DÉFINITION ET HISTORIQUE
Si le mot Mimétisme est-relativement récent, s’il n’est guère usité dans la science que depuis l'apparition des œuvres de Wallace et Darwin, et la démonstration des théories évolutionistes, les phénomènes qu'il sert à désigner étaient depuis longtemps déjà connus des naturalistes. Cependant, si on examine les études récentes, on voit ce mot employé à des points de vue si différents, dans tant d’acceptions diverses, pour caractériser des phénomènes qui nous semblent si dissemblables au premier abord, qu’il faut avant de l’employer préciser la façon dont on l'entend et à quel ordre de phénomènes on se dispose à l'appliquer.
Nous venons de dire que les auteurs modernes l'avaient employé dans une foule de sens différents. On va voir par quelques citations que nous n’avions rien exagéré :
… Les Céphalopodes ne sont pas les seuls êtres dont la peau
change ainsi de coloration. Le Caméléon, beaucoup de batraciens, de poissons et de crustacés présentent des phénomènes analogues. En général, chez les poissons, les changements de coloration ont pour but d’harmoniser le ton de l’animal avec celui du fond sur lequel il vit. C’est un cas de Mimétisme. (L. Frédericq. Physiologie du Poulpe commun).
En zoologie, cette relation démontrée entre la couleur de certains animaux et le fond sur lequel ils vivent, se relie directement aux faits de Mimétisme qui ont soulevé dans ces dernières années des discussions si vives jusque dans le pays de M. Darwin. (Pouchet. Des changements de coloration sous l'influence des nerfs).
Un crustacé intéressant est la Nébalie de Geoffroy, qui abonde sur la côte de Bretagne. Il loge un commensal que M. Hesse à pris pour un animal voisin des Histriobdelles et qui n’est autre chose qu’un rotateur qui paraît affectionner la physionomie des Histriobdelles et peut être donné comme un exemple de Mimétisme (V. Beneden. Commensau et parasites).
Enfin, pour terminer, un exemple de Wagner : tout entomologiste connaît la chenille d’une des espèces communes de nos phalènes rayées, la Catocala nupta et sait combien il est difficile de la distinguer de l’écorce des vieux troncs de saules entre les fentes et les sillons de laquelle elle repose ordinairement durant le jour. Pour y parvenir, il faut une expérience de plusieurs années. Dans toute la structure de son corps, dans les moindres détails des parties, cette chenille imite si parfaitement par la forme aussi bien que par la couleur l'écorce des troncs d'arbres sur laquelle elle repose, que l'œil peu exercé des personnes auxquelles nous lindiquions, ne parvenait pas toujours à l’en distinguer. Ce cas très remarquable de Mimétisme se produit de préférence le jour. (Wagner. De la formalion des espèces par la ségrégation).
On voit, par les exemples qui précèdent, que si le mot mimétisme est employé par M. Frédericq dans le sens d’adaptations successives aux différents milieux que l’animal se trouve amené à habiter, Pouchet s’en sert pour caractériser cette similitude entre lhabitat et l'animal, qui constitue pour ce dernier. un efficace moyen de protection. M. Van Beneden l’applique à limitation d’un animal par un autre, et Wagner au phénomène par lequel un insecte ressemble à une plante. Pour nous, nous ne retiendrons que ces deux interprétations pour y voir des cas de Mimétisme.
La concordance, l'harmonie qui existent entre la couleur du milieu et celle de ses habitants est un phénomène pour ainsi dire général. Il n’y a là rien autre chose que l'influence du milieu agissant sur la couleur, comme elle agit sur la forme, la taille, l'instinct, les habitudes des animaux qui habitent. Il nous semble même que cette influence sur la couleur des animaux ne doit pas être séparée de l'influence sur les autres manières d’être, car elle leur est intimement liée, toute modification d’une partie entraînant des changements dans les autres. Au contraire, l’imitation d’un être vivant par un autre être vivant est un phénomène particulier. C’est à des cas pareils que nous conserverons le nom de Mimétisme. D'ailleurs, cette
.distinction à déjà été faite par le savant qui, un des premiers, a donné une étude de ces phénomènes dans-une classe d’insectes. R. Wallace sépare du mimétisme, sous le nom de couleurs protectrice des animaux, les phénomènes précités tout en reconnaissant d’ailleurs qu’il y à entre ces deux ordres de faits une foule de transitions.
Ainsi comprise, la question doit théoriquement se diviser en 4 chapitres, suivant le règne auquel appartiennent les êtres mimétisants :
Imitation d’un végélal par un végétal.
7 animal a — végétal animal.
— animal LE
Pour la première classe de phénomènes, nous ne possédons aucune donnée; nous laisserons donc complètement de côté cette partie de notre étude, nous réservant de développer les autres.
Sans vouloir tenter ici une étude sur la ressemblance animale des plantes, nous ne pouvons nous empêcher de faire remarquer l’analogie qui existe entre certaines formes de végétaux et certains animaux ou certains organes.
C’est surtout dans la famille des Orchidées que l’on rencontre des formes étranges. Le genre Ophrys, notamment, en fournit plusieurs exemples : |
Ophrys myodes, dont les fleurs ressemblent à des mouches.
— apifera, de couleur ferrugineuse et figurant une abeille qui butine.
Ophrys aranifera, qui rappelle les araignées par les lignes blanches sur fond brun de sa lèvre.
On à prétendu aussi retrouver dans la Saxifraga sarmentosa la figure de diptères reposant sur des brindilles séches. Une ressemblance analogue à fait donner à tout un groupe des légumineuses le nom de Papilionacées. Le nom d’Arwm dracunculus rappelle aussi que les macules de la tige de cette plante ressemblent à celles de la peau d’un serpent. Ici, d’ailleurs, la plante à aussi l'odeur de matières animales en putréfaction, odeur qui trompe parfois les insectes nécrophiles. Les ailes membraneuses du fruit de certaines acérinées (érables) ont été comparées aux ailes de certains hémiptères.
Les champignons nous offrent aussi, entre autres formes étranges, les Phallus impudicus et P. canicus, au sujet des-
quels s’est aussi exercée l’imagination. Ces plantes ont la figure de pénis d'homme et de chien. Citons enfin comme exemples d'analogies forcées jusqu’au ridicule l’Aceris anthropomorpha (dont la fleur représente un pendu). L'Ophioglossum vulgatum, dont les frondes étroites et entières imiteraient des langues de serpents!
Il ne faut voir évidemment dans tous ces cas que des formes étranges, où l’on a cherché des analogies là où il n’y avait que des ressemblances vagues et fortuites. Il n’y à guëre que les Orchidées où ces ressemblances présentent un certain intérêt à cause du rôle que jouent les insectes dans la fécondation de ces plantes, rôle qui a été mis en lumière dans ces derniers temps.
L'imitation de la plante par l’animal ou de l'animal par l’animal à èté dès longtemps signalée. Réaumur, dans ses mémoires sur les insectes, consacre un chapitre à l’étude « des mouches à deux ailes qui ont l'air d'abeilles, et de celles qui ont l’air,de guêpes ou de fourmis. » Plus récemment, Lepelletier, de Saint-Fargeau, découvre l'existence des Psithyres, dont la ressemblance avec les Bourdons est telle que les entomologistes les avaient jusque-là réunis. Mais c’est surtout à notre époque que ces faits ont été étudiés et recherchés et qu'ils se sont multipliés avec les découvertes des voyageurs. C'est en effet dans les pays intertropicaux que nous trouvons ces formes qui paraissent extravagantes et qui ne sont que protectrices. Bates a rapporté d'innombrables exemples d'animaux mimétisants observés dans son voyage sur les bords de Amazone. Wagner en a relaté un certain nombre dans son Traité sur la formation des espèces par la ségrégation. Wallace, surtout, dans ses Essais sur la sélection naturelle, rapporte de très nombreuses observations (portant surtout sur les Lépidoptères) qu’il avait faites pendant ses voyages dans la Malaisie. Darwin, dans son
Origine des espèces, consacre un chapitre à l’étude de ces phénomènes dont il rapporte un ou deux cas dans le Voyage d'un naturaliste. Van Beneden, dans ses Commensauæ et Parasites, étend ces observations, jusque-là à peu près confinées aux insectes, aux autres classes du règne animal. Citons encore, comme ayant rassemblé ou cité dans leurs ouvrages un certain nombre de ces cas : Kunckel d'Herculais (Ætude sur les volucelles), Brehm ( Vie des animaux), Blanchard { Vie et mœurs des insectes myriapodes, arachnides), Girard (Métamorphoses des insectes), et enfin M. Fabre, d'Avignon, que ses sagaces investigations, portant surtout sur les Hyménoptères, ont fait appeler par Darwin un observateur imimitable. Enfin des cas particuliers assez nombreux ont été signalés dans des revues périodiques. F *
Ces faits déjà nombreux, comme on le voit, sont épars dans un grand nombre d'ouvrages. Nous n'avons poiht la prétention de les citer et de les réunir tous. Nous tenterons seulement de les grouper en sections naturelles, de citer des exemples et de dire ensuite quelques mots des explications qu’en ont données les auteurs.