DE CERTAINS ADVERBES ET DE QUELQUES LOCUTIONS ADVERBIALES
Peut-être, aujourd'hui pitéte. C'était quiquefois, quelquefois. — Peut-être viendra-t-il, peut-être
ne vîend^a-t-il pas, Qutquefois îi a vint, quiquefois li napas va vint.
Au hasard, à l'aventure, sans réflexion, honavini. — Ne choisis pas, prends au hasard, Napas çosJT, prend bonavini. Il n'est pas bon de parler sans réflexion, Napas bon cause bonavini.
Soi-disant, censé. — Ex. : Comment es-tu ici, tu étais soi-disant malade. Cornent io ici, censé to té malade.
En suspens, dans le doute, Enpendant *. — Ex, : Je suis en suspens, je ne sais quoi faire, Mo enpendant, mo napas coné qui mo a fére.
Comment, comme, cornent ou câma. — Ex. :
Il est grand comme Eugène, Li grand cornent I^éne. Il n'y a pas de petits-maitres comme les marins, Napas farauds cornent matUots, dit une chanson ; la prose prononce matlots.
Comme si, coma dire. — Ex. : Il fond sur moi comme s'il voulait me tuer, Li fonce làhaut moi, coma dire H té vlé touye moi.
Environ, aujourd'hui approçant. — Ex. : Il y avait environ huit ans. Té éna approçant houite bananées. On disait Té éna houite hananées come ça.
Au milieu de deux, dans mitan. — Ex. : Frappe la bille du milieu, Tape canette dans mitan. Maïs: Au milieu du bassin, Dans miUé bassin.
Eusemble, ensemhe, sembe, et même ensembre.
Il remplaçait la conjonction <i et ». — Ex. : Son fusil et son chien, Sofisi sembe so Ucien. Sembe traduisait « avec ». — Ex. : Les garçons avec les filles. Garçons ensembe filles. Couvert avec du vétiver. Couvert ensembe vitiver.
Corne ça même. C'est là un des idiotismes qui frappent le plus l'étranger. Cette locution, d'un emploi très-fréquent, est l'équivalent de vingt expressions françaises; elle traduirait : ni bien ni mal, sans propos délibéré, je ne sais trop pourquoi , à la bonne franquette , et bien d'autres :
— Comment vous portez-vous aujourd'hui? — Corne ça même.
— Comment trouvez-vous que j'aie chanté? — Corne ça même.
— Pourquoi l'avez-vous fait? — Corne ça mime. Le marquis de MascariUe, au lieu de : « Tandis
que sans songer à mal je vous regarde », aurait dit : Lhêre mo après guête vous corne ça même, etc., etc.
Pi. Le verbe « puer » l'a formé. — Ex. : Ça ne
s'appelle pas sentir mauvais; les guêpes mêmes n'y peuvent tenir, Napas pile senti pi, mouces :(aune mime napas capave fini. Bteii des gens ici, dans leur français un peu aventureux, disent: « Dieu! que ça sent pu. »
Dégageons quelques faits généraux de cette trèslongue énumération.
Les idées abstraites de quantité, de temps et de lieu, sont représentées d'aussi près que possible en créole par les substantifs concrets morceau, pour h quantité, Ihére, l'heure, pour le temps, cote, côté, etpart*, pour le lieu. A l'aide de compositions dont ces substantifs faisaient la base, le créole s'arrangeait pour se passer de la plupart des importations dont on l'a graduellement enrichi.
Une certaine quantité d'eau , c'est morceau dileau; beaucoup d'eau, bon morceau dHeau; peu d'eau, plit morceau dileau. Le redoublement de l'adjectif nous donnera bon bon morceau diJeau, une très-grande quantité d'eau ; ptit plit morceau dileau, une très-petite quantité d'eau ; et, composition plus originale encore, il suffira de répéter le
substantif lui-même pour traduire o ni peu, ni beaucoup »; « ni trop, ni trop peu ». — Ex. ; Ne m'en donnez ni trop ni trop peu, Done moi morceau morceau.