CONCLUSION
Un mot pour conclure.
M. de Freycînet, dans la relation de son voyage à Maurice en 1818, insère une paraphrase créole de la fable : le Lièvre et la Tortue, et fait suivre sa citation de ces deux lignes : « Après un tel essai il est permis de concevoir la possibilité de reproduire en créole un grand nombre de morceaux de notre littérature. » Il nous coûte de nous inscrire en faux contre ce jugement; mais loin qu'il nous soit permis d'admettre qu'on puisse mener à bien une telle reproduction, nous croyons que la pensée même de l'entreprendre ne saurait
venir à un homme de sens. L'horizon est étroit autour de notre pauvre patois. Passe pour une excursion furtive au pays des contes ; mais toute velléité de le conduire ailleurs a été convaincue d'impuissance. On a plusieurs fois tenté de faire dire des vers à la Muse créole; force était alors de permettre à la pauvre fille de s'aider à chaque instant du mot français. Toutes ces tentatives peuvent être considérées comme non avenues : il ser^t aussi facile que peu intéressant de le démontrer pièces en mains.
Quant aux hardes à peau noire, veut-on en toute connaissance de cause juger de leur inspiration? Nous ne prendrons pas au hasard dans notre recueil; par égard pour le lecteur nous choisirons dans mainte et mainte chanson quelques couplets heureux entre tous :
Valé, Va]é, prête moi ton fisi:
Avlà l'oiseau prêt envolé.
Si z'ai bonheir de touyê l'oiseau, Z'aurai d'arzent pour mon voyaze En allant, en arrivant.
Dériêre cez nous y a dé zoli montagnes.
Moi, mon amant nous monté zy souvent:
En monté, Bondié que de peine!
En dicendé pitit soulazément.
Ça mamzelle là, c'é pas pour mo croire, Mes. H pince la guiiar, c'é pour mo tende; Dans bois tourterelles Napas la peine pour gagne mari.
Tellement mo cotitent Zabella Mo liûés collecoUe av li.
Tellement mo content ^abella
AîohI Mo liziés coUecoUe av lil I
Cela suffit de reste : le lecteur peut voir si nos gens s'affranchissent résolument de toute espèce de prosodie. Tout cela est informe; et, de plus, la prétention d'atteindre à la langue poétique fait toujours et partout ce galimatias qui n'a plus aucun sens.
La littérature créole a sa devise toute faite:
a Plit îasoif, plit coco.
MAURICIEN
PAR M. C. BAISSAC
(m L'ILE «AURICE)