CHAPITRE XLII
SYMPTOMATOLOGIE.
§ i. — Age des malades.
Tous les auteurs s’accordent à dire qu’aucun fait bien établi ne montre le nystagmus héréditaire, et nous croyons avec eux le cas tout à fait exceptionnel. On voit, en effet, bien souvent plusieurs membres d’une même famille, plusieurs frères atteints de tremblement des yeux ; mais je ne connais qu’un seul exemple à donner comme preuve de la transmission de cette maladie des parents à leurs rejetons. Bœhm raconte qu’étant un jour allé visiter une famille, il fut frappé de l’aspect singulier qu’offraient la mère et les enfants. A l’arrivée du médecin, ils furent tous pris d oscillations de la tête. Puis, quand ils l’eurent considéré un moment, leur curiosité étant satisfaite, les oscillations dispa-
rurent et Bœhm s’aperçut que toutes ces personnes avaient du
nî T magmas congénital ne se montre pas à la naissance > comme"on pourrait le supposer; il ne se développe que plus tard mais les malades naissent avec les yeux construits de telle sorte’ que le balancement oculaire a la plus grande tendance à se produire. La même chose se passe pour la hernie congénitale. Celle-ci n’existe point au moment même de la naissance, mais sa formation est provoquée plus tard par la disposition anormale qu’a présentée alors le canal inguinal et qui persiste pendant la vie.
Ouant au nystagmus acquis, c’est également une maladie de l’enfance, bien qu’il survienne un peu plus tard que le précédent.
L’âge moyen des malades pour le nystagmus congénital, d’après nos observations, est 14 ans ; celui de 1 acquis, 19. Ces faits concordent avec ceux du D r Nakong, qui a principalement observé le nystagmus sur des sujets de 10 à 20 ans. Quoi qu’il en soit, si exceptionnellement quelques-uns de ces malades ont pu être âgés de 26, 32 et 44 ans, jamais le début de la maladie n a dépassé la quatrième année, et on l’a vue commencer une fois au deuxième mois de la vie.
§ 2. — Aspect des malades.
Le nystagmus n’est pas une affection difficile à reconnaître. 11 suffit de jeter les yeux sur un malade qui en est atteint, pour voir ses globes oculaires animés de mouvements rapides et saccadés. Mais à cela près se bornent les notions fournies par les descriptions des auteurs. Cependant, un examen attentif apprend bien vite qu’outre les phénomènes dont les yeux sont le théâtre, les malades présentent un aspect spécial, ont un habitus particulier, sur lequel nous avons à dire quelques mots.
Généralement les jeunes malades (le sexe est indifférent) ont 1369. — Gadaud. **
les cheveux blonds ou châtain-clair. Leur teint est d’un blanc mat ou légèrement rosé. Ils ont souvent le front bas'et étroit l e nez gros et les lèvres épaisses, et ils offrent tous les attributs d’une constitution scrofuleuse, dont on peut retrouver les traces en les interrogeant sur leurs antécédants et ceux de leur famille Un certain degré de chlorose vient s’y ajouter ; presque tous ont eu dans leur enfance des maladies diverses, surtout dans l’appareil de la vision. Il m’a semblé que l’intelligence de ces malades était, en général, très-bornée, et j’ai encore présent à l’esprit un enfant atteint d’une cataracte congénitale et d’un nystagmus très-intense que j’ai observé à l’hôpital Lariboisière il y a quatre ans. Je n’ai malheureusement pris aucune note sur lui, mais son état intellectuel, voisin du crétinisme, m’avait particulièrement frappé.
11 n’est pas rare de voir certains malades animés de mouvements choréiques partiels dans la tète et dans les membres; leurs muscles, surtout les extenseurs, et les orbiculaires des paupières sont le siège de contractions rapides, irrégulières, et revenant à des intervalles plus ou moins éloignés. C’est même la règle pour les nystagmus d’origine nerveuse.
Chez presque tous on remarque des mouvements particuliers de la tête. Ces oscillations ne coïncident pas toujours avec des mouvements oculaires d’une très-grande intensité.
Au contraire, une sorte d’antagonisme s’établit d’ordinaire entre eux. Chez les malades de Bœhm, dant nous venons de parler, le nystagmus était moins intense pendant que les oscillations de la tête allaient leur train, et pareille chose arriva, nous l’avons constaté à plusieurs reprises chez le jeune Nicot
(obs. 19). Mais quelquefois aussi, sous l’influence d’une émotion
morale un peu vive, les mouvements de la tète et ceux des globes oculaires augmentent simultanément.
Les yeux sont d’une couleur généralement en rapport avec celle des cheveux. Nakong a trouvé des iris bleus 12 fois, 8 fois des iris gris et 1 fois seulement bruns. Bœhm fait aussi remar-
Ven la couleur g ris - bleu de? yeux est fré î uente ’ et quer com 1 pu i a constater dans presque tons les cas. Cela
nous . m eme „ ? d ; gme ntation, une sorte d’albinisme qui
peut voir des “^“ces
Ses de lacornée succédantes ophthalmies des nouveau-nés, staphylômes, épicanthus, absence de lins, cataractes conge-
“ Enfin il Y a souvent une déviation, un strabisme convergent ou divergent. Le strabisme divergent est rare; mars le strabisme convergent est peut-être le phénomène concomitant le plus frequent. Tantôt il est monoculaire, tantôt bilatéral permanent ou
^Tout œla donne à la physionomie du nystagmique un cachet particulier et modifie aussi profondément son attitude. Lar, outre les oscillations de la tète, le malade ne pouvant jouir du bénéfice de la vision binoculaire, comme nous le montrerons plus loin, un des yeux est souvent privé de participation U acte visuel. L’œil sain tend donc à se mettre le plus commo emen dans Taxe le plus favorable à la vision distincte. 11 converge, mais cet effort continuel le gène. Alors, peu à peu, fa tête se tourne et s’incline légèrement pour laisser 1 œil dans sa position normale, et cette attitude devient habituelle. ^
C’est là une des particularités les plus saillantes dans 1 examen général du malade. On pourra juger de la fréquence troubles que nous venons de signaler en parcourant le ta îeau donné plus loin. Étudions, maitenant les mouvements qui se passent dans l’œil même.
§ III. — Mouvements de l'œil.
Désordonnés en apparence, ces mouvements se font eepen dant dans des sens qu’il est possible de déterminer.
Les uns, très-limités, très-restreints, semblent se passer autour de l’axe antéro-postérieur du bulbe oculaire, sans qu’il y ait déplacement de cet organe. Les autres consistent évidemment dans un continuel va-et-vient de la cornée le long du diamètre horizontal ou vertical de l’œil. M. Javal appelle les premiers oscillations et les seconds saccades.
Oscillations. — Ce sont de petits mouvements brusques et rhythmiques, constitués par une sorte de torsion de l’œil autour de son axe antéro-postérieur. Voyez certains nystagmiques et considérez attentivement les fibres radiées de l’iris sur un des yeux. L’extrémité des rayons se déplace à chaque instant trèsvite, puis revient brusquement à son point de départ en décrivant un segment de cercle peu étendu autour du centre de la pupille. Le mot de tremblement ne conviendrait pas du tout appliqué à ces mouvements comme à ceux qui se passent dans liris après la luxation du cristallin, par exemple. Je ne puis mieux les comparer qu’à ceux d’un ressort de montre dont la détente brusque et rhythmique nous en donne une excellente idée.
Cette comparaison nous était venue spontanément à l’esprit, avant que le travail de M. Philips nous fût tombé entre les mains. Nous sommes heureux de la retrouver textuellement dans le Traité de la ténotomie sous-cutanée, page 135. Cet accord tout à fait imprévu montre combien elle est juste.
Quelquefois cependant, les oscillations ont une plus grande amplitude et la cornée tourne presque complètement autour de son axe. C’est là, sans doute, ce que MM. Nakouz et Wecker décrivent comme une forme particulière sous le nom de nysfagmus rotatonus et dont nous n’avons trouvé pour notre part
le Mais ce mouvement, quel qu’il soit, se fait touaucun exemp^ Jamaisla p u p iUe pendant l’oscillation n’abanjours su r . de p ouve rture palpébrale où elle est située, à
donne le P" n sollicitée par une contraction volontaire
moins qu elle n y
des muscles^ ks mouvements volontaires ne sont
nullement abolis, pas même modifiés. Le maladepeut regarder également dans tonales sens, sans que le champ visuel sort dr-
minué d étendue. .
Le clignement des paupières a lieu comme à 1 ordinaire. En un mot tout se passe normalement sans que le malade ait, la plupart'du temps, conscience des phénomènes dont son œil est
k La rapidité des oscillations est excessivement variable. Elles
peuvent exciter seules ou accompagner les saccades. Dans ce dernier cas, cependant, elles sont en partie masquées, surtout quand il y a fixation du regard et ne deviennent plus manifestes que dans le regard vague. Nous reviendrons plus tard sur le mécanisme des oscillations; étudions maintenant les
saccaues. . . j,
Saccades. - Celles-ci sont donc plus ou moins indépendantes de celles-là. Elles se font dans deux sens principalement. Ou bien l’œil est porté alternativement de haut en bas et de bas en haut, ou bien il se meut horizontalement. On a bien signale quelques mouvements suivant le diamètre oblique (nystagmus mixtus de M. Wecker) et dans les expériences sur les animaux, on a pu les observer quelquefois, mais ces faits sont trop exceptionnels et surtout trop incomplètement décrits, pour quon doive s’y arrêter. Au demeurant, les saccades verticales et les saccades latérales sont les deux seules formes qui se présen Je dois dire même que les saccades verticales sont bien moins fréquentes que les horizontales. Nous en mentionnons un eu rieux exemple, avec cette particularité fort rare que le nys a g
mus était monoculaire. En tout cas, il est très-difficile de les expliquer convenablement.
Il suffit d’avoir vu une seule fois un nystagmus avec saccades pour s’en faire une idée qu’aucune description ne saurait exprimer. La cornée se meut alternativement en sens contraire dans la fente oculaire suivant un mouvement régulier. Elle est pour ainsi dire projetée d’un côté à l’autre des paupières, puis ramenée vivement à son point de départ, comme si elle était tirée par un cordon élastique, et le chemin qu’elle parcourt ainsi ne dépasse guère 1 millimètre 1/2 à 2 millimètres d’étendue.
La rapidité et le nombre des saccades sont variables. Sur le malade de M. Larrey, on a pu en compter jusqu’à 180 par minute. Elles sont en général si rapides, si répétées et si étendues, qu’on ne peut pas toujours établir une limite tranchée entre elles et les oscillations.
On voit, comme pour ces dernières, que les mouvements volontaires de l’oeil ne sont nullement gênés par les saccades. Le malade peut aussi bien regarder en bas, en haut, en dedans et en dehors, dans toutes les directions ; en un mot, il peut faire contracter n’importe quel muscle suivant son bon plaisir. Mais ce qui les distingue surtout des oscillations, outre leur constatation à simple vue, c est, dit M. Javal, « leur caractère ophthalmoscopique de faire déplacer le fond de l’œil d’une manière apparente et continue. En effet, pendant la saccade, le fond de l œil se déplace trop vite pour être vu, de sorte qu’on voit l’image se mouvoir lentement, d’un mouvement presque uniforme, en relation avec l’action du muscle droit interne. »
§ H. Du sens dans lequel se font les saccades.
Les deux yeux agissant ensemble, les muscles sont, en sens contraire dans chaque œil. Ainsi l’œil droit donnant des saccaes externes, c’est-à-dire à droite, l’œil gauche les donne aussi
, hors à gauche. C’est un fait que l’on constate très-nette- ®“ (obs H) Mais presque toujours le nystagmus est plus r^’un côté que de l’autre. L’un des yeux commande maniriment à l’autre et règle ses mouvements. C’est tellement vrai m e sur le jeune Desert (obs. 21), l’exercice simultané des deux ™ U X rencontrait moins de difficulté à droite qu’à gauche.
Y Oue deviennent les saœades, quand un seul œil partiape à la Jonl Boehm a prétendu qu’en fermant avec la main l”œil Zn lés mouvements s’arrêtaient. M. Nakouz ne partage pas rooinion du professeur de Min. Dans trois cas seulement, cet auteur a observé une légère diminution du nystagmus après une pareille manœuvre. Ce phénomène existerait-,] qu on n en pounait déduire, d’après lui, quel est l’œil qui est le premier atteint. Car, si la maladie résulte d’une excitât,on nerveuse, suite de la réflexion d’une impression rétinienne trop vive, on diminuera toujours l’irritation en fermant 1 œil sain , et on diminuera ainsi le nystagmus quelque soit l’œil primitivement malade. M. Philips prétend de son côté que le nystagmus augmente quand an ferme l’un des yeux.
Nous n’avons jamais vu, M. laval et moi, les saccades ni disparaître, ni augmenter dans l’œil couvert. Mais un fait bien remarquable s’est présenté. Si, le malade ayant fait fortement usage de l’nn de ses yeux, on vient à couvrir celui-ci avec un verre dépoli pour l’empêcher de prendre part a la vision, tout en lé maintenant soumis à l’observation, on le voit res er en saccades. L’antre œil maintenu découvert offre aussitôt des saccades inverses, Vest-à-dire dans le même sens que celles que présentait auparavant l’œil actuellement caché par le verre. En d’antres termes, je fais regarder fortement à droite : œil droit, saccades à droite; œil gauche, saccades à gauche. Je couvre ’œil droit, l’œil gauche a dès tors des saccades à droite. C est }à certainement uù fait d’habitude de fixation détermine pw l’effort du malade pour regarder dans le même sens ; car si je
les malades, parfaitement capables d’examiner attentivement des objets fort petits, ne peuvent plus le faire quand ces mêmes objets sont entourés d’un grand nombre de corps en mouvement (dans la rue, par exemple), qui les empêchent d’immobiliser leur regard.
2° L’augmentation du nystagmus a également lieu dans la fixation latérale forcée. Outre le changement du sens des saccades, on constate aussi dans ce cas une intensité bien plus grande du tremblement de l’œil. Je ne pense pas que le trouble des images rétiniennes en soit une des causes, comme l’admet M. Kugel, je crois que ce fait résulte tout simplement de la fatigue musculaire. Ne voit-on pas, dans toutes les autres parties de l'économie, une contraction trop forte suivie d’une faiblesse momentanée et même du tremblement des muscles qui ont soutenu un effort prolongé l
3° Il faut encore tenir compte de Xattitude de la tête. M. Kugel assure que dans certains cas où la rotation de la tête et l’action de fixer latéralement coïncident, le nystagmus est plus intense du côté vers lequel la tête est tournée.
4° Il est superflu de dire que ces causes agissent d’autant plus que la durée de leur application est plus longue. Plus l’œil sera maintenu longtemps loin de la position de repos, plus la rotation de la tête ou la fixation latérale seront prolongées, plus le nystagmus aura d’intensité.
8° Le degré de lumière exerce aussi une influence manifeste sur le nystagmus. Ainsi plus l’éclairage baisse, plus les mouvements sont violents. Si nous en croyons Bœhm, les nystagmiques seraient affectés le soir d’une véritable nyctalopie. L auteur allemand explique cela par les modifications qu’entrainent dans l’appareil externe de l’accommodation celles qui surviennent dans l’appareil interne.
6° Il est certain que Y adaptation de VœU à des distances différentes fait varier l’intensité du nystagmus. Ainsi, quand l’accommodation s’est exercée pendant quelque temps sur des objets
's petits, ou bien quand les objets fixés passent très- rapide- ment devant les yeux, les mouvements deviennent plus forts et
Pl révision à des distances qui demandent une convergence dont l’œil n’est pas capable produit le même résultat. M. Kugel cite l’exemple d’un malade atteint, d’après lui, d’une insuffisance du muscle de Brücke, avec une insuffisance du droit interne de l’œil gauche. Dans la vision médiane ou du côté droit, il y avait divergence de l’œil gauche et pas de nystagmus. Mais, si après avoir montré un objet du côté gauche, on le ramenait graduellement vers la ligne médiane, en le faisant suivre constamment du regard par le malade, le muscle interne de l’œil gauche ne pouvait pas développer une action suffisante pour produire la convergence, et l’œil se mettait à trembler jusqu’à ce que la divergence fût rétablie.
Én résumé, toutes ces causes trouvent leur raison d’ètre dans l’organe visuel même ; elles se réduisent à ceci : que l’objet fixé n’est pas au point de la vision tranquille. Pour l’y mettre, le malade emploie instinctivement trois procédés :
1° 11 de vie la tête ;
- 2° Il porte l’objet au point voulu ;
3° 11 le place obliquement, si c’est une ligne.
Mais l’intensité du nystagmus varie aussi sous d’autres influences, tout à fait étrangères à la structure de l’appareil de la vision.
1° Influence des émotions morales. — Cette cause psychique agit d’une façon très-curieuse. J’ai vu plus d’une fois le tremblement oculaire très-prononcé au début de l’examen d’un malade, diminuer très-notablement quand s’affaiblissait la crainte ou la simple impression produite par la vue du médecin pour reparaître ensuite avec une nouvelle intensité, après une séance on peu prolongée. Un jeune maître d’école, raconte Boehrn, ne pouvait regarder l’inspecteur qui visitait son école sans avoir
du nystagmus, tandis qu’il destinguait très-bien chacun de ses élèves sans que ses yeux fussent pris de tremblement.
2° Influence du sommeil. —Le sommeil n’agit pas d’une façon constante sur le nystagmus. Cela varie d’après la nature de la maladie. Ainsi, il fait cesser le nystagmus musculaire, mais ne modifie en rien le nystagmus de cause centrale ou d’origine nerveuse. Mackensie avait déjà noté la persistance des mouvements oculaires chez les nystagmiques pendant le sommeil. Dans un cas (obs. 9), la mère d’un jeune malade, sans que nous lui ayons posé préalablement la question, nous a dit avoir vu les secousses qui se passaient dans l’œil de son fils persister quand il dormait.
3° Influence de F anesthésie. — Aucun auteur ne s’est préoccupé de cette question. Je me trompe; il faut faire une exception pour M. Chassaignac (1), qui a vu une fois le nystagmus cesser complètement après l’administration du chloroforme. Chez notre malade de l’obs. 11, endormi par M. le professeur Gosselin d’abord et plus tard par M. Wecker, nous l’avons vu également disparaître peu à peu, pour reparaître graduellement au réveil. Nous avons en outre constaté que, pendant l’anesthésie, les yeux étaient immobilisés dans la déviation en bas, contrairement à ce qui arrive chez les malades ordinaires, qui ont généralement leur globe oculaire dévié en haut, la cornée à demi cachée sous la paupière supérieure.
§ 'VU. — État de la vision dans le nystagmus .
Pénétrons plus avant dans l’analyse des symptômes, et examinons maintenant l’état de la vision.
1° Exploration de F œil. — Le fond de l’œil est peu accessible à l’ophthalmoscope.
(t> Bullet. de la Société de chirurgie. Séance du 30 octobre 18S7.
tendant, dans un cas, M. Desmarres a pu constater un arrêt de développement des vaisseaux de la rétine, là où il ne semblait V avoir ni lésions, ni troubles visuels. On a déjà vu quel parti a su tirer de l’ophthalmoscopieM. Javal pour caractériser Lsaccades et les distinguer des oscillations. D’autres fois,enfin, onand ce moyen est applicable, il sert à reconnaître certaines anomalies de la réfraction, telles que la myopie, l’astigmatisme régulieret l’astigmatisme irrégulier, sibien décritpar MM. Donders et Knopp. « Il n’est pas nécessaire, dit M. Kugel, pour le reconnaître dans ce cas, de faire des mouvements avec le miroir, parce que le rôle de ce dernier est ici rempli par l’œil luimême ; on voit dans le fond de l’œil qui se meut tout entier, des mouvements des vaisseaux qui s’éloignent et se rapprochent l’un de l’autre. »
Ajoutons aussi, à propos de l’astigmatisme, qu’il est parfois impossible de le déterminer au moyen de l'optomètre, à cause du nystagmus. On ne peut avoir recours qu'à la fente sténopéique.
2° Vision des objets. — Nous avons déjà vu que l’adaptation de l’œil à des distances différentes faisait varier l’intensité du tremblement. C’est dire par là que le nystagmus aune influence fâcheuse sur la faculté d’accommodation. Très-souvent, en effet, l’insuffisance d'un ou plusieurs des muscles de l’œil s’accompagne d’insuffisance du muscle ciliaire, ce qui produit une véritable asthénopie.
Indépendamment de cela, les malades voient souvent remuer les objets qu’ils cherchent à fixer, et cela par le fait du nystagmus. Car cette mobilité des objets disparaît dans la position de repos. Nous avons observé plusieurs faits de ce genre, entre autres, celui de notre jeune femme à la sclérose en plaques.
3° Incompatibilité des saccades avec la vision binoculaire.
La vision peut être la même dans les deux yeux. Mais elle est
souvent très-inégale, car il y constamment incompatibilité des saccades avec la vision binoculaire. Ainsi que le dit H; Javal:
« L’œil droit donnant des saccades vers la droite et l’œil gauche des saccades vers la gauche, lorsqu’ils fonctionnant isolément* et chacun de ces jeux donnant au contraire des saccades du même sens que son congénère, lorsque ce dernier fonctionne seul, le rétablissement de la vision binoculaire sera incompatible avec la persistance des saccades, car les deux yeux fixant en même temps, chacun devrait donner des saccades externes par lui-même, et des saccades internes par association avec les saccades de son congénère, » ce qui n’est pas possible.
Cette incompatibilité entre le nystagmus et la vision binoculaire, fait que le champ visuel est inégalement partagé pour l’activité isolée des yeux. Deux expériences bien simples, de Boehm, permettent de le constater.
i° Il suffit de mettre un verre de couleur différente devant chaque œil et de faire regarder au malade une feuille de papier blanc à travers ces verres. Le champ visuel est alors inégalement partagé entre l’œil sain qui voit plus clairement une plus petite partie du papier de la couleur du verre à travers lequel il regarde, et l’œil malade qui voit aussi de la couleur de son verre la plus grande partie du papier, mais plus clairement.
2° En mettant sur le prolongement de l’axe visuel de l’œil sain un objet, sur celui de l’œil malade un autre objet plus rapproché, le patient peut fixer successivement chacun de ces objets sans remuer les yeux, quoiqu’il lui paraisse qu’il les porte de l’un à l’autre.
§ YIII. — Lésions Re T œil coexistant avec le nystagmus.
Outre cette incompatibilité de la vision binoculaire avec les saccades, on trouve constamment, sur les yeux atteints de nystagmus, des lésions ou bien une réfraction défectueuse. Si Ch»
f|) MM steUwag von Canon et Weckeront constaté des
Anl lesquels l’acuité de la-vue et l’exercice de la fonction accommodatrice offraient une intégrité parfaite, c'esi que peut- L l’examen des malades n’avait pas ete suffisant. L ophthal- • ad pïi effet, à peu près impossible chez quelques ma— MeHt puisque les déterminations d’astigmatisme sont entourées elles-mêmes de grandes difficultés, on peut, sans faire iniure à la sagacité de ces savants médecins, récuser les faits dont ils parlent, ün état défectueux de la réfraction est donc la règle chez les nvstagmiques. Voici par ordre croissant de fréquence quels sont ces troubles, d’après les observations consignées dans ce travail :
Absence congénitale de 1 iris. . . 1
Atrophie de la retine - . t
Daltonisme.. t
Exophthalmie d’un œil. *
Êpicanthus. ... ^
Cataracte. ... ®
Hypermétropie.... *
Tacbes de la cornée. ....... 3
Astigmatisme. 3
Amblvopie.* ®
Strabisme binocul 1 ® convergent. 5:
Strabisme interne d’un seul œil. S
Défaut de pigmentation.• 1
Ophthalmies diverses. ^
Myopie. ........ ... ... « • 3
De tous les troubles de réfraction, la myopie et le défaut de pigmentation sont donc les plus fréquents. Il est bien entendit que ces désordres existent seuls ou réunis chez des mêmes malades, et que souvent ils se compliquent mutuellement. Mais, avec les premiers, coïncident le nvstagmus congénital, avec les seconds survient le nystagmus acquis. Nakonz, qui n a pas fait;
cette division que nous établissons ici, a
rencontré dans tous lés
(1) Cit. de Wecker.
cas de la myopie, dans presque tous de l’amblyopie, et très fréquemment du défaut de pigmentation. Ce résultat est en p ar fait accord avec ce que nous avons trouvé nous-mème.
§ IX. — Douleurs qui accompagnent quelquefois le nystagmus
Je ne veux pas insister plus longtemps sur les différentes lésions qu’on rencontre dans les anomalies de la réfraction. Cette étude nous entraînerait trop loin ; elle est d’ailleurs tout à fait en dehors de notre sujet. Les altérations de la myopie sont aujourd’hui connues de tout le monde (1). Elles régnent principalement sur les membranes du fond de l’œil, la choroïde et la sclérotique ; c’est, du moins, ce qui résulte des admirables recherches de Donders, entreprises sur plus de 2,500 yeux, si bien que myopie et staphylome postérieur sont deux expressions devenues à peu près synonymes. Le même auteur nous a appris que l’hypermétropie est très-souvent accompagnée d’un trèshaut degré d’asthénopie musculaire. Eh bien, c’est à la tension intraoculaire des liqûides, favorisée par le ramollissement du fond de l’œil dans la myopie, c’est à l’asthénopie musculaire, dans l’hypermétropie, qu’il faut attribuer les douleurs de tête, les malaises et les vertiges qu’éprouvent certains nystagmiques. Peut-être aussi y a-t-il un peu de compression des filets nerveux par suite du tiraillement des muscles et de leurs contractions répétées. Nous sommes d’autant plus porté à leur attribuer cette cause, que l’existence des douleurs dans le nystagmus est loin d’être constante, puisque la plupart des malades n’ont pas même conscience de leur état.
(1) Consulter : Donders, Des Anomalies de l’accommodation et delà réfraction, in Wecker, ouvrage cité. t. II, p. 484.
Giraud-Teulon, De l’Œil ; Paris, 4867.
, Meyer, Leçons sur la réfraction et l’accommodation; Paris, 4869?