‹ Étude sur le nystagmusChapitre 49 sur 57 · CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIL

nature et étiologie du nystagmus.

§— Mécanisme des mouvements.

Avant de nous livrer à la recherche des causes du nystagmus nous voudrions rappeler l’attention du lecteur sur la différence que nous avons établie entre les saccades et les oscillations. Aucun auteur n’a étudié le mécanisme de ces mouvements.

Seul Decondé a essayé de déterminer quels en sont les agents immédiats. Il s’est demandé quels muscles entraient enjeu dans le tremblement des yeux, mais comme il n’avait pas eu le soin de distinguer les deux variétés de mouvements sur lesquelles nous insistons, sa théorie est trop incomplète pour être absolument vraie, et ne peut, selon nous, donner toute la solution de la question. On n’a qu’à lire les lignes suivantes pour s’en convaincre. Yoici comment il s’exprime (i) :

« J’attribue le nystagmus monoculaire aux contractions spasmodiques du muscle oblique supérieur ou grand oblique. J ai répété les expériences de Bonnet, de Lyon, et constaté la parfaite exactitude des résultats obtenus par ce savant. Ainsi, en enlevant le sommet du cône formé par l’orbite et en attachant un fil à l’extrémité postérieure du grand oblique, sans le disséquer et sans altérer en rien sa direction, si Ton tire ce muscle, la pupille est portée en bas et en dehors, et le globe de l’œil éprouve un mouvement de rotation, par lequel la partie supérieure de cet organe est portée en dedans, et la partie inférieure en dehors. Or, dans le nystagmus monoculaire, c’est toujours ainsi que j’ai vu les choses se passer. Toujours l’extrémité externe du diamètre transversal de la cornée se relevait en se portant un peu

(1) Decondé, Ann. d’ocul., 1861, p. 88.

1869— Gadaud.

en dehors pour reprendre sa place ensuite, et cela, sans avoir besoin, comme l’a démontré M. Bonnet, de l’intervention d’un muscle opposant, mais par la propre élasticité du tissu aponévrotique qui enveloppe et fixe le globe oculaire. Dans l’oscillation bioculaire, il n'en est plus de même, et on voit le second œil se diriger en sens opposé, et force est bien d’admettre le spasme du petit oblique. Nous ignorons si le nystagmus monoculaire du petit oblique a été reconnu par d’autres, peut-être s’en est-il déjà présenté à nous sans que nous l’ayons remarqué, notre attention n’ayant pas toujours été fixée sur ce point. Dans tous les cas, la fréquence du nystagmus monoculaire du grand pblique et la rareté de celui du petit oblique nous font poser la question suivante : le nystagme du grand oblique n’est il pas le dérangement principal et primitif de l’oscillation bioculaire, et le nystagme du petit oblique n’est-il pas secondaire, deutéropithique?»

Or, nous aussi, nous avons voulu nous assurer du rôle que joue chacun des muscles de l’œil dans les mouvements du nyst -gmus. Mais ici l'expérimentation physiologique nous faisait défaut. Comment, en effet, constater sur l’animal vivant l’action musculaire? Outre que les vivisections présentaient des difficultés insurmontables, quand bien même nous aurious pu exciter chaque muscle en particulier dans la cavité orbitaire, quelle part attribuer à cette excitation expérimentale, quelle autre aux contractions volontaires ou réflexes devant survenir inévitablement avec elle?

Mais le défaut de données physiologiques, les expériences sur le cadavre pouvaient nous éclairer. Nous avons donc, comme Decondé, répété les expériences du célèbre chirurgien de Lyon. e Abattant le sommet du cône formé par la partie postérieure de 1 orbite dans l’étendue d’un centimètre environ, nous avons isolé la gaine du nerf optique, et coupé les insertions postérieures de chaeun des muscles de l’œil. Tirant alors à l’aide d un fil attaché à l’extrémité du muscle, dans sa direction, sans

avoir ouvert la capsule, ni brisé l’orbite de telle sorte que rien ne fût changé dans les rapports du globe oculaire avec les parties osseuses l’aponévrose et les muscles, nous avons constaté plusieurs choses.

Les mouvements attribués par Bonnet a chacun des muscles en particulier ne sont ni aussi nets, ni aussi étendus que l’assure cet auteur. On voit bien en tirant successivement sur chacun des muscles droits supérieur et inférieur des mouvements d’élévation et d’abaissement, mais il s’en faut qu'on reproduise ëxactement ce qui a lieu sur le vivant.

Les mouvements sont en revanche beaucoup,plus nets quand on agit sur les droits internes et externes. Ce résultat ne nous a d’ailleurs nullement surpris. On sait, et c’est un des grands mérites de Donders, d’avoir mis hors de doute êe fait à l’aide de ses

expériences avec lesimagespersistantes; on sait,dis-je, que l’aétion

isolée des muscles droits internes et externes suffit pour dévier la cornée en dedans ou en dehors dans un même plan horizontal, le méridien vertical du globe lui restant exactement perpendiculaire. Il n’en est plus de même quand le centre de la cornée est porté directement en haut, ou en bas, une telle déviation exigeant, d’après Donders, la mise en jeu de quatre muscles, quand les deux yeux agissent simultanément.

Quand nous avons voulu vérifier ensuite l’action du muscle grand oblique, nous avons vu que sa contraction Seule ne suffisait pas à porter le centre de la cornée directement en bas et en dehors. Néanmoins, il nous a été facile de constater, à plusieurs • reprises, un mouvement appréciable d’abaissement en dehors et en bas, toutes les fois que nous venions à tirer sur le' muscle grand oblique. Après quoi, le muscle étant abandonné à luimême, on voyait aussitôt le globe oculaire revenir à sa position première, par suite de l’élasticité du tissu conjonctif qui l’avoisine. Et la preuve qu’il en est ainsi, c’est que si, an lieu de n a- Joattre que le sommet de l’orbite avec toutes les précautions mentionnées plus haut, on ouvre plus largement l’orbite, si on

enlève la capsule et le coussinet graisseux qui soutient l’oeil de façon à isoler nettement les muscles, on dévie bien alors le bulbe beaucoup plus facilement même qu’autrement, mais on ne le voit pas revenir à sa direction première, dès qu’on a cessé la traction.

Je n’ai donc eu pour produire le nystagmus monoculaire qu’à faire des tractions très-rapidement répétées sur le grand oblique. Ainsi se trouvait parfaitement vérifiée l’opinion de Decondé, du moins dans se première partie. Restait à produire le nystagmus bioculaire et à voir si le petit oblique jouait lui aussi un rôle quand les deux yeux agissaient ensemble, suivant l’hypothèse de l’auteur belge. Pour cela il n’y avait qu’à exécuter sur ce muscle les tractions que je venais d’opérer sur le grand oblique. Voici comment je m’y suis pris.

Si l’on fait une incision verticale de chaque côté du nez partant de la base de l’orbite, un peu en dehors du sac lacrymal, de 2 à 3 centimètres de longueur, après avoir divisé les fibres de Forbiculaire et coupé la lame fibreuse de la paupière inférieure à son insertion au rebord orbitaire, ou tombe aussitôt sur l’attache antérieure du muscle petit oblique, au niveau d’une dépression bien connue des anatomistes. Un fil est jeté sur cette insertion. Pour qu’on puisse tirer dans la direction du muscle, il est indispensable de pratiquer à l’aide d’un fort poinçon un canal partant de la base de l’orbite et allant aboutir à la fosse nasale correspondante. Le fil doit passer par ce canal et venir faire issue au dehors par la narine.

Des manœuvres semblables à celles qu’on a exécutées sur le grand oblique donnent sur le petit oblique des résultats analogues : mouvements peu étendus du globe oculaire. Cependant le centre de la cornée est légèrement porté en haut et en dehors.

L action du muscle petit oblique s’ajoute donc à celle du grand oblique, pour produire le nystagmus monoculaire. Seus ' lement, elle l’amplifie, ce que n’avait pas vu Decondé.

■ i„ «lier plus loin encore et reproduire le nystagnms . Ponr C ela, la même préparation étant laite sur les bioculaire. - è tirais sur le grand oblique du côté

^^faïde tirait aussi sur le grand oblique du côté f “ ’ fractions étaient simultanées et suffisamment Ta¬

nt J’avais injecté dans les yeux, par une petite plaie faite à fa sclérotique, un peu de gélatine qui, en se solidifiant, avait conservé intacte la forme sphérique des globes oculaires. Leur surface extérieure avait été enduite de glycérine pour en faciliter le glissement sous les paupières. One s est-il passe ?

De véritables osâllations, telles qu’on les voit sur le vivant. Je dis oscillations, et j’insiste à dessein sur ce mot. Car jamais je n’ai pu reproduire les saccades. Pour obtenir ses dernières, il me fallait tirer sur les fils des muscles droits internes et externes attachés deux à deux comme le sont les rênes qui conduisent un

attelage à deux chevaux. #

Les paupières participent très-peu à ce trémulus de 1 œil. On le comprend aisément; les muscles obliques n’ont aucune connexion avec ces voiles membraneux, et leur contraction ne saurait leur imprimer un mouvement quelconque, comme le ferait celle des muscles droit supérieur et inférieur, par exemple, qui envoient dans leur épaisseur une expansion aponévrotique. Elles sont donc tout simplement poussées en avant et en arrière par le globe de l’œil sur lequel elles reposent.

Quant à ce dernier organe, il est légèrement enfoncé dans l’orbite à chaque traction. Mais ces expériences ne nous démontrent-elles pas que si la contraction synergique des deux obliques a pour effet d’attirer l’œil en avant en même temps qu elle le porte en dehors, cet organe tend aussitôt à revenir sur luimême en vertu de son élasticité ? Et si cet enfoncement parait et est réellement plus marqué en dehors qu en dedans, 3 attribuerai volontiers ce fait à l’inclinaison plus grande en dehors de la base de l’orbite, ainsi qu’à l’action des deux muscles.

Le mouvement oscillatoire considéré en lui-mème se prête

d’autant plus facilement à l’étude sur le cadavre qu’on fait l es tractions avec plus de lenteur. On peut constater comme sur lé vivant en fixant un des rayons de l'iris, qu’il consiste principe lement en une sorte de torsion autour de l’axe antéro-postérieur Les saccades en diffèrent essentiellement, puisqu’elles sont évi demment constituées par le balancement de l’œil autour du diamètre vertical ou horizontal.

Yoici, du reste, deux observations qui viennent confirmer le résultat des expériences cadavériques. Dans l’une, après la section des deux muscles droits internes, un nystagmus essentielle, ment constitué par des oscillations s’est manifesté. Dans l'autre au contraire- des oscillations ont été guéries par la section des obliques inférieurs. Si l’on veut bien parcourir toutes les observations précédentes, on verra que jamais la ténotomie des muscles droits n’a guéri radicalement le nystagmus; ce fait rapproché des deux cas suivants prouve par conséquent que les saccades sont produites par les contractions des muscles obliques.

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