‹ Étude sur le Mouvement Patronal Catholique FrançaisChapitre 25 sur 32 · L'ACTION INTERNATIONALE · texte numérisé non relu

L'ACTION INTERNATIONALE

On n'a pas oublié le rôle primordial joué par les pélerinages dans la création des organisations catholiques patronales et ouvrières. Léon Harmel, initiateur des uns et des autres, y voyait le pilier central de l’édifice. I l’avait magistralement construit, puisque l'interruption des pèlerinages à deux reprises pendant une période assez longue n’empêcha pas le mouvement de reprendre avec autant d’ampleur, quand les circonstances le permirent. Dans l'esprit de l’Union fraternelle puis de la Confédération française des professsions, qui recueillirent l’héritage de Léon Harmel, il ne s’agissait pas seulement de continuer à rendre hommage à une pensée généreuse, mais il y avait le sentiment que leur fondateur et précurseur avait ouvert une voie qu'il ne fallait à aucun prix laisser combler. Contacts directs avec le Souverain Pontife, certes, bien qu'il ne puisse plus s’agir de divergences d'interprétation venant de la part du clergé de France. La déclaration des cardinaux et évêques, que nous avons analysée, est un témoignage suffisant de la stricte correspondance de leurs enseignements avec ceux de l’autorité suprême de l'Eglise. Mais une nécessité demeure : celle

de contacts entre patrons et ouvriers venant de toutes les parties de la France, contacts mieux assurés que dans un congrès ou dans une manifestation commémorative nationale. La communion des cœurs qui se fait dans une circonstance solennelle, comme le peut être une audience du Saint-Père, est mieux que toute autre de nature à faire jaillir la fraternité entre les différentes catégories sociales. Parmi les pèlerinages qui se sont succédé depuis 1922, nous dégagerons celui de 1929, qui fut marqué par la manifestation au monument de l’Encyclique Rerum Novarum et celui de 1931, à l’occasion duquel Pie IX rendit l’'Encyclique Quadragesimo Anno.

L’année 1929 marque le centenaire de la naissance de Léon Harmel. Célébré au Val-des-Bois le 9 juin, il le sera préalablement au cours du pèlerinage du 17 au 21 mai à Rome. C’est le samedi 18 que la cérémonie eut lieu devant la statue élevée aux ouvriers, dans une cour du Latran, et qui porte sur son socle, gravé en petites capitales, le texte intégral des trois principales Encycliques de Léon XIII: Rerum Novarum, Graves de Communi, Quod Apostolici. Au nom du patronat chrétien, M. Zamanski prit la parole. Nous reproduisons in extenso son discours, à tel point il est significatif de la flamme ardente qui anime la Confédération française des professions et de son rayonnement au delà des frontières :

« Nous sommes en présence d’une pierre qui fait battre nos cœurs.

La piété française y a fait graver en lettres indélébiles le texte d’un document qui pour beaucoup d’entre nous fixa nos vies.

Toute notre jeunesse se réveille à sa vue. Souvenez-nous,

mes amis : nous entrions dans une société déchirée par d’atroces conflits ; dans des grèves le sang avait coulé, et nous constations que si des excitations coupables avaient soulevé le peuple, trop souvent elles n’avaient pas eu besoin de chercher des prétextes. Nous pressentions que trop d’injustices appelaient trop de misères, que trop de misères expliquaient trop de révoltes et qu’un grand devoir incombait à notre génération.

Mais quelle mission redoutable ! Tant d'intérêts impliqués dans l'affaire, tant de préjugés et d’habitudes à vaincre ! tant d’ignorances ! tant d’insouciance |!

L'Eglise, à qui rien n’échappe, vit l'enjeu de la lutte et ce qu'il fallait à ses soldats. Et le Pape parle, le Pape de la lumière, le Pape des clartés doctrinales. Des rayons de l'étoile lumineuse qui brillait dans ses armes, il éclaira nos pas.

Et, coïncidence, non, harmonie admirable ! Il répondait ainsi à l’attente ardente, passionnée que des Pèlerinages du travail, menés ici par le bon père des ouvriers, Léon Harmel, avait fait connaître au Père commun des fidèles, Léon XIII. Et l’histoire depuis a nommé celui-ci le Pape des ouvriers.

Oh ! comme ils s’aimaient tous les deux ! tous les deux, symboles suprêmes des deux grandes forces dont la conjonction, sans cesse renouvelée à travers dix-neuf siècles d’histoire, est un des plus grands facteurs de la civilisation : l’Eglise et le travail.

N'était-ce pas, Messieurs, la date qui s’imposait, que de choisir pour fêter ce souvenir, le centenaire de celui dont l’action fut ainsi à l’origine de la célèbre Encyclique qui guida nos pas ?

Mais ce n’est pas seulement un souvenir que nous sommes venus rappeler ici, c’est une revue que nous passons.

Depuis 40 ans bientôt, l’œuvre s’est poursuivie ; des cœurs d’apôtre se sont usés à la tâche ; Albert de Mun, Henri Bazire, vous nous avez enflammés de votre foi catholique et sociale, et à tous les échos, à tous les auditoires, dans tous les milieux, à tous les âges, nous avons redit les paroles salvatrices : le travail n’est pas une marchandise ; le travailleur a une âme ; la justice n’est pas un vain mot; nous sommes tous frères en

Jésus-Christ ; il faut s’associer, non se combattre, s’organiser, non vivre seul.

Et nous pensions crier dans le désert, parce qu’on ne répondait pas aussitôt par des actes à nos objurgations. Hommes de peu de foi que nous étions ! La semence que nous lancions à tous les vents tombait dans des terres préparées à notre insu par la grâce du Seigneur, et aujourd’hui voici qu’elle lève ; les abus dénoncés tombent un à un, les haïnes, bien qu'attisées toujours, perdent de leur efficacité pratique ; nous écoutons avec joie sur des lèvres, d’où nous ne les attendions pas, nos principes ouvertement formulés et l’on découvre un peu partout nos vieilles vérités. Des lois commencent à les refléter ; un traité de paix qui a terminé la plus grande des guerres, y consacre un livre entier et la Rerum Novarum y claironne son écho ; à travers mille obstacles et des contradictions, tout de même le monde du travail s’organise et dans cette organisation les chrétiens prennent leur place et l’élargissent tous les jours.

Messieurs, je vous le demande, est-il dans l’histoire beaucoup d'exemples d’une génération qui a semé et qui, avant de disparaître, aura vu blanchir sa moisson ? Rendons grâce à Dieu qui nous octroie ce bonheur, avec cette délicatesse qui n’appartient qu’à Lui, de ne pas nous permettre de nous en attribuer le mérite, puisqu’autour de nous, l’œuvre souvent se fait sans nous. Qu'importe, ou plutôt merci ! Non pas à nous, Seigneur, mais à votre nom, réservez toute la gloire.

Mais encore il ne suffit pas ici d'évoquer un souvenir et de prendre acte d’une tranche d'histoire ; c’est un serment que nous sommes venus prêter au pied de ce monument.

Serment de continuer, sans arrêt, sans peur, sans recul, sur la voie sociale où l'Eglise nous guide. L'œuvre n’est pas achevée. Deux périls la menacent. D’une part, le désordre et la révolution, qui cherchent à exploiter, sans les redresser, les injustices et les erreurs. D'autre part, les développements rationnels et les progrès de l’industrie, auxquels nous applaudissons, auxquels nous participons, mais qui, loin d’écraser l’homme, doivent, en lui donnant plus de bien-être, permettre son plein développement intellectuel et moral.

Nous veillerons donc à ce que, ainsi que nous le rappelle la parole gravée sur cette pierre, le royaume de Dieu soit d’abord cherché. Nous y veillerons de concert avec vous, organisations ouvrières chrétiennes, qui avez délégué votre président, notre cher ami Zirnheld, pour sceller une fois de plus, au centre de la catholicité, avec le patronat catholique, un accord et une amitié maintes fois proclamée, mais toujours si douce à redire. :

O grand Pape Léon XIII, pape de notre jeunesse, Pape des travailleurs, Pape de l’action sociale, êtes-vous satisfait ? Les plis mêlés de nos drapeaux flottent au vent des mêmes espérances.

Voyez, près de votre tombeau, voyez au pied du monument élevé à la gloire de vos enseignements, voyez les patrons et les travailleurs fraternellement unis, comme vous l’avez demandé, comme nous l’ont demandé après vous les Pontifes, vos successeurs, et notre Saint-Père Pie XI glorieusement régnant. Soumis à toutes leurs directives, joyeusement attentifs à leur voix, nous sommes là, rangés en ordre, vos soldats, les soldats de l'Evangile, les soldats de la Paix, les soldats de la réconciliation et de l’amour. Bénissez-les.

Rassemblés un instant comme autour du drapeau, nous allons repartir, nous répandant de nouveau dans la vie de notre pays, pour le ramener une fois de plus au Christ-Roi qui aime les Francs ».

Le pèlerinage de 1931, celui de Quadragesimo Anno, eut le premier un caractère pleinement international. Le 13 mai se réunirent à Rome des représentants de 43 nations, venus fêter le quarantième anniversaire de Rerum Novarum. Le lendemain, jour précédant la promulgation de Quadragesimo Anno, ils firent connaître l'influence qu'avait eue, sur la vie sociale de leurs pays respectifs, la parole de Léon XIII. Une déclaration du Bureau international du Travail, au nom de son directeur, M. Albert Thomas, et lue par son délégué, M. Tommaso

Cortis, exprima l’attachement de la grande institution de Genève aux principes de justice, de fraternité sociale enseignés par l'Eglise et qui se retrouvent dans la charte de l’Organisation internationale du Travail. La déclaration disait en particulier : « Chargée, par la confiance des peuples, au lendemain de la catastrophe mondiale, d’établir, dans un but de paix et d'harmonie universelle un régime véritablement humain, l’Organisation internationale du Travail a entrepris cette tâche immense avec une ardeur pleine d’assurance. C’est qu’elle était consciente de n’être point une génération spontanée, l'explosion d’un enthousiasme subit, mais l'aboutissement d’initiatives déjà anciennes, d’une entente étroite et active de toutes les bonnes volontés ainsi que de toutes les forces d’idéal. La semence était jetée dans une terre féconde, soigneusement préparée depuis des années par des ouvriers tenaces de la justice sociale, entre autres par ceux qui se réclament de l'Encyclique Rerum Novarum.

En concluant, M. Albert Thomas invoquait « la force morale de l'Eglise catholique et son esprit de conciliation qui peuvent aider puissamment à l’œuvre de la justice et de la concorde internationale »1.

A l’action internationale déployée lors des pèlerinages se rattache une œuvre plus positive encore, à laquelle la Confédération française des professions a pris également une part prépondérante. Nous voulons parler des Conférences internationales des patrons catholiques. Quelques indications sont nécessaires pour situer les organisations existantes, dans les autres pays que la France.

1. A. Arnou, S.J., L'organisation internationale du travail et les catholiques, éditions Spes, Paris, 1933.

En Belgique, il existe une Fédération nationale des patrons catholiques. Constituée le 14 juin 1933, sous la présidence de M. G. Theunis, ministre d'Etat et ancien président du Conseil, elle groupe deux associations constituées précédemment. Ce sont l’Association des patrons et ingénieurs catholiques, dont le siège est à Bruxelles et quis’adresse au patronat d'expression française, et l’Association générale chrétienne des patrons (Landelijk Christelijk Verbond van Werkgevers) avec siège à Bruxelles et qui s'adresse au patronat d'expression flamande. L’une et l’autre poursuivent des buts identiques 1, chacune dans sa sphère, ce qui a facilité leur réunion en une fédération nationale. Dans les statuts de la première, nous lisons que l’Association a pour objet « de faire mieux connaître, dans les milieux patronaux, la conception catholique de la vie professionnelle et les enseignements pontificaux en matière sociale ; d’aider de toute manière les patrons catholiques à accomplir parfaitement, dans l’exercice de leur profession, tous leurs devoirs de justice et de charité ; de faciliter aux patrons catholiques la collaboration avec des patrons d’autres tendances pour le soin et la défense d'intérêts légitimes communs ; de contribuer à organiser la collaboration des classes et à assurer la paix sociale sur le terrain professionnel ; d’établir, en vue du bien commun, les meilleures méthodes pour l’organisation de la production et des échanges ; de provoquer la création d'œuvres inspirées par la conception catholique de la vie professionnelle et facilitant l’accomplissement de la mission sociale du chef d’entreprise ; de soutenir les

1. L'une et l’autre ont créé également des organismes spéciaux pour les jeunes patrons, lesquels collaborent avec les groupes similaires en

France.

œuvres de ce genre qui existent déjà ». L'Association d’expression flamande, bien que plus laconique dans ses statuts, se donne un but analogue : « L'Association à pour but d'appliquer les principes catholiques dans la vie publique, culturelle, morale, sociale et économique de ses membres et, ce faisant, de faire mettre en pratique ces principes pour toute la classe patronale ». Il n’y a rien de bien différent au programme d’action de la Confédération française des professions et l’on comprend que la collaboration ait pu s’établir rapidement entre les organisations des deux pays voisins. ï

C’est encore le même esprit qui anime l’Association générale des patrons catholiques des Pays-Bas (Algemeene R.K. Werkgeversvereeniging) dont le siège est à La Haye. Elle constitue avec l'Association chrétienne patronale (Christelijke Werkgeversvereeniging — Association des patrons de religion protestante) et avec l’Association des patrons néerlandais (Verbond van Nederlandsche Werkgevers — Association neutre), la section Pays-Bas de l'Organisation nationale des employeurs industriels. Dès sa fondation en 1915, l’A.R.K.W. est entrée en contact avec les syndicats professionnels ouvriers catholiques, instituant une commission permanente comme organe de conciliation en cas de conflits imminents relatifs au travail. En 1916, elle a accepté les termes d’un contrat collectif du travail. Après quelques flottements, les organisations patronale et ouvrière catholiques ont institué un « Conseil des délibérations des organisations centrales catholiques », qui a permis à une collaboration permanente de s'établir, laquelle s’est montrée particulièrement efficace dans le domaine des assurances sociales.

Enfin, nous citerons les organisations patronales d’Espagne, à Valence, Madrid et Barcelone dans l’ordre de leur création. Elles n’ont encore joué qu’un rôle peu important dans la vie économique et sociale de ce pays. De plus, pour mémoire, une organisation catholique du patronat allemand, qui a disparu en 1933, avec le parti politique auquel elle était rattachée. Il s’agit des « Handels-und Industrie-Beiräte der deutschen Zentrumspartei » (conseils commerciaux et industriels du parti du Centre) qui collaboraient au sein de ce parti avec l’organisation similaire des ouvriers catholiques.

Tel est l’échiquier modeste dont va disposer l’action internationale des patrons catholiques. L'idée est lancée par M. Zamanski au premier congrès, en mars 1930, de la Confédération française des professions. Puis l’Association flamande prend l'initiative, en convoquant pour les 4, 5 et 6 septembre 1930 à Anvers les associations d’Allemagne, de Belgique, d'Espagne, de France et des Pays- Bas. Dans une discussion serrée, mais toujours amicale, les opinions se confrontent en matière de création, ou non, d’un organisme permanent appelé à grouper les associations patronales catholiques existantes et à susciter la création d’autres, dans les pays où elles ont des possibilités raisonnables d’existence. En définitive, la solution est retenue de tenir des conférences internationales, une fois au moins par semestre et chaque fois dans un pays différent pour « y examiner en commun l'aspect catholique des problèmes économiques et sociaux et déterminer les solutions catholiques à préconiser ». Les associations représentées décident ensuite de procéder à un échange de leurs publications, de s’accorder mutuelle-

Henry 11

ment la réciprocité des avantages reconnus aux membres, d'insérer gracieusement dans leurs publications les demandes d'emploi ou de stage transmises par le secrétariat d’une autre association patronale catholique.

A la suite de négociations commencées le 25 novembre 1930 à l’occasion du troisième congrès triennal de l'Association néerlandaise, continuées par correspondance et prise de contact entre le secrétaire général de l'Organisation française et les dirigeants des autres associations, il est décidé de convoquer à Paris le 12 février 1931, un Comité d'initiative, sous la présidence du Dr. M.P.L. Steenberghe, président de l’Association néerlandaise et qui fut plus tard, ministre de l'Economie nationale. Le comité prend la détermination de donner un caractère permanent à ses délibérations sous le nom de «Comité permanent des Conférences internationales des associations patronales catholiques ». Des statuts sont élaborés. L'article 2 définit le programme d’action comme étant essentiellement de « servir de lien et d’entr'aide entre les associations patronales qui, d’après leurs statuts, poursuivent le triple but suivant : diffuser et faire prévaloir, dans la vie économique et sociale, les principes de la loi naturelle et chrétienne tels qu'ils sont contenus dans l’enseignement traditionnel de l'Eglise catholique ; poursuivre l'établissement de l’entente entre les patrons et les employés, sur la base de ces principes ; prendre à cœur les intérêts sociaux et professionnels de ses membres ». Par ailleurs, il est prévu que des conférences auront lieu, au moins une fois par an, dans le pays désigné par le comité. Elles seront tenues, autant que possible, à tour de rôle dans chacun des pays ayant une organisation affiliée, les séances étant présidées par un délégué d’une organisation de ce pays.

Les statuts sont définitivement adoptés à la réunion suivante, à Rome, le 12 mai 1931, à l’occasion du pêlerinage que nous avons relaté. Le Comité permanent est désigné, comprenant deux membres de chacune des cinq associations affiliées : celle d’Allemagne, les deux de Belgique, celle de France et celle des Pays-Bas. Un bureau est nommé, la durée des fonctions étant fixée à deux ans. . La présidence est confiée à M. Zamanski. Une des viceprésidences revient à l'Association allemande, l’autre à Association néerlandaise ; le secrétariat général va aux deux Associations belges, qui doivent se mettre d’accord pour désigner le titulaire.

Le fonctionnement des conférences fut pleinement assuré à la session convoquée les 17 et 18 octobre 1932 à La Haye. Elle réunit des représentants des cinq associations, chacune ayant envoyé une délégation nombreuse. L'ordre du jour avait été arrêté plusieurs mois à l’avance et comportait l'examen, d’une part, des causes et des répercussions de la crise économique, d’autre part, des relations entre patronat et salariat, questions déjà longuement débattues au sein de l’Association française. Deux résolutions furent adoptées. Nous en donnons le texte :

« I. Les Associations suivantes : pour l’Allemagne, Handels und Industrie-Beiraete der Deutschen Zentrumspartei ; pour la Belgique, Algemeen Christlijk Verbond van Werkgevers, Union d’Action sociale chrétienne ; pour la France, Confédération française des professions commerciales, industrielles et libérales ; pour les Pays-Bas : Algemeene R. K. Werkgeversvereeniging,

Adhérentes aux Conférences internationales des associations patronales catholiques, réunies dans leur troisième session à La Haye, les 17 et 18 octobre 1932, et auxquelles se sont fait représenter pour cette session les délégués des patrons catholiques d’Autriche et de Tchécoslovaquie ;

Après avoir pris connaissance de l’état actuel des relations entre les employeurs et les salariés dans chacun des pays représentés ;

Considérant, en outre, que les employeurs et les employés d’une même profession sont des associés de fait dont l'intérêt comme le devoir est de travailler au bien commun de la profes- SION ;

Estiment que l'attitude du patronat catholique doit être de favoriser tous les rapprochements et toutes les ententes qui peuvent rendre inutile le recours à la grève ou au lock-out ; que, dans ce but, le groupement en syndicats professionnels des salariés comme des employeurs est nécessaire, des rapports organisés ne se comprenant que si des représentants autorisés du capital et du travail peuvent entrer en contact; que le développement de ces relations nous amène en général à considérer le contrat collectif, conclu entre organisations qualifiées du patronat et du salariat, comme devenu le cadre normal de fixation des conditions générales du travail ;

Qu'il conduit ensuite logiquement à conférer aux rapports des patrons et des ouvriers un caractère de permanence et qu'à cet effet il est hautement désirable que se forment de plus en plus les Commissions mixtes, appelées également Comités paritaires, qui aient la préoccupation, en étudiant les causes possibles des conflits, de prévenir ceux-ci par des solutions narmonisant les intérêts des parties en cause ;

Recommandent pour y parvenir, dans chaque profession, aussi souvent que les circonstances l’exigeront, des réunions nationales ou provinciales, où soient étudiés en commun les moyens de pallier aux crises économiques et de préparer l’avenir de la profession, en examinant en commun toutes les questions qui intéressent la bonne organisation du travail.

La Conférence de La Haye a conscience, en énonçant ces principes et ces recommandations, d’être en concordance avec les hautes inspirations qui viennent chaque jour plus pressantes de la Chaire de Pierre »,

IT. Les associations (énumérées plus haut),

Emues des douloureuses conséquences que la crise économique entraîne dans l'existence des travailleurs,

Préoccupées notamment de l’avenir de la famille et de la race humaine, et des conséquences que peut avoir sur cet avenir emploi, dans certaines conditions, aux travaux industriels de la femme et de l’enfant,

Recommandent la ratification, par les Etats qui ne sont pas encore liés, des conventions internationales du travail, qui visent le travail de nuit des femmes, l’âge minimum d’admission et le travail de nuit des enfants ».

Comme le fit remarquer le délégué du Bureau international du Travail, qui avait été invité à cette réunion, pour la première fois un congrès international patronal avait adopté une résolution recommandant la ratification de conventions internationales du Travail. La session de La Haye marque donc une date importante tant dans Ja vie des associations patronales catholiques que dans celle de l’Organisation internationale du Travail.

La quatrième conférence a eu lieu à Paris les 17 et 18 novembre 1933. Les mandats du bureau du comité permanent étant venus à expiration, les désignations suivantes ont été faites : la présidence à M. Theunis, président de l’Association des patrons et ingénieurs catholiques de Belgique, ministre d'Etat ; la vice-présidence à M. J.-P. Spoorenberg (Pays-Bas) et le secrétariat général à M. Fourmond (France). Une résolution a été adoptée, demandant — dans le même esprit que les délibérations d'Angers de la C.F.P., en 1931 — la stabilité des monnaies. nationales, l'honnêteté des relations économiques de nature à rétablir et à maintenir, dans un esprit de vérité et de droiture, une commune et constante mesure de relations commerciales dans le monde.

Une deuxième résolution a trait au travail industriel de la femme mariée. Elle préconise, en conformité avec

Quadragesimo Anno, le paiement à l’ouvrier d’un salaire lui permettant de pourvoir à sa subsistance et à celle des siens, les caisses de compensation pour allocations familiales pouvant faciliter l’octroi de ce salaire familial indispensable, étant entendu également que ces caisses doivent, dans toute la mesure du possible, tenir compte dans leurs barêmes de la présence de la mère au foyer. En attendant que le salaire familial ainsi conçu soit généralisé, les patrons catholiques estiment qu’il y a lieu de favoriser l'artisanat, le travail à domicile, le travail à mi-temps, à condition que ce travail soit protégé, contrôlé, et sa rémunération équitable. Tout en demandant un effort personnel à la famille ouvrière pour qu’elle tire parti, avec savoir-faire et économie, des ressources du foyer, aidée par un enseignement ménager approprié, ils demandent que soient multipliées les institutions destinées à étayer le foyer, dues aux initiatives du patronat en général et du patronat catholique en particulier. Enfin la conférence déclare que « l’aide des conventions collectives, de la législation et des conventions internationales du travail doit venir soutenir l'unité, la stabilité, la sécurité du foyer, interdire rigoureusement à la femme les travaux contraires à son caractère et à sa fonction sociale, favoriser l’organisation professionnelle, encourager la création et le développement des institutions économiques populaires et rétablir au profit des familles l'égalité fiscale en les dégrevant sous diverses formes des lourds impôts de consommation qui les frappent, en proportion même. de leur développement».

Cette résolution avait fait l’objet d’études particulièrement approfondies de la Confédération française des professions. On sait que le mouvement des allocations

familiales est originaire des milieux catholiques français, l’initiateur étant M. E. Romanet, industriel à Grenoble et l’un des premiers vice-présidents de la C.F.P. Depuis, ce mouvement a été consacré par la loi du 11 mars 1932 précédée de la loi belge du 4 août 1930. En Italie, un accord, intervenu le 11 octobre 1934 entre la Confédération fasciste des ouvriers de l’industrie et la Confédération des industriels, ayant pour but la réduction à 40 heures par semaine de la durée du travail, a introduit le système des allocations familiales. Cet accord est devenu permanent par décision du Grand Conseil fasciste, le 16 février 1935. A la fin de 1934, un avant-projet de loi tendant à instituer un régime légal d'allocations familiales, dans l’industrie, a été soumis par le ministre des Affaires sociales néerlandais au Conseil supérieur des Pays-Bas pour étude et avis. Mais la résolution de la conférence de Paris va plus loin que la simple introduction des allocations familiales. C’est une nouvelle étape qu’elle préconise 1.

En 1935, la session des conférences internationales des patrons catholiques s’est tenue le 29 juin à Bruxelles au cours des journées sociales organisées les 29 et 30 par la Fédération nationale des patrons catholiques de Belgique. Elle s’est bornée à entendre des rapports sur l’activité des associations affiliées.

La session de 1936 a marqué une reprise sensible de l’activité des conférences. Réunie le 20 mai à Paris, sous la présidence de M. Theunis, elle a procédé à l’élabo-

1. Cet appel a déjà été entendu. Ainsi, à Roubaix, un groupement d’industriels s’est formé sous le nom de « La mère au foyer ». Il accorde à la mère, non salariée, une subvention spéciale qui s’ajoute aux allocations légales et qui va de 1 fr. à 10 fr. par jour (Le Journal, 16 avril 1936).

ration d’un programme de représentation à certaines grandes réunions internationales, telles que la Conférence internationale du service social, en juillet suivant à Londres. Elle a arrêté une liste de travaux et enquêtes à entreprendre. En 1937, la session aura lieu aux Pays-Bas, avec à son ordre du jour l’étude des services sociaux patronaux et celle de l’organisation professionnelle, ou l’une ou l’autre seulement de ces deux questions. II appartiendra au bureau du Comité d'opérer la sélection éventuelle, Ce bureau a été renouvelé pour la période 1936-1938, la présidence étant confiée à M. Spoorenberg, de l’Association néerlandaise, la vice-présidence à M. Bekaert pour la fédération des deux associations belges. Le secrétariat général a été maintenu à la Confédération française des professions.

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