I. — Origine des Banques du Chan-si
Nous ne pouvons trouver de document précis en ce qui concerne l’origine des banques du Chan-si. Trois opinions sont données : Premièrement, S. R. Wagel à prétendu que l’histoire des Banques du Chan-si pouvait remonter jusqu'à l’an 600 (6), c’est-à-dire au commencement de la dynastie Tang, Le commerce du Chan-si était déjà très développé il y a deux mille ans. La province était alors la plus prospère de Chine et ses produits exportés, surtout le fer et le sel, répandus partout. Vers ia fin de la dynastie Song (960-1276), des mines de charbon furent découvertes, de sorte que le commerce de cette province devint plus actif, et les envois d'argent de cette province aux autres plus nécessaires pour faciliter le:
commerce. C’est l’une des principales causes de l’éta-
(4) The China Year Book, N° x, p. 8r2.
5) S. R. Wagel. Chinese Currency and Banking, p. 153.
(6) SR Wagel. Chinese Currency and Banking, p. 154.
blissement des Banques du Chan-si (7). Peu à peu, leurs succursales s’établirent dans toutes les principales villes de Chine. Elles facilitaient donc non seulement le commerce intérieur, mais les échanges entre les villes tant pour le peuple que pour le gouvernement. D'autre part, on a prétendu que les Banques du Chan-si furent créées au milieu de la dynastie M’ing (1368-1634). Mais en raison de leur faible puissance, leurs opérations auraient été limitées au nord de la Chine. Vers la fin de cette dynastie, la révolution aurait provoqué leur chute (8). Enfin, il existe une autre opinion qui s'appuie sur des faits plus précis que les précédentes. Les Banques du Chan-si seraient apparues sous les règnes de K’ien-long et de Kià-k’ing de la dynastie Ts’ing (1736-1820) (9). Un homme de la province du Chan-si. Lêi Li-t’ai, établit une fabrique de teintures, à Tien-L’sin, appelée « Je-chentch'ang ». Beaucoup de produits tinctoriaux venaient à ce moment-là de la province de Sseu-tchouen. Ainsi, la fabrique de teinture « Je-cheng-tchang » y envoyait souvent des employés acheter des teintures. Les opérations étaient nombreuses et fréquentes entre la province de Sseu-tchouen et la ville de Tien-t’sin. Mais en raison de la distance très longue et des difficultés de transport on
évitait de porter de l'argent de Tien<’sin à la province
(5) Ma ying-tsou, Kiang-yin-lsi. (Collection de discours sur es problèmes économiques courants de la Chine). Vol. II, p. 180.
(8) Yang Yin-p'ou, Chang-hai-kin-yong-lsou-tcheu-kaï-yao, p. 85
(9) Yang Yin-p'ou, Yang-tchou-tchong-kouo-kin-yong-liun (Fraité
de la circulation monétaire de la Chine), p. 9,
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de Sseu-tchouen. À ce moment-là, le directeur, Lei Lit’ai, eût l’idée d'établir un système de change intérieur. Grâce à ce système, un homme pouvait remettre à l'agence de Tien-ts’in l'argent qu'il voulait envoyer dans le Sseu-tchouen et réciproquement. Les deux parties pouvaient le toucher respectivement dans l'endroit où elles voulaient le dépenser. Par conséquent, Lei Lit’ai découvrit une méthode de change entre les villes. I établit une succursale dans le Sseu-tchouen et fit le change de monnaies entre ces deux endroits. Plus tard, la Compagnie de « Je-cheng-tch'ang » réalisa par ces opérations des bénéfices importants et établit des succursales dans les principales villes de Chine ; Changhaï en eut une qui fit faillite (ro). |
De ces trois suppositions, c’est la dernière qui est la plus vraisemblable. D'abord, aucune des banques du Chan-si à Changhaï (comme Weit'ai-heou, établie sous le règne de Kièn-long (1736-1795), Ta-chéng-tchouen, sous le règne de Kia-king (1796-1820), etc.), n’est antérieure au règne de K’iên-long. Ensuite, les opérations des Banques du Chan-si sont généralement attachées à certains commerces : ainsi, Wei-chéng-tch'ang, banque du Chan-si à Changhaï, est attachée principalement au commerce de la soie; T’a-te-tong, T'a-te-vu au commerce
du thé, et T’ien-tch’êng-heng et Ts’uen-vi-kong à celui
(10) Chan-si-p'iao-hao-chéng-chouai-tche-l'iao-tcha. (Investigation sur les Banques de Chan-si) ; Tchong-wa'i-kin-tsi-tcheou-k'an ; (Revue
Economique des Questions chinoïses el étrangères), No 119.
du coton, de même que « Je-cheng-tchang », autrefois était attaché au commerce de la teinture (11).
Ainsi, nous pouvons dire que les banques de Chan-si commencèrent leurs opérations sous le règne de Kienlong, de la dynastie Ts’ing.
Il. — Groupes des Banques du Chan-si
Les P'iao-hao ou banques du Chan-si, sont originairement et ent grande partie organisées par les commerçants de la province du Chan-si. Mais elles peuvent être divisées en trois groupes, selon les districts où leurs sièges sociaux s'établissent (12). Le premier groupe est celui de « P’ing-yao », ensuite vient celui de T'ai-ko. enfin celui de Ki-hien (13) ; les banques du Chan-si ont respectivement leurs sièges sociaux dans leurs districts natifs, au lieu de les avoir dans les centres des marchés monétaires comme les banques modernes, Chaque groupe a sa zone d'influence respective. Parmi eux, le plus puissant et le plus ancien est le groupe de « P'in-yao » dont la Compagnie de « Je-cheng-tchang » est la première. D'après les investigations de la sixième année de la République (1917), il existe encore plus de vingt banques de ce genre (14) : T’a-ch’eng-tch'ouen, Tà-te-tong, Ho-cheng-
TP > . {à . “4? es 4 dns yüuen, Ts’uen-yi-kong, Sàn-ts’in-yuen et T'a-te-heng se
(11) Tchong-Kouo-gnien-kien (The China year book), N° 1, p. 813.
(12) Ibid.
(13) P'in-yao, T'ai-ko et Ki-hien sont des districts de la prosince du Chan-si.
(14) Tchong-kouo-gnién-kien (The China year book), N° r p. 8rs,
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rattachent au groupement de Ki-hien ; W'ei-t'ai-héou, W'ei-fong-héou, Pe-tchouen-tong, Hie-tong-king, W'eichéng-tch'âng, Sinai-heou, T'ien-tchêng-heng, W'eitch'âng-héou et Pao-fong-long, appartiennent au groupe de P'ing-yao » ; Tché-yit’âng, T’a-te-yu, Hie-tch'êngkien, Ta-te-tch'ouen et Kin-cheng-yuén à celui de T'aiko. Toutes les banques énumérées ont ou avaient des
succursales à Changhaï.
HE. — Organisilion des Banques du Chan-si
À l’origine, les banques du Chan-si n'étaient pas des banques proprement dites. Elles faisaient uniquement les opérations de banque attachées aux commerces principaux de la soie, du thé, de la teinture, etc... Par conséquent, elles n'étaient que des compagnies commerciales. Plus tard, leurs opérations se développèrent. Elles établirent des succursales spéciales pour faire les opérations de change entre diverses villes. Mais leur organisation est soumise aux méthodes anciennes. Elle est très simple. Chaque banque de ce genre a un directeur généralement originaire de la province du Chan-si, qui occupe une position prépondérante dans cel organe. Il devait autrefois non seuleinent être habile aux opérations, mais avoir des relations très intimes avec le cercle gouvernemental afin de pouvoir tirer des dépôts d'argent du gouverne-
ment (15). D'autre part, tous les employés de cet organe
(15) Yang Ying-p'ou, Yang-lchou-lchong-kouo-kin-yong-liun.
(Traité de Ja Circulation monélaire de la Chine), p. 24.
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élaient et sont encore sous sa direction. La prospérité plus ou moins grande de la banque est due uniquement aux qualités et aux relations du directeur. Son traitement est élevé. Sa famille toute entièrc est entretenue par le propriétaire de la Banque, tant pour le domicile que pour la nourriture, Quant au directeur lui-même, toutes ses dépenses sont shpportées par la banque. Mais, d'autre part, sa responsabilité est très grande : elle s'étend à toutes les opérations bancaires, et en même temps sa liberté est réglée sévèrement. Ses lettres, à sa famille. même, doivent être vérifiées par le propriétaire, Ouand il a donné sa démission, il doit remettie un compte de liquidation ; sinon, il doit tout rembourser, Les autres employés sont, en majorité, originaires de la provinee du Chan-si. Tous les trois ans, ils peuvent aller voii leurs familles.
Quant au capital, il est très difficile de lévaluer Mais la principale opération de la banque est le change intérieur de Pargent entre les villes. Ïl Jui faut avoir un capital suffisant pour cette opération. D'autre part, les banques du Chan-si sont, comme nous l'avons dit, généralement organisées spécialement ou attachées à l’un des commerces principaux. Par conséquent, les propriétaires sont en général des commerçants riches et leurs capitaux varient entre 500.000 et 200.000 taëls environ, un peu supérieurs à ceux des banques indigènes (16). Les profits
cont distribués tous les quatre ans. Réserve faite d'une
(16) Yang Yin-p'ou, Chang-haï-kin-yong-tsou-lcheu-k'ai-y40
pp. 86-87.
nes
partie pour le propriétaire, le reste est réparti entre le directeur et les employés. Ces derniers sont considérés comme possessurs d'actions fictives, qui ne sont pas payées en argent proprement dit, mais constituées par le services des directeurs et des employés. On donne à ce droit le nom de « Ting-chen-kou » en chinois. La Banque du Chan-si. « Pe-tch’ouen-tong » a un capital de trente actions : dix actions constituées par l'apport réel des actionnaires, et vingt actions par les services de tous les directeurs et employés, tant du siège social que des succursales (17). Tous les quatre ans, les profits sont répartis entre ces trente actions. Les employés peuvent offrir leurs services à cet organe, quoiqu'ils n'aient pas d'argent pour souscrire des actions.
Cette organisation favorise le développement de la banque car tous, directeurs et employés, se consacrent à leurs services pour obtenir eux-mêmes des profits plus forts au bout de quatre ans.