ARTICLE
L'article n'existe pas en créole comme mot indépendant.
L'article est préfixe et partie intégrante d'un grand nombre de substantifs. Exemples : un rat, éne lérat; un chien, éne îicien; une maison, éne lacase, etc.
Quand la langue malgache adopte un mot français, elle lui laisse de même ordinairement l'article « le, la, du ». — Ex. : charrette, lasaréty; vin, divay ou divéna ; musique, latno^ilta ; bière, labiéry ; table, latabatra; fourchette, laforiseta; eau-de-vie, laodivy; habit, anaby (un habit); la cuisine, lakosy, etc., etc. *
Le créole s'étant fait avec l'oreille, les deux faits suivants s'expliquent d'eux-mêmes :
1° Aux substantifs que le français emploie surtout dans le sens partitif le créole préfixe di, dou pour «du», dilçom adel'». — Ex. f un pain,^KC
slta; nous disons It lime, ]i s même piosllléiique dans a,
dipain ; une mauvaise huile, éne mauves dilhonile; un bon riz, éne bon douri^; le suif, disouif; le vin, divin; le sel; disel, etc. Donc, bois au sens de forêt. — Ex. : Il habite les bois, H reste dans bois; un oiseau des bois , éne 3;os;o grand bois ; mais bois 'au sens de lignum : Un morceau de bois, éne dibois; une poupée de bois, éne poupétte dibois. ,-
« De la )) laisse tomber « de ». =- Ex. : Il faut de la farine, bisoin lafarine; il mange delà viande, îi man:^e laviande.
2" L'article préfixé rappelle le genre du substantif français : e le »' est H ou Je, « la » persiste. — Ex. : un roi, éne lirai; un chien, éne îicien; une table, éne latabe.
Quelques exceptions préfixent « la » à des noms mascuUns, — Ex. : Il a un rhume, H gagne larhime; il est gêné comme un colimaçon sur le sable, /(■ :^éné cornent éne couroupa làhaut lasabe; je lui ai clos (fait sauter) le bec, mo fine saute so labec; faites le partage, fire laparta:(e, etc.
Quand deux homonymes n'ont pas le même genre en français, comme le marc du café, la mare aux vacoas, le manche d'une pioche, la manche d'une robe, c'est «la» qu'ils préfixent toujours. — Ex. : lamarccafé, lamance pioce.
Quels noms subissent cette prosthèse de l'ar-
ticle, quels autres la rejettent? Ici, point de loi. Sa figure, son nez, ses yeux, ses oreilles, son menton, sa bouche, deviennent : so figuite , son néne^, so îi^iés, so :^oréyes, so menton, son îabouce, etc. Deux faits seulement d'un caractère général : 1° Point d'article prosthétique aux noms formés par redoublement. — Ex. : un nez, ine néne^; un lit, éne IHitj un oiseau, éne ^0^0/ un loup, érK
2° Point d'article aux noms qui, commençant par une voyelle, ont déjà la prosthèse du ^ euphonique. — Ex.: une histoire, éne ^histoire; une affeire, éne z^ffère; un éléphant, éne ^alphant; une image, éne :(ima:(e. Ici, cependant, quelques exceptions. — Ex, : une oie, éne la:(oie; un œuf, éne di:(éf; un os, éne lé:^o.
Le créole actuel dit : tous lé bomatin , tous les matins; tous lé àsoir, tous les soirs, quoique les noms bomatin, àsoîr ne se soient point préfixé l'article au singuher. C'est donc bien l'article pluriel n les )). Mais l'article, avons-nous dit, n'existe que comme partie intégrante du substantif; et le pluriel, allons-nous dire tout à l'heure, n'existe pas en créole. Qu'on veuille bien y regarder cependant, nous ne sommçs pas en présence d'une exception. Tous lé àsoir, tous lé bomatin, forment
des expressions indivisibles ; lé àsoir, lé bomatin sont impossibles en l'iibsence du moc toits, et dans le groupe l'article « les » a perdu toute existence individuelle. Le français — pour ne point sortir de l'article — n'a-t-il pas de même la composition es dans les expressions àf-lettres, ^j-arts, ^j-sciences, ^î-liens. Cette composition de l'article lé et du mol tous n'existe du reste qu'avec certains noms qui, presque tous, désignent une subdivision du temps, de la durée.
Nota. Certains noms dont l'emploi est peu fréquent prennent ou rejettent l'article au gré de celui qui parle. Ainsi partage est partage ou lapariai^e; reste est restant ou larestant, etc.