les banquiers en faillite ne manquaient pas (71). À cause de cette opposition. la proposition d'emploi parallèle du taël et du dollar. avec un cours conventionnel de change, ne put, à la fin, être adoptée, mais le mouvement en sa faveur est encore actif.
(71) Ma Ying-tsou ; Kiang-yen-tsi. Vol. Il, 5° édition, p. 60.