OBSERVATION XI
Nystagmus avec hypermétropie et astigmatisme. — Strabisme convergent alternant, œil droit plus dévié. (Communiquée par M. Javal.)
Ducos (Ernest) m’est envoyé par le D r Wecker, le 14 janvier 18é9. Chez ce malade, âgé de 16 ans, la nystagmus est compliqué d’un strabisme convergent alternant; l’œil droit est le plus habituellement dévié. Les deux yeux -présentent une hypermétropie totale H et un astigmatisme inférieur à 1(48. Au premier abord, les saccades ne paraissent pas bien tranchées ; il y a plutôt oscillation, et ce qui tendrait-à faire attribuer au nystagmus une cause centrale, c’est que dans diverses parties du corps, on remarque des secousses musculaires. Notamment les tendons des extenseurs des doigts se dessinent par moments très-courts avec une grande netteté lorsque les mains reposent sur les genou*.
Sur leS deux yeux on ; remarque une mobilité exagérée en dedans et une insuffisance du muscle droit externe se manifestant par des saccades dans les positions qui exigent une forte contraction de ce muscle.
-. , de n0UV eau le 20 janvier, le malade reçoit une coquille EX pMcée destinée à être portée d’une manière continuelle sur l’œil
droit-
i l’on vient à découvrir l’œil droit et à couvrir le
Le 28 j» nv ’®’ s S ' raissent saulerj ce qui s'explique très-bien puis- ®““V ’vL Jn'ètent pas généralement employé pour la fixation, les ^ s” St mil ne sonlpas compensées par l'habitude, lors de la Zcëption laite par cet œil. Un autre phénomène remarquable, et qui fdft dérouter la plupart des observateurs qu, ont étudie le nystag- 1“ se présente nettement chez notre malade. Lorsqu il a fait usage de l'un de ses yeux pendant quelque temps, si l’on vient à couvrir , 1 là on xoil l’autre exécuter des saccades dans le sens de celles au' exécutait son congénère; ainsi après,avoir fait regarder l’œil droit fortement à droite, ce qui s’accompagne de saccades vers la droite, si l’eu couvre l’œil droit, on voit le gauche animé de mouvements saccadés dirigés vers la droite. C’est évidemment là un effet d’habitude passager; il suffit en effet de faire porter le regard vers la gauche.
Le 7 février, sous l’influence du chloroforme (1), l’anesthésie étant poussée un peu au delà de la période d’excitation, le nystagmus cesse complètement. Les yeux conservent une position légèrement convergente et se dirigent en bas au contraire de ce qui a lieu généralement lors de l’anesthésie. Au réveil, le nystagmus est faible et ne reparaît avec son intensité première que lorsqu’un réveil complet permet la fixation suivante.
Pour compléter les renseignements, ajoutons que la plupart des frères de notre malade sont morts scrofuleux et que le frère aîné présente un peu de tremblement de la tête et des mains.
D’après tout ce qui précède, sans pouvoir nier une influence générale, que nous qualifierons de nerveuse, il faut attribuer en grande partie à une insuffisance des droits internes le nystagmus de notre malade. La ténotomie est indiquée pour plusieurs motifs :
4° Strabisme. — 2° Insuffisance des muscles droits externes. — 3° Incompatibilité du nystagmus saccadé et de la vision binoculaire.
Ce troisième motif, le pins sérieux de tous, repose sur l’étude des saccades, étude qui n’avait encore jamais été faite'. Il est pourtant évident que, dans notre cas,' l’œil droit donnant des saccades vers la droite , et l’œil gauche des saccades vers la gauche, lorsqu’ils fonction-
(4) Le chloroforme a. été administré par M. le professeur Gosselin à l’hôpital de la Charité.
nent isolément, et chacun de ces yeux donnant au contraire des sac cades de meme sens que son congénère, lorsque ce dernier fonctionne seul, le rétablissement de la vision binoculaire sera incompatible avec la persistance des saccades, car les deux yeux fixant en même temps, chaque œil devrait donner des saccades externes par lui-même et des saccades internes par association avec les saccades de son congénère ; il devra donc se produire une certaine compensation et une grande diminution du nystagmus.
La ténotomie du droit interne de 1 œil droit, executee le 42 février par le D r Wecker, avec anesthésie par l’éther, produisit le résultat désiré. Ajoutons que, pendant 1 anesthésie, on put remarquer les mêmes phénomènes que le 7 février sous 1 influence du chloroforme.
Comme traitement consécutif, le malade dut faire quelques exercices, destinés à confirmer le rétablissement de la vision binoculaire.
Le 4 mars, le nystagmus était réduit à un faible balancement, bien différent de l’agitation permanente que les yeux de ce malade présentaient deux mois auparavant.