‹ Étude sur le nystagmusChapitre 4 sur 57 · DÉFINITION. — HISTORIQUE. — DIVISION DU SUJET · texte numérisé non relu

DÉFINITION. — HISTORIQUE. — DIVISION DU SUJET

Le mot Nystagmus (en grec vucTocyp', de veucr<&o, je m’mcline(l)) désigne le tremblement involontaire des yeux dans les cavités orbitaires avec ou sans tremblement correspondant des paupières. Les auteurs lui donnent pour synonymes les noms suivants : tremblement, tremblotement oculaire, balancement, tremulus de l’œil, saccades, oscillations, secousses des yeux.

Il est assez difficile d’indiquer exactement l’époque à laquelle cette expression a fait son entrée dans la science. C était probablement au temps où le chapitre des maladies des yeux n’était qu’une liste fastidieuse d’affections à noms bizarres, hérissée de grec et bourrée de latin. Les livres modernes, ceux du moins qui ont été écrits il y a vingt ans, signalent le tremblement des yeux comme une complication de l’albinisme, des cataractes congénitales et de quelques amauroses chez les enfants; les plus récemment publiés en France et à l’étranger lui consacrent à peine quelques lignes. C’est pourquoi 1 historique de cette question n’est pas long à donner et nous sommes dispensé par là même de bâtir une de ces fastueuses bibliographies si fort à la mode de nos jours. Nous indiquerons donc

(1) Mackenzie, Traité pratique des maladies de l’oeil. 4 e édit. Trad. de Warlomont et Testelin, t. I, p. 576.

seulement, dans le courant de ce. travail, les quelques auteurs que nous avons eu à consulter et dont les citations peuvent être garanties quant à l’exactitude, car nous avons toujours eu le soin de les vérifier par nous-même très-scrupuleusement.

Si l’on rassemble les passages rudimentaires de nos livres classiques, quelques pages écrites en France par Philips et Bonnet de Lyon, les observations en petit nombre éparses dans les différents recueils périodiques, une discussion de la Société de chirurgie à laquelle ont pris part MM. Darrey, Gosselin, Denoir, Boinet, etc., enfin les deux ou trois mémoires que nous allons signaler, on voit que la somme de connaissances actuelles sur le Nystagmus est singulièrement limitée.

Le bilan de la question n’est pas long à établir. Avant le livre de M. Boehm, de Berlin (1), le nystagmus était complètement inconnu.

Cependant, dès 185o, le D T Schauenburg (2) en avait fait un trouble de l’innervation. C’était pour lui une hyperkinénie des nerfs moteurs du globe oculaire se traduisant par des convulsions cloniques des muscles auxquels ils se rendent : les muscles droits internes et externes déterminaient primitivement des mouvements, lesquels en faisaient naître d’autres par suite de la contraction consécutive du muscle grand-oblique. Mais il n’appuyait son opinion sur aucune preuve, et il ne fit pas faire un pas à la question.

Elle n’a commencé à être étudiée sérieusement que lorsque a paru le travail du professeur Boehm.

Cet auteur, en 1859, assimile le nystagmus au strabisme. Il en attribue la cause au trouble fonctionnel d’un seul muscle oculaire, de l’interne surtout, dans l’œil qui a la plus grande puissance visuelle. Ce n’est pas une crampe, dit-il, qui produit les mouvements désordonnés de l’œil. Un des muscles est rigide et inextensible. Lorsqu’il devrait céder à la contraction de

(1) Der Nystagmus und dessen Ileilung. Berlin, 1857.

(2) Systematische Uebersicht der Nervenkrankheiten des Auges. Von Dr Schauenburg. (Deutsche Klin. 20, 1855.)

ntaeoniste, il lai résiste, et le mouvement communiqué à r” Uu lieu d’être uniforme et calme, est composé d’oscillaproduites par la lutte entre les deux muscles. Ou bien, au traire le muscle malade a une faiblesse originelle et une ““ion à se laisser distendre. Dès qu’il veut entrer en contraction il ne peut l’emporter sur son antagoniste par un seul effort il faut qu’il s’y reprenne à plusieurs fois au moyen d’une série de petites contractions successives et rapides. De la deux formes de nystagmus que Boehm désigne sous le nom de nystagmus tonique et de nystagmus atonique.

Il admet dans ces deux classes plusieurs variétés, chacune d’elles se subdivisant à son tour en sous-variétés, suivant les muscles qui sont malades.

Passant ensuite à l’étude de l’étiologie, l’auteur allemand reconnaît au nystagmus trois ordres de causes :

1° Ou bien cette maladie est le résultat d’une inflammation oculaire survenant dans les premiers temps de la vie, c’estle nystagmus acquis ;

2° Ou bien elle est héréditaire ;

3° Ou bien, quoique les parents en fussent exempts, ils ont transmis à leurs enfants des conditions suflisantes pour qu ils devinssent nystagmiques.

Enfin la question du traitement est également abordée dans ce livre, et la comparaison que l’auteur fait du nystagmus avec le strabisme lui inspire l’idée d’un traitement orthopédique par les exercices de la vue et les verres appropriés, et d un traitement chirurgical par la ténotomie.

L’opinion de Boehm n’est pas à l’abri de la critique et elle n’a pas tardé à être vivement attaquée. En 1859, le D T Nakouz (1) se fondant sur l’observation de vingt-six cas étudiés par lui à la clinique du professeur Ruete se refuse à voir la cause du nystagmus dans le défaut d’extensibilité ou dans la

(1) Ueber den Nystagmus, von D r G. Nakonz (Archiv für Ophtalmologie, 1859, Y. p. 37.

trop grande faiblesse d’un ou plusieurs des muscles de l’œil. \\ envisage cette maladie comme une névrose analogue à la chorée, à la paralysis agitans, au tremblement.

Plus tard, en 1881, un médecin belge, Decondé (1), mort tout récemment, est également porté à croire que le nystagmus est une affection d’origine nerveuse, quelquefois liée à des lésions graves de l’œil, survenues pendant la vie fœtale ou dans la première enfance. Se fondant sur les expériences faites par Bonnet de Lyon pour établir l’action des muscles de l’œil, expériences répétées par lui très-incomplètement d’ailleurs, il prétend que le nystagmus monoculaire est dû aux contractions spasmodiques du muscle oblique supérieur ou grand oblique, et qu’il faut, pour produire le nystagmus bioculaire, que l’intervention du petit oblique vienne s’ajouter à l’action de son antagoniste. Trois genres de troubles dans l’action musculaire peuvent être attribués d’après lui aux obliques de l’œil :

1° Le raccourcissement amenant la déviation permanente oblique en dehors de l’œil ;

2° La convulsion tonique accompagnée d’un résultat semblable et dont la durée est subordonnée à celle de la contracture;

3° La convulsion clonique, le spasme qu’il désigne sous le nom de balancement oculaire.

La même année, Stelwag von Carion (2) fait remarquer la liaison qu’il y a entre le nystagmus et les troubles de la réfraction. Le tremblement des yeux apparait, dit-il, à la suite des efforts que font les malades pour fixer les objets, de la même manière que le strabisme avec lequel il coïncide si souvent. Il y a donc entre les troubles de la réfraction et le nystagmus une relation de cause à effet.

(1) Deconde Archiv. belges de médecine militaire, 1861, t. XXVII, et • dans les Annales d’oculistique, 1861.

‘M 0 K„geL rbUCh der practisch6n Augeaheilkunde;

Dne opinion qui se rapproche un peu de la précédente, est lie d’Arlt (1). Cet auteur assure que le nystagmus « existe “ * l’intérêt de la vue; » qu’il n’est autre chose qu’une série anS et i,s mouvements réflexes, plaçant et replaçant très-rapide- 6 nt le même point d’une rétine peu sensible sous l’influence des mêmes excitations, la cause réelle dunystagmus siège dans «l’empêchement de fonctionnement » de la rétine.

Enfin le D' Kugel de Bucharest (2), dans les Archives <f ophthalmologie en 1866, et plus tard dans un mémoire français inséré dans les Annales <f oculistique, range les causes du nystagmus en trois catégories.

Dans la première, le tremblement oculaire dépend de ce que la fixation centrale n’est guère possible, par suite d’un défaut d’éducation, d’où primitivement les oscillations de l’œil qui amènent à la longue des altérations dans l’action musculaire.

Dans la deuxième, c’est un défaut de sensibilité de la rétine qui provoque le tremblement.

Enfin, la troisième comprend les cas beaucoup plus rares, suivant l’auteur, dans lesquels il y a faiblesse congénitale des muscles externes avec faiblesse de l’accommodation.

Ajoutons pour terminer ce court aperçu historique que M. Javal (3) a signalé dès 1867 la coïncidence fréquente du nystagmus avec l’astigmatisme, et qu’il a trouvé dans tous les cas qu’il a pu étudier, cet astigmatisme fort et conforme à la règle.

Or, aucune de ces interprétations ne nous parait acceptable.

Sans parler de cette action réflexe qui partirait de la rétine

(1) Ârlt, die Krankheiten des Auges, Prag, 1863, cité par M. Kugel.

(2) Léopold Kugel von Bucharest, Archiv für Ophthalmologie, 1866. XII, p. 66.

Léopold Kugel, de Bucharest. Sur le Nystagmus, Annales d'oculistique, 1868, t. IX, p. 209*

(3) Juval, chapit. astigmatisme, p. 834, dans Wecker. Traité es lûalad. des yeux. Paris, t. II.

pour aller déterminer des mouvements de l’œil dans l’intérêt de la vue, sans parler de cette hypothèse dépourvue de preuves suffisantes, nous rejetons d’emblée le nystagmus tonique et atonique de Boehm. Il n’y a jamais défaut de tonicité, il n’y a pas de muscle paralysé dans le nystagmus; car il en résulterait, s’il en était ainsi, une déviation permanente ou périodique, mais non un tremblement de l’œil. Le premier effet de la paralysie ou seulement de Y impotence d un muscle, n’est-il pas d’amener une plus grande action de son antagoniste qui l’emporte immédiatement sur lui et se rétracte consécutivement pour maintenir le levier dans une position vicieuse? Or le strabisme n’est pas chose constante dans les cas dont il s’agit, et son mécanisme est bien différent de celui du nystagmus. Ce dernier n’est jamais produit par une paralysie, il est donc toujours tonique.

Ni les anomalies de réfraction, ni les lésions du fond de l’œil ne sont des causes de nystagmus, rien, du moins, n’autorise à l’admettre. Si presque toujours ces désordres l’accompagnent, c’est qu’alors le nystagmus et eux reconnaissent la même origine.

Quant à l’insuffisance musculaire, il faudrait s’entendre sur ce mot. Nous pensons, en effet, qu’il existe souvent, sauf les cas incontestables de nystagmus nerveux, de l’insuffisance des muscles de l’œil. Mais si elle joue un rôle dans le mécanisme de la maladie, elle ne peut servir à l’explication.

Nous ne pouvons donc prendre comme point de départ de ce travail aucune des classes arbitrairement imposées par les auteurs aux différentes espèces de nystagmus. L’étude attentive des cas que nous avons vus et des observations que nous avons trouvées dans la science, nous a inspiré une manière de voir toute différente.

Quelle sera la base de notre classification? Voici celle que nous croyons la meilleure et qui nous parait devoir être adoptée :

Ou bien le nystagmus dépend d’une lésion dans les centres

. Bien il est produit par une maladie des muscles de l’œil. De là pour nous deux grandes divisions à établir et qui dominent le plan tout entier de ce travail : nystagmus symptomatique, et nystagmus proprement dit, simple ou idiopa-

^Xns la première division, nous verrons que les lésions des centres nerveux ont leur siège dans le cerveau proprement dit,

danslemésencépbale et le bulbe rachidien. Elles peuvent être

traumatiques ou spontanées, telles que ramollissement, hémorrhagie, productions syphilitiques ou autres; on les rencontre chez les enfants et chez les adultes. Il nous a semblé résulter de nos recherches que plus la lésion se rapprochait du mésencéphale, plus le nystagmus était durable et permanent. Tout cela sera l’objet de la première partie de notre thèse.

Dans la seconde partie, nous trouverons tout de suite deux grandes classes à établir, selon que le nystagmus est congénital ou acquis. Le mot congénital n’est pas le moins du monde synonyme d'héréditaire. La transmission directe du nystagmus des pères et mères à leurs enfants est douteuse. Nous entendons avec Boehm, que les parents bien qu’exempts de la maladie, lèguent à leurs descendants toutes les conditions suffisantes pour qu'ils deviennent nystagmiques. Nous ne voulons pas dire non plus que cette affection apparait au moment de la naissance ; car on ne l’observe guère avant le deuxième mois de la vie, mais il se produit en vertu d’une disposition congénitale, ce qui le distingue essentiellement du suivant.

En effet, le nystagmus acquis survient dans un œil qui peut ne pas être fait pour le recevoir, et sous l’influence d’une cause extérieure. 11 est le plus ordinairement occasionné soit par un traumatisme, soit par une inflammation de certaines parties du globe de l’œil étendue aux muscles et ayant déterminé dans les organes des changements anatomiques.

Le tableau suivant est destiné à rendre compte du plan que nous nous proposons de développer.

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e i-^nense d’insister davantage sur le pro- Ce ‘"'Tue nous avons à remplir. Nous tâcherons de donner g ntomatologie du nystagmus tirée, en grande partie, de

nos observions, et complétée à l’aide d’autres signes fournis

pactes auteurs. ^ quelques considérations surl’é-

nystagmus, sur son diagnostic et sur son traite-

“ eni . t âe nénétrer au cœur de notre sujet, nouste-

direquel précieux concours nous a prêté M. le D'Javal,

"Tl nous communiquant des observations inédites, soit en

soit en nous““pilier avec lui ses malades. Bien que nous nouspermetta pour remercier notre savant

n’ayons ^ “ “J ’^JLment l’occasion de lui ren-

R^a toujours fait lui-même un trop intelligent usage de la cr -

tique scientifique, pour voir dans cette

qu’un témoignage de grande estime pour ses’

temps qu’une preuve du désir sincère que nous avons d

à la vérité.

Nous tenons aussi à adresser des

camarade et ami dévoue Paul er8er ’ a ,, emande u 0 ns a singulièrement

connaissance approfondie de la s oug av0 ns eu à con-

facilité la lecture des prinrapaux ouvrj R o ux ,qui a bien voulu nous miter, ainsi qu’à notre vieil ami, M. bmue noua, q traduire les observations anglaises.

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