OBSERVATION XLI
Bœhm (12* observ., p, 159.)
Dans l’hiver de 1864, M. S..., commerçant, s’adressa à moi ; depuis quelques jours il sentait comme une pression exercée sur son œil gauche, et éprouvait des vertiges quand il tournait ses regards vers la gauche.
L’examen physique démontra, en effet, que cet œil restait en retard sur l’autre dans la rotation en dehors, ce qui était cause d un strabisme convergent. Âu contraire, les mouvements vers la droite étaient irréprochables pour les deux yeux.
Ces signes pouvaient dépendre, soit d’une paralysie du droit exterue, soit de la roideur du droit interne gauche. Un trouble manifeste dans les mouvements d’adaptation décidait la question dans ce dernier sens. On écartait un objet situé directement en avant du malade et près de lui, jusqu’à une distance d’un pied, en le lui faisant fixer, pour tous les points plus éloignés on voyait apparaître un strabisme convergent.
Dans ce temps le malade n’avait pas de diplopie, mais le vertige qu’il éprouvait lorsqu'il regardait à gauche me parut n être pas autre chose que la sensation produite par une seconde image assez peu prononcée pour n’être pas perçue isolément. La méthode que j emploie pour découvrir la diplopie ehez les strabistes, où elle ne s est pas encore révélée, fit, dès que j’eus mis deux verres de couleur différente
sur les deux yeux, apparaître aussitôt la seconde image. J’ eU s donc l'explication objective de trouble subjectif consistant en vertiges. Bientôt le malade put voir les deux images sans l’aide de verres de couleur ; puis il ne put même plus échapper à ce phénomène.
Ce qu’il y avait de fort curieux dans ce cas, survenu à la suite d’un refroidissement, c’était surtout le tremblement oculaire violent qui se développait constamment quand apparaissait le strabisme. Avant même d’avoir constaté de fait la connexion intime qui liait ensemble ces deux phénomènes je ne pouvais en douter. Dès sa jeunesse G... avait l’œil gauche plus fort que le droit. Si l’affection musculaire avait atteint l’œil le plus faible, alors le strabisme aurait été la seule conséquence à observer. Mais l’œil gauche, le meilleur des deux ayant été atteint, le nystagmus était apparu suivant la règle qui préside à son développement.
Les moyens antirhumatismaux furent employés sans succès mais au bout de trois mois l’affection commença à rétrocéder, et disparut en peu de jours sans laisser de traces.