C. Difficultés réelles que rencontre sa mise à eréculion
Théoriquement, les arguments des adversaires de cette proposition ne manquent pas de justesse en ce qui concerne la théorie du marché monétaire. Mais en réalité, leur application rencontre une grande difficulté : C'est l'opposition des banques indigènes. Sur le marche monétaire de Changhaï, les banques indigènes ont une puissance plus grande que toutes les autres comme nous l'avons vu. La variation des cours de change du dollar avec les taëls est une source très importante de profits pour elles. Pourquoi ? Nous pouvons l'expliquer par deux raisons
LE — Les banques indigènes perdront les profits résultant de la conversion des dollars en taëls, d’après les variations des cours, quand les déposants déposent des dollars en compte de taëls. Sur le marché monétaire de Changhaï, les banques indigènes ne donnent pas d'intérêts aux dépôts de dollars, et les déposants convertissent généralement leurs dollars en compte de taëls, comme nous l'avons dit plus haut. Si quelqu'un dépose : $ 10.000 en compte de dépôts de taëls d’après le cours du jour 0.734125, ce serait 7341,25 taëls de dépôt. Mais, selon l'habitude commerciale de ce marché, la fraction 1,25 taël est négligée généralement dans le compte. Ainsi, dans le compte, la Banque n’inscrit que 3340 taëls. Ki, au moment où le client retire sôn dépôt, le cours de change, ou « yang-If » en chinois, est encore de 0.734.125 taël, la banque qui donne au client les dollars conver. /,
340 laëls du compte des dépôts à un cours de
is des 7:
rl — change : 0.000125 taël plus haut (52) que le courant, c’est-à-dire qu'il lui faut ajouter 0.000125 taël de plus, au cours en usage : 0.783412), pour cette conversion, Alors, ce cours dé conversion serait 0.73425, d’après lequel le client ne peut tirer de ses 7340 taëls déposés que 8 9996.99 au lieu.de $ 10.000. Par ces deux conversions : sortie et entrée, les banques indigènes peuvent gagner 3,4 environ de profit par $ 10.000.de dépôts. Et ceci encore pour les clients habituels ; sinon, teur profit serait plus grand. Si le cours est fixé une fois pour toutes, et les ‘dollars comme les taël employés à volonté, selon la convenance les banques indigènes perdront complètement ces pro: fits !
I. — Si cette proposition était appliquée, la puissance du taël diminuerait immédiatement et les banques indigènes subiraient une perte très grande (73). La position prépondérante que les banques indigènes peuvent maintenir depuis longtemps sur le marché monétaire de Changhaï dépend, en grande partie, de leurs billets à ordre, appelés « Tchouang-piao » en chinois, dont la confiance est reconnue dans le commerce internationai
de la Chine, Mais ces billets à ordre ou «Fehouang-
(32) D'après l'habitude ‘bancaire du marché monétaire de Changhaï, les banques indigènes donnent au client les dollars convertis-en taëls avec un cours de 0.000125 laël plus haut que le courant, el pour recevoir du client des dollars convertis en laëls, elles emploient un cours de 0.000125 taël plus bas que le courant. Si le cours courant est de : 0.734125 taël, ce serait 0.754 laël.
(73) Ma Ying-tsou
; Tchong-houa-ying-hang-liun,; p. 296.
Ep
piao » circulent en compte de taëls et ceux des banques modernes chinoises, au contraire, en compte de dollars Si les dollars peuvent être employés parallèlement avec les taëls selon un cours invariable, ils sont plus commodes que des taëls. L'usage des dollars se développe beaucoup plus rapidement que celui des taëls. Progressivement, les billets à ordre en compte de dollars émis par les banques modernes chinoises seront employés davantage que ceux des banques indigènes en compte de taëls. Autrement dit, sans taëls, les banques indigènes perdent la puissance (74) que les billets à ordre ou « Tchouang-piao » ne leur ont assurée pendant plusieurs dizaines d'années que grâce au taël. Est-il curieux que les banques indigènes ne veuillent pas employer les dollars à côté des taëls avec un cours invariable ? D'autre part, les banques indigènes profitent des variations de cours de change du dollar avec les taëls pour faire des reports ou des arbitrages à la bourse des valeurs mobilières. C’est pourquoi elles s'opposent à la mise à exécution de cette proposition.
C’est pour ces raisons que le cours de change, appelé en chinois « yang-li » existe encore et constitue, avec Île système du taël de change, un phénomène monétaire
tout particulier sur le marché monétaire de Changhaï.
(74) Fei-liang-kai-yuen-1wén-ti, p. 17.