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Cette constatation rentre, au fond, dans cette autre que j'ai faite précédemment : la coopération ne réussit en général que dans le commerce passif ; elle supprime seulement les intermédiaires inutiles, c’est-à-dire ceux qui, en échange des profits réalisés, ne font pas à leur clientèle l'apport de connaissances spéciales ni de qualités exceptionnelles.
Pour conclure, les sociétés de consommation ne manqueront pas de gagner du terrain dans le commerce passif ; dans les autres branches, elles auront toujours un caractère exceptionnel parce qu’elles demandent des associés et surtout des gérants des qualités qu'il sera dans le plus grand nombre des cas impossible de rehcontrer ; parce que leurs administrateurs salariés seront aux prises avec des entrepreneurs stimulés par l’intérêt privé et qui, pour cette raison, obtiendront très généralement la victoire.
L'histoire du mouvement coopératif est, je crois, la plus belle démonstration de la grande puissance de l'initiative privée quand elle est bien dirigée et quand elle consent à respecter Les lois économiques. Elle est en
même temps une réfutation pour les doctrines socialiste et collectiviste d’après lesquelles les prolétaires, abandonnés à leurs propres forces, étant dans l’impossibilité absolue de se relever, de lutter victorieusement contre la misère, l'État doit intervenir pour assurer le règne de la justice en mettant fin à la trop grande inégalité des conditions.
L'œuvre des Equitables Pionniers de Rochdale, de Schulze-Delitzsch, de Raïffeisen, les résultats obtenus par la coopération agricole montrent que l'association coopérative est un puissant moyen de relèvement pour les individus doués de l'énergie suffisante.
Mais s'ils prouvent que les petits et les humbles sont loin d’être impuissants commeon s'efforce de le leur persuader, ils permettent aussi de déterminer le véritable caractère de la coopération et d'affirmer que celle-ci est avant tout, comme le disait déjà très justement Schulze- Delitzsch, un excellent procédé de sélection. Il ne faut donc pas attendre d’elle la rénovation sociale qu'on ne cesse de promettre en son nom : la coopération ne peut pas profiter à tout le monde, pas même à toute une classe. Les plus actifs, les plus énergiques et les plus disciplinés parviennent seuls à s'élever par le moyen des sociétés de production, à la condition toutefois qu'il s'agisse d'industries où il ne faille pas, en outre, des
connaissances techniques spéciales ou des capitaux
considérables ; les ouvriers sobres, rangés, économes, travailleurs peuvent seuls profiter des sociétés de consommation et de crédit, qui développent les qualités morales, mais seulement chez ceux en qui elles en ont trouvé le germe :; les coopératives agricoles ne servent guère qu'aux cultivateurs intelligents et entreprenants.
Le développement des sociétés coopératives restera Loujours sans utilité pour une foule de personnes trop indolentes ou victimes de malheurs inévitables. La coopération ne fera pas disparaître de ce monde l’ad-
versité ni le malheur, elle n’enlèvera pas à la charité son domaine parce qu'il y aura toujours des pauvres parmi nous ; elle permettra seulement à une élite de sortirde positions embarrassées, carles bienfaits qu’elle répand sont la conséquence, la récompense des efforts tentés par les individus. S |
La coopération agit, en effet, non par sa vertu propre mais par les qualités des associés ; elle rend à chacun selon ses œuvres, ce qui est conforme au grand principe d’équitédontles coopérateurs, mêmeles plus mystiques, se réclament si hautement, on pourrait presque dire si bruyamment.
Les sociétés coopératives prennent les hommes téls qu'ils sont; elles n’ont pas le pouvoir bizarre de transformer complètement ceux qui ont recours à elles, de leur infuser les qualités dont dépend le succès matériel: discipline volontaire, courage, économie, ni de développer chez eux les sentiments qu'on à qualifiés de vertus coopératives : la solidarité et l’altruisme ou le désintéressement.
L'insuccès final des théories de Buchez est une preuve irréfutable que les sociétés coopératives, ne peuvent pas, plus que les individus n1 que les sociétés ordinaires, renverser impunément les rôles dans l’ordre économique, faire de la production des richesses une œuvre et non une affaire, du capital un serviteur du travail, de la gestion, de là direction une question de vote, c'est-àdire d'influence sur les associés, de faveur plus oumoins
méritée.
L'avenir prouvera, on ne doit pas en douter, le peu de fondement du coopératisme moderne (c’est le nom que M. Ch. Gide lui-même donne à sa doctrine). On comprendra alors qu'il est puéril de demander à l’'homme de travailler un peu pour lui « mais aussi et d’abord pour les autres (1) ». On se rendra compte, tardivement peut-être, que si la charité, la philanthropie, l’altruisme, la solidarité (les noms varient suivant les écoles) sont appelés à jouer un rôle et un rôle important dans la jouissance des richesses, ils doivent au contraire, dans la production, céder le pas à l’intérêt privé qui est, en ce domaine, le mobile naturel, normal, économique des actions humaines, le stimulant nécessaire de l’activité productrice, la source de tous les progrès.
(4) Ch. Gide, De la coopération et des transformations etc... -Revue d'économie politique, 1889, p. 494. ,
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