OBSERVATION XX
Nystagmus avec myopie et strabisme. (Boehm, l re obs., p. 122.)
Eugène W., âgé de 12 ans, fils d’un médecin de l’endroit, était affecté au plus haut point de strabisme et de tremblement oculaire. Je considérai cette double maladie comme congénitale, car un frère aîné du patient, mort dans sa dixième année, en avait été affecté, et que trois enfants des mêmes parents y semblaient tout au moins prédisposés, étant myopes et surtout présentant une inégalité marquée dans la puissance visuelle de leurs yeux droits et gauches. — La myopie venait de la mère et n’avait pas été reconnue chez elle, comme cela arrive souvent, à cause de son faible degré.— Mais mes essais répétés avec des verres concaves (avec le n° 40 elle lisait des affiches de l’autre côté de la rue, ce qu’elle ne pouvait faire sans cela), m’en donnèrent la certitude.
L’attention et les soins des parents furent cause que le mal fut
. hnnne heure. Au commencement survint une déviation en reconnuide‘ ^enfant inclinait volontiers la tête et s’efforcait
f danS a rder obliquement par-dessus son nez les objets avec son œil T ‘Me meilleur ainsi qu’il futétabliplus tard; mais dès la première d ' ut se convaincre que, comme chez son frère aîné, on aurait anneeonp^ trem blement oculaire ; cela était manifeste
^and on le forçait de regarder des objets qu’on lui présentait juste Il face de lui ou sur son côté droit même.
Éicit actuel. — Eugène W. louchait visiblement de l’œil droit en dedans * c’était le meilleur des deux yeux, et, dès qu’il quittait la osition 'forcée que lui donnait la contracture du droit interne il pouvait lire à une distance de 12 pouces. Au contraire il lisait de mdns en moins facilement lorsqu’on ramenait le livre directement en face de l’œil droit, et la faculté de lire cessait même pour les distances les plus rapprochées quand l’objet était présenté en dehors. Les verres concaves n« 40 portaient sa distance visuelle à 1 pied 10 pouces dans la direction interne ; len° 20 servait même à merveille pour des distances plus éloignées ; — l’œil était complètement myope.
L’œil gauche, que sa position sur la ligne médiane semblait indiquer comme meilleur, ne lisait pas l’écriture ordinaire, et ne le pouvait même avec les verres les plus forts. Il était myope à un assez haut
En outre un petit objet placé à 3 pouces de l’œil dans la partie gauche du cercle correspondant au visage et à point au delà du point de convergence des deux axes visuels pouvait être vu clairement et sans velléité de nystagmus, tandis qu’un objet bien que placé à ce point de convergence et à 3 pouces du visage ne pouvait être perçu qu’après un vif tremblement, le muscle droit interne forcé de céder de son état de contraction se rétractant rarement et forçant l’œil d’osciller, en proie au nystagmus le plus violent.
De même l’objet en quelque direction qu’il fût placé ne pouvait être éloigné à plus de 3 pouces sans qu’on vit apparaître le nystagmus, car l’effort d’accommodation pour des points plus éloignés nécessitait une extension correspondante du muscle droit interne.
Première opération. — Pour triompher du trouble mécanique des mouvements de l’œil dont le nystagmus était la convergence, il fallut d abord sectionner le muscle droit interne; on le fit le 2 novembre 1833. Cette opération fut suivie d’un plein succès, car :
1° La vivacité du tremblement fut diminuée de moitié au moins
18C9. — Gadaud.
2° Pour lire, le malade pouvait tenir son livre comme on le fait généralement et non plus seulement sur le côté gauche;
° 3° Il pouvaitlireà4 pouces, distance qui représentait le point de convergence des axes ;
4° L’œil droit qui n’était plus fixé par le droit interne pouvait regarder en dehors librement et sans trembler;
5° Au contraire,c’était du côté gauche que l’action de regarder était possible et s’accompagnait d’un nystagmus bien que modéré.
Ce dernier résultat s’étant maintenu plus d’un an, il fut évident que le droit interne du côté gauche étant affecté lui aussi d’un certain degré de contracture qui se faisait d'autant plus sentir que, dans le mouvement des yeux vers la gauche, le droit externe gauche ne trouvait pas de secours suffisants dans l’action du droit interne du côté droit qui avait été coupé.
Deuxième opération .— Le 21 avril 1854, je coupai donc le tendon du droit interne de l’œil gauche et j’eus la joie d’anéantir ainsi tout vestige de la maladie.— W. eut une liberté entière pour les mouvements associés de latéralité des deux yeux et put étendre jusqu’à une distance de2 pieds ses efforts d’accommodation. Toutefois les contractions des muscles internes restèrent un peu insuffisantes, et il demeura un fort léger tremblement ainsi qu’un peu trop de convergence de-s axes optiques pour les points fort éloignés, comme on le remarque chez tous les myopes. — La myopie de l’œil gauche avait un peu diminué, et quand je terminai cet ouvrage l’œil droit pouvait lire les caractères ordinaires.