III. Du point de vue social
Rappelant l'éminente dignité de la personne humaine, le C.I.M. estime qu'il y a lieu de faire participer les travailleurs à l’étude et à la mise en œuvre de ces méthodes afin que cellesci soient mieux comprises et acceptées.
A cette fin, la collaboration des organisations professionnelles (syndicats) est vivement recommandée sur le plan de l’entreprise d’abord, sur le plan local, régional, national et international ensuite.
En outre, les calculs des temps et le fonctionnement des chaînes devront faire l’objet d’une surveillance constante afin d’éviter l'abus des forces du travailleur.
L'utilisation des méthodes scientifiques de travail ayant pour résultat d’accroître la production, les bénéfices doivent se répartir équitablement, afin que les travailleurs reçoivent la part qui leur revient dans l'accroissement de la production ainsi que la juste compensation des risques nouveaux que peut entraîner la rationalisation.
Enfin, il est désirable que la rationalisation des méthodes de travail soit étudiée en fonction d’une rationalisation industrielle largement comprise, celle-ci même étant partie d’un tout qui comprend la rationalisation de la vie économique, financière et administrative nationale et internationale.
Le C.I.M. a décidé, dans sa dernière séance, la réunion de deux commissions mixtes : l’une entre les syndicats patronaux et ouvriers de l’ameublement, l’autre ayant trait à l’application du repos dominical dans la région parisienne ».
Comme exemple de l’activité d’une commission spéciale nous donnerons la résolution adoptée par la commission mixte réunie pour la défense contre les abus des magasins dits « à prix uniques » :
« Les représentants de la Confédération française des professions et de la Fédération française des syndicats chrétiens
d'employés (C.F.T.C.) réunis en commission mixte le vendredi 15 novembre 1935, ont adopté à l’unanimité la résolution suivante
Considérant le développement pris dans notre pays par les magasins dits à prix uniques, et certaines méthodes des plus critiquables utilisées couramment par nombre de ceux-ci,
La Confédération française des professions et la Fédération française des syndicats chrétiens d'employés déclarent que, s’il est excessif de demander la suppression par voie légale des magasins dits à prix uniques, cette forme de vente n'ayant, en soi, rien d’illicite, il convient de protéger contre les abus commis par certains d’entre eux, leurs fournisseurs, leurs concurrents, leur clientèle et leurs employés :
Leurs fournisseurs, parce qu’on s’arme trop souvent contre eux de la crise présente et qu’on leur impose des marchés draconiens qui ne leur laissent que des bénéfices illusoires, voire inexistants et qui les entraînent à réduire les salaires ;
Leurs concurrents, parce que ceux-ci ne disposant ou ne voulant pas disposer des mêmes moyens de pression, se trouvent automatiquement placés dans un état d’infériorité ;
Leur clientèle, dans la mesure où il lui arrive d’être trompée sur la qualité, la quantité ou le poids des marchandises vendues ;
Leurs employés, dont les appointements sont généralement plus que réduits et qui se trouvent soumis, pour un bon nombre, à d’inadmissibles obligations, telles que celle d’entendre, à longueur de journée, des pick-ups débiter des insanités, ce qui n'est pas moins dommageable pour le système nerveux que pour la santé morale.
À ceci s'ajoute, très souvent, une violation habituelle et systématique des lois sociales.
En outre, il importe de dénoncer le danger d’une colossale inflation de crédit, les ventes étant faites au comptant et les achats payés à long terme. Ainsi se prépare, pour une échéance peut-être prochaine, un formidable krack que ressentira durement une économie déjà fort ébranlée par la crise.
Les groupements précités, à l’action desquels déclare se rallier, pour ce qui la concerne, la Ligue sociale d’acheteurs, décident :
19 D'inviter toutes les organisations d’industriels, de commerçants, d'employés, à s’unir pour la défense de leurs intérêts solidaires ;
2° De demander aux pouvoirs publics, par une plus stricte application des lois existantes ou par la promulgation de textes
appropriés, de contribuer à la sauvegarde de leurs droits. Ceci, notamment :
Par une réglementation opportune des ententes industrielles et commerciales subordonnées au contrôle d’un organisme corporatif légalement constitué,
Par l'obligation de l’affichage des prix accompagnés de l’indication des poids, mesures et quantités,
Par une impitoyable répression des fraudes,
Par une protection spéciale des employés nécessitée par les conditions de travail qui leur sont imposées.
30 D'’attirer l'attention de la clientèle sur les indéniables garanties que présentent pour elle les commerces spécialisés, surtout lorsqu'il s’agit de l’acquisition d’objets destinés à un long service ».
Signalons encore que le mouvement en faveur des commissions mixtes s’est étendu aux sections et unions régionales de la Confédération française des professions. C’est ainsi qu’une commission mixte permanente réunit à Orléans la section de la C.F.P. et les syndicats de la C.F.T.C. L'esprit dans lequel elle travaille est indiqué par le rapport adopté en 1933 après étude de la question du budget normal d’une famille ouvrière et accord sur les chiffres-base. Aux patrons, le rapport demande dans sa conclusion : «Nous pensons que les employeurs éclairés, auront à cœur de se rapprocher, dans l’établissement des salaires, de l’idéal que représenterait la réalisation parfaite de la Justice sociale, dans la rémunération des travailleurs. Nous savons, d’une part, que bien des familles ouvrières vivent, par nécessité, avec des budgets
notoirement inférieurs. Nécessité fait loi mais non justice. Nous savons d’autre part qu'il y a, dans certains commerces ou dans certaines industries, des impossibilités matérielles que les patrons les mieux intentionnés ne sauraient supprimer, en Ce qui concerne la rémunération de leur personnel. Il n’en reste pas moins que ces indications doivent être utiles pour les hommes de bonne volonté qui préfèrent, en toutes choses, voir clair et juger sur documents certains ».
Nous ne continuerons pas plus loin ces citations. La seule étude des travaux des commissions mixtes, bien qu’elles n’aient, sous leur forme nouvelle, que quelques années d’existence, occuperait à elle seule un volume. Nous les retrouverons quand nous examinerons l’attitude du patronat catholique français devant les problèmes que pose l’organisation de la profession, comprise sous la dénomination de « corporatisme ».