LOCUTIONS
Méte av H, attaque-le, cherche-lui querelle; mot à mot : mets avec lui.
Li baingne av vous, il se moque" de vous. Le mot à mot : il se baigne avec vous, est assez obscur ; s'il se moque, c'est peut-être que vous n'êtes pas {&\t comme t'Antinoîis.
Napas toi qui pour bite av moi, ce n'est pas toi qui es de taille à me le disputer. Du français débuter ou mieux abuter : à tous les jeux d'adresse on abute pour voir à qui l'-ivantage de jouer le premier.
D,„,.»..,Got>glc
il senti pi, il seot mauvais. Adverbe tiré du verbe puer.
Li pique souçouna, il se soûle. Souçouna c'est l'arac; mot créé.
Dimande nouvéles so çava, demandez des nouvelles de sa santé. Du français comment fa va-i-i\}
Mo dibouté, je suis debout. Verbe créé par le créole.
Li Solde bontemps, il se soûle de bon temps; il s'amuse et ne travaille point.
Civés colomate, cheveux coton de maïs, blond très-clair.
Civés hahamaye, cheveux baba de maïs, rouges de la couleur des stigmates qui s'écliappent de l'épi de mais encore enveloppé dans les spathes. Nous avons plus haut expliqué les mots cotomaïe et babamaîe.
Ene dimounde, dimoune, dimonde, doumounde, doumoune, une personne, un homme» Au sens indéfini, on.
Parié lacourse, courir à qui plus vite.
So fonça levé, sa folie se réveille. Levé traduit réveiller à tous les sens du mot : Mo ié levé veut dire, j'étais réveillé.
Ene manman lacloce, une cloche énorme.
Ene papa bâton, un très-gros bâton, une trique.
D,„,.»..,Got>glc
Li tape co/(ï«f, il flatte les puissants; mais que viennent faire les cotons là dedans !
Enguê^e dimounde, engueuser les gens, cajoler. Le redoublement engiUi^e engué^é a de plus le sens de badiner, ne pas faire sérieusement ; ainsi, aux cartes : Nous ne jouons pas d'argent, nous napas ^oué lar:^ent, nous après engué:jie enguéi^é.
Li maillé, H dans lamaille, il est pris, ou bien il est dans l'embarras.
Li dans :i^affére, il est dans une mauvaise passe, une méchante affaire.
Batte lalangue, mot à mot, battre la langue, médire, calomnier, ou bien parler à tort et à travers, et par extension, divulguer un secret.
Fane lapipie, répandre une nouvelle. Lapipie est l'appât qu'on répand pour attirer le poisson; labouéie est l'appât qu'on fixe à l'hameçon.
Malade malgace, la maladie malgache, l'épilepsie.
Cause bêtises, conter fleurette.
Ene cari brouilla:^e, un cari embrouillé. Brouillage, brouillamini, mot créé par le créole.
Li dans so séré, dans so t^éné; il est dans ses petits souliers; serré, gêné.
Casse paquet dibois, donner une poignée de main énergique ; the irue genuine shake hand. Aussi, donner une poignée de main à un supérieur : Mâ-
tin '.fine casse paquet dibois av Gouvernera, lamain là pas pour lavé, on ne lavera pas cette main-là !
Li dans gouyaves, il est dans les goyaviers ; il s'est sauvé. Dans un autre ^ens, il est hors de la question, il s'égare.
Li dans banoirs, H dans vavangues, il est dans les bois noirs, dans les vavangues. Même sens, il s'égare, il boite. Ces trois locutions ont une origine commune, A l'époque où les courses furent introduites i Maurice, le fond du Champ de Mars était une forêt de bois noirs, de goyaviers et de broussailles où disparaissaient volontiers nos coureurs mal dressés.
Ene ^0^0 dibois, éne ^0:^0 grandbois. \oxp mayoc, ^0^0 blanc, ^0:^0 bétebéle, un niais, un imbécile.
So civisfine mîr, ses cheveux sont mûrs, il grisonne. De même : So lédents mîr, ses dents sont mûres.
Mo lédents béte, je vis sans en avoir envie, mot à mot, mes dents sont bêtes. Bêtes encore les dents du rire involontaire, au milieu d'une cérémonie triste par exemple ; bêtes, dans tout rire hors de saison; ainsi: Madame X... a de jolies dents qu'elle montre volontiers. Elle sourit gracieusement à tous les menus propos de monsieur Z.., planteur considérable qui lui fait les honneurs de
D,„,.»..,Got>glc
sa uble. On est au dessert ; co que j'aime, dit M. Z.., — et sa voisine découvre ses perles — c'est riialeine suave que donne le gruyère. Le sourire s'achèveengrimace:MadameX.avaiteuW(fen(îW/a.
Dimance routée, le dimanche rouge. La semaine des quatre jeudis.
Enepîonzére à séc, un. plongeur à sec, tête aux cheveux drus et crépus.
Ene brosse coco, une brosse de coco, tête aux cheveux courts, drus et rudes.
Mo dégage mo name, mo lécorps, je me dépêche, mot à mot, je dépêche mon âme, mon corps. Diga:(é traduit rigoureusement dépêcher.
Fin bétel coulé, mettre la bouche en sang, mot à mot, faire couler le bétel.
To labouce, to laguéle gratté, tu parles sans rien dire. Nous avons vu gratté pour démanger.
To lapatie gratté, tu touches à tout ; mot à mot, ta patte démange.
Li fére pont av moi, il fait de moi un marchepied, un pont.
Laguéle en patangue, une bouche en compote.
Tr!cmarda:^e, tripotage, agissements malhonnêtes. Mot créé.
Pose lacole av doumoune, poser la colle, la glu,' pour prendre quelqu'un.
Lapke cabots, rester bouche béante ; mot à mot, la pêche aux cabots.
Pire so comis, faire son bon valet, son commis.
Peingne latite ptit randanes, peigner i petites boucles.
Lésprit :^aco, une balourdise ; mot à mot, esprit de singe. Le mot esprit ou siprit est récent; le mot manquait, sinon la chose.
Zanglés man^e houritte , un Anglais mangeur d'houritte, un homme de la lie du peuple, du mob.
Li pousse bord, il pousse son bord, sa pointe.
Listes soursouris, des yeux de chauve-souris, de petits yeux.
Li^iés boutonière, des yeux en boutonnière, pe- , lits et bridés : beauté chinoise.
,Lt:^iés bigorneau, des yeux de bigorneau ; variété voisine.
To rade mo laguêle, tu me provoques à te dire des injures, à te dire crûment ma façon de penser, mot à mot, tu cherches ma gueule.
Ene restant laçaine, un ancien esclave, un forçat libéré ; mot à mot, un reste de chaîne.
Ene restant pendi, un reste, un fils de pendu,
Brédes dibotite, brèdes debout, saisies dans l'eau bouillante.
Nous fine gâte nantis, nous sommes brouillés.
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Le mot ami ou ^iimi est nouveau ; c'était camrade.
Reste sic, reste couac, rester coi, la bouche clOué'e.
Ene figuire houtane, une grosse lace bête.
Ene gaga, un bègue, en malgache, fafa. Ligaga, il est bègue, ou bien il ne sait quoi dire, il bégaye.
Ene grand blanc, un personnage, affaire d'optique. - ■
Laports quartier, la porte des casernes. (Une grande bouche sans dent.)
Lallée citrons, l'allée des citrons, La ligne que suivent les agrafes ou les boutons d'une robe sur le devant du buste.
Lien pleine ceintire, elle est grosse à pleine ceinture.
Laplie tombe par battant, il pleut à seaux.
Laplie assise, il pleut sans discontinuer; mot A mot, la pluie s'assoit.
Tombe par battant làhatit doumounde, assaillir quelqu'un en masse,
Ene latéte nique mouces, une tête à gros cheveux ébouriffés; mot à mot, en nid de mouches.
Ene bombarde dimiêl, une ruche à miel.
Pile cimin, beaucoup marcher, piler le chemin.
To a manque lapéle av moi, tu ne me prendras pas, tu perds ton temps; mot i mot, tu manque-
ras l'appel avec moi. L'appel matinal des travailleurs précède la distribution de la tâche du jour. Je n'y serai pas.
Mo a tombé levé pour H, je suis à lui corps et âmej je me relèverai aussi souvent queje tomberai.
Coura:^e qui av moi, c'est mon courage qui me soutient, qui est avec moi.
Mo lamain levé, ma main se lève. L'expression a deux sens : je suis en fonds, j'ai touché; ou bien je sens que la veine me vient.
Mo lapoce can:^i, je suis sans un sou ; ma poche est collée par l'empois, le cange. Cange, en français, a ou a eu le sens d'empois.
Pose lahouéte, poser la bouèie, amorcer quelqu'un. Le mot bouète est français comme terme de pêche.
Cimin lérats, raie de cheveux mal faite; chemin des rats.
Casse cordon, rompre la paille; casser le cordon, d'où:
Zassociés fine casse cordon, l'association est rompue,
Virecaiîle, mourir; virer, tourner de l'œil.
Cailîelouce, louche, borgne, aveugle.
Cailhborne, boi^ne.
°— 'Cot^gk-
Bîacaille, ceil poché; celui-ci est tout simplement l'anglais Hach eye.
Ene fié cicot roc, un vieillard décrépit ; un vieux chicot de rocher.
Ene lagiiéie pavé, une bouche qui ne goûte pas, une gueule pavée.
Ene gros paies, un palais indifférent; grossier, i qui tout est bon.
Li fére moi passe misères, il m'en fait voir de grises; il me fait passer des misères.
Ene bônvaiet lasoupe salée, un rapporteur; un bon valet qui raconte qu'on- a renversé la salière dans la soupe ; s'en serait-on aperÇu ?
To li:(iès bêle , tu désires tout ce que tu vois; tes yeux sont b&tes.
Li éna léfde blanc, il a le foie blanc. Se dit d'un homme qui redevient veuf aussitôt qu'il se remarie.
To lagîiéle pi, tu dis des jurons; ta bouche sent
Tos^orêyes çaud, tu es désappointé; tes oreilles sont chaudes.
So latéte cornent léroi martin, jt est presque chauve ; sa tête est comme celle du roi des martins.
Li néqtie fraillef raillé, il fouraille partout.
Zense mangue salée , la populace; les gens de k
mangue salée. Se disait surtout des gens du quartier de la Saline.
il quémequéme, il est embarrassé. Mot créé.
To va lingue, tu seras pris, ou tu seras battu.
To va gagne lingue, tu seras battu. Du français élingue ou ralingue.
Ene bâté touyé, une pile à tuer-
Li foulé, il est gros et court; foulé.
Mo va ^ouingue toi, je vais te battre,
Ene toupie av so lacorde, un tout petit homme et une très-grande femme ; une toupie avec sa corde.
F ère mosse, Êdre fiasco. Terme emprunté au jeu de toupie,
Zautes téaffrone moi, ils m'ont fait afiront.
Fére loratére, faire le galant, l'aimable; l'orateur.
Quiqueçose malangue, quelque chose de nauséabond.
Ene goût malangue, un mauvais goût.
Li gagne latnaille, il a une querelle ; il a maille à partir.
Ene mandingue, un mensonge. C'est le mot malgache lui-même.
Mo léquére enbas roce, je suis dans l'inquiétude; mon cœur est sous une roche.
Ene cafade, une femme très-noîre.
D,„,.»..,Got>glc
GRAMMAIRE. l8l
Ene cipaye, licorne sur la braise, arrosée de citron avec du piment.
Ene roubarouba , maïs en poudre , brèdes et Tnande salée.
Lavianne htouse, viande salée, peu fraîche.
Maf, mou et lourd.
Ene doumounm lato, un homme qui vous glisse entre les doigts, une anguille. Le lalo est un légume visqueux.
Li éna moutouc dans latéle, il a un grain, une araignée dans le plafond. Le moutouc est un insecte xylophage.
Li amére i^isquà napas bon, c'est amer jusqu'à n'être pas bon. Il faut que ce soit d'une amertume atroce,
Li gnangnan, il est indolent et mou ; ou bien il ânonne en parlant.
Lipieds pirogue malgace, des pieds énormes ; taillés en pirogue malgache.
Wou a pile dottri^ avant, vous trimerez auparavant; vous pilerez du riz.
Qui mo embrasse ! Que m'importe ! en quoi cela m'embarrasse-t-il.
Zautes trop senti pi, mouces :(aunes même napas (l'ni (IV ^aH(«, ils sentent trop mauvais, les mouches jaunes mêmes ne tiennent pas auprès d'eux.
l82 LE PATOIS CRÉOLE.
Mo napas moucfs pour ous mite dimiil av moi, je ne suis pas une mouche pour que vous tentiez de me prendre avec du miel.
Ena labouce av li; Ena bagout av U, il a de la faconde.
Li iéc dans lacase, disil mime napas dans calbasse, il fait sec à la maison, pas mâme de sel dans la calebasse.
Vantard sans disél, vantard sans argent ; sans sel.
Faraud sans disél, petit-maitre sans argent ; faraud sans sel.
Li enbas enbas, gantés U guette vous drelte, il est en dessous, jamais il ne vous regarde droit ; en face.
Mo labouce fade, je ne goûte rien; j'ai la bouche fcide.
Mo Uquére fade, je n'ai goût à rien ; j'aî le cœur fade,
E«e cari mamoti, un brouillamini.
Débrouille vous cari, débrouillez votre cari, tirez-vous du guêpier où vous vous êtes fourré,
Àsse^^ guette ça, vous Us^iês a calé, assez regarder ça, vos yeux vont s'y coller.
Eue capor, un fort, un athlète.
Sipéque, maigre. Sipèque est le nom donné à une espèce de sauterelle.
GRAMMAIKE. 183
Ene sipéque, une pimbêche. L'insecte a le corsage long et maigre.
Lapice touctoiic*, pêche à l'anguille,
Lifêre louclouc av moi, il cherche à me sonder.
Li doutése, li dans la doutance, il est dans le doute, doutése est le douteux du lièvre de La Fontaine.
Li envoyé en marçant, à chaque pas il projette le ventre en avant.
Bisoin trop lahouce av li, il faut trop discuter avec lui; il faut trop de bouche.
Mo napas fautére, je ne suis pas coupable, fautif. Mot créé.
Lifire cassecou, Li lapice anguille, il fait cassecou, il pêche à l'anguille ; il dort assis en laissant à chaque instant retomber sa tête sur sa poitrine.
Mounanmounan, le diable.
Enecamela, un Chinois, terme d'amitié; un camarade.
Ene titimayelo, un Chinois, c'est un juron dans leur tangue,
Li cause menti, il ment.
To menti enbas vente, tu mens impudemment ;
du fond du yentre, ce qui part de plus bas que notre u du fond de la gorge a.
Ene catacata, éne caiac, une coquette, mot créé. Le mot catac se prend en très-mauvaîse part.
Ene doiimounde bilimbi, une personne aigre.
Le bilimbi est le plus acide de nos fruits.
Ene laîangue laf, une langue de vipère. Le laf est un poisson armé sur le dos d'un aiguillon dont la piqûre est parfois mortelle.
So licorps coule dtleau, il ruisselle de soeur; mot à mot, son corps coule de l'eau.
So lécorps quinte dtleau, îi est couvert d'écume,
Li toujours pour mette piment, il est toujours prêt à envenimer les choses; à mettre du piment.
Napas fére pâtîtes kisskiss, ne les irritez pas l'uo contre l'autre *,
Li lire li^iés av moi, il me fait des yeux furieux,
Li léfite lédent av moi, il a affûté sa dent contre moi. De l'ongle du pouce on aiguise une de ses dents incisives : c'est une forme de défi outrageante.
Li fére so laga^étte,U amène li partout, il fait sa gazette, îl le répand partout.
GRAMMAIRE. li!)
Li fine casse so iaguéle dans so labouce, il lui a, clos le bec.
Mo débaîe U morceau, je commence à le haïr moins. Mot créé.
Li casse bancal, îl boîte.
La^amhe torte, pied bot.
Li fine granfougne moi, il m'a égratigné.
Bouce trou av mo quiloUe, raccommodez mon pantalon.
Mo té passe li éne coudes^ambéque, je lui ai donné un croc-en-jambe.
. Fére guidiguîdi, chatouiller,
Li napas capave sourti so lipted dans bloc, il ne peut retirer son pied du bloc. Le bloc était l'énorme brodequin de bois où l'on emprisonnait la jambe du noir marron qu'on avait repris : l'expression est donc purement figurée.
Li doile laboutique, il a des dettes.
Li trop content çan^e lassiétte, il aime trop le changement . La boutique et l'assiette, parce qu'à l'indéfini nous préférons le défini, au général le particulier.
So :^ilét rode so boutons, il est débraillé; son gilet cherche ses boutons.
Li ronfié cornent cervoîanî patangue, il ronfle comme un tuyau d'orgue ; comme un cerf-volant patangue.
l86 LE PATOIS CRÉOLE.
Li gagne lapipie, il a toujours soif; il a la pépie.
Pare di^né, préparez le déjeuner.
Pare vous lipied, garez votre pied.
Zautes sourti av moi cornent motice dimiél dans bombarde, ils sortent contre moi comme un essaim d'abeilles d'une ruche.
Li trop gouy ave, il est trop poltron; trop goyave. Nous avons expliqué plus haut : Li dans gouyave.
Li mire moi, il nie vise. C'est du français.
Zautes napas encore té saye ensemhe, ils ne se sont pas encore mesurés, essayés.
Li même qui gros lacloce, c'est lui qui a la voix prépondérante ; qui est la grosse cloche.
Lifine lave so dette, il a payé sa dette; lavé.
Li fine coquin tout, 11 a tout volé.
Mo va fére li dans mo breloque, je le ferai dans mes loisirs. Le temps de breloque était la couple d'heures que le maître donnait à l'esclave dans le haut du jour. Peut-être dans les premiers temps annonçait-on la suspension du travail par un roulement de tambour, d'où l'expression.
Li marron lacase so manman, il s'est sauvé chez ou de chez sa mère.
Ene gauçard, éne gauçarde, un gaucher, une gauchère.
Ene robe gonade, une robe de mauvaise étoffe.
Gona:^e, cochonnerie, ordure : Li man^e gonade, il mange des cochonneries.
Ene grand halalame, un grand dégingandé. Mot créé : peut-être un « bat la lame », qui projette les bras comme dans la &çod de nager que l'on nomme la brasse ?
Li coutiriéi^e, elle est couturière.
Li marnée pi^on, il mange du pigeon, pour ii fait bonne chère : toujours le particulier pour le général.
Napas café, dileau bardeaux, ce n'est pas du café, c'est de l'eau sale, telle que la pluie la fait couler des bardeaux de nos toits; reproche sensible à la « Madame » dont le café est clairet.
Li fine man^e mangue vert, il est ivre ; il a mangé des mangues vertes.
Moicassetoi, de l'arac ; du « je te casse » .
Dileau sans gournouîe, de l'arac ; de l'eau sans grenouilles.
Dilét ligue, de l'arac ; du lait de tigre,
Li casse lamarre, il est ivre; il casse l'amarre, il va à la dérive.
Ene ptit coudesipion, un petit coup de sec ; plus d'un de nos Africains s'est appelé Scipion.
Ene coudemoustique, un coup d'arac avant de se coucher; pour chasser les moustiques.
Ene coup coq çanté, un coup au chant du coq.
Li fine gagne ine coudesoléye dans tombe, il est ivre; il a pris un coup de soleil à rombre,
Li ripliprés, il festonne, il bat les murs; il a pris les ris au plus près. Aliàs : li riperipH
Zautes après cause ptil causé cornent ^oi^os quinquin, ils chuchotent comme deux bengalis.
Ena couteau divant toi, il y a un couteau devant toi : une ordure.
Tofine marce dans difé to fine bourlé, tu as marché sur du feu, tu t'es brûlé; sur quelque ordure.
Lifine taqué, doctére té dire li tétte av bourrique, il est attaqué de la poitrine, le médecin lui a ordonné le lait d'ânesse; mot à mot, de teter avec une bourrique.
Ene goulipia, éne gouyaffe, un goulu, un goinfre.
Mo fine saute so latéle éne couder oce, je lui ai fait sauter la tète d'un coup de pierre.
Labec sauté, rester coi, avoir le bec emporté.
Li dire moi ça, mo vine courte, il me dit cela, je reste interdit : je deviens court.
Li macote, il est sans sou ni maille. Sans doute du malgache « macota », sale.
Li pique en décendant, il fait le crâne; il affecte de mépriser le danger, il pique son cheval en descendant.
Plante hai^ar, planter des légumes pour les ven- , dre.
Zespéce blancs qui napas goût, des gens de rien ; une espèce de blancs qui n'ont pas bon goût,
Li taillé cornent sipas, il est fait à la diable; taillé je ne sais comme. Quelques-uns disent cornent si- Pasquiçûça.
Quinine là ronflé dans tno laléte content mouce dimiél dans bombarde, cette quinine bourdonne dans ma tête comme des abeilles dans une ruche.
Li lé mette senti bon dans so viouçoir, il a mis de l'essence dans son mouchoir; du « sent bon ».
Mo fine passe li éne vomi, je lui ai donné un vomitif.
Mo té féque sonrti dans vente rno manman , je venais de naître. Le verbe naître n'existe pas, de là la périphrase.
Faut vous bonquére pour vous lostomac, il faut prendre sur vous de manger quelque chose; avoir bon cœur pour votre estomac.
Mo té pèse so laclé, j'ai pris sa clé ; pesé, prendre subrepticement, à l'improviste.
Fére moutiouc, faire la moue en signe de dédain, de mépris.
Lhéré mo vint li dérobé, quand je viens, il se sauve; il se dérobe.
°— 'Got^gk-
Té prend H latnain dans marmite, on l'a pris la main dans le sac; dans la marmite.
Mo napas té capave trouve sofiguire, té dans lamarée noire, je n'ai pas pu voir sa figure, c'était dans une obscurité profonde : la marée noire.
Napas pèle gros gros cannes ça t Mali^a même mo dire ous ! Ça ne s'appelle pas de grosses cannes ! Des maman Elisa même, vous dis-je ! C'est tout ce que nous savons de cette Elisa.
Ene maccabie, quelque chose de gros et de fort. On nomme maccabée une pince puissante employée dans les travaux des champs pour déraciner les roches énormes sur le tracé du sillon.
Ene pièce, unp pièce a le même sens. Ene pièce posson mo dire ous ! Un poisson magnifique, vous dis-je !
Mo amare mo îèquére, j'appelle i moi tout mon courage ; mot à mot, j'attache mon cœur.
Li fime gandia, il est un peu fou ; il fume le gandia. Le gandia, préparation enivrante extraite du Cannabis indica.
Vous napas va maille U, ine bouètère, ça, vous ne le prendrez pas, il éventera le piège. Nous avons expliqué bouètère , tiré du français « bouette » ou « boitte », appât pour la morue.
Mo manque H pour donne moi lamain, il me
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planque pour me donner la main ; pour m'aider. « I want him. »
Mo va tire so difil, je tirerai de lui ce que je désire ; mol à mot, je tirerai son fil. Dans un autre sens, je lui en ferai voir de grises. On tire de la grosse araignée noire de nos jardins un fil d'un éclat et d'une transparence telle, que nos grand'mères en firent pour l'impératrice Joséphine une paire de gants « sans seconde » .
Mo dans dilhotiiU, je suis dans le pétrin ; dans l'huile.
Ene couteau moucina, un fourbe, un traître; un couteau moucéna.
So iamain fine aile promené, il a volé; sa main est allée se promener. .
Ene métére, un casseur, un provocateur. Nous avons vu ce sens du verbe mêté, mettre.
Ene lémétére, un petit-maître.
Ene embaratére, un faiseur d'embarras.
. Ene médar, éne midame, un maître passé; un maître d'armes. Toujours le particulier pour le général.
Ene matienpas, un « je n'y tiens pas » ; un homme insouciant de sa personne et du reste, débraillé, revenu de tout,
Ene ptil gadiac, un petit morceau.
LE PATpIS CRÉOLE.
Mo déquire, je suis indécis ; je suis deux cœurs^ pour j'ai deux cœurs.
Ene lalangiie cabri, eue labouce cabri, une langue, une bouciie de cabri , langue ou bouche venimeuse, au propre comme au figuré.
Li guette bord lamer, il louche; il regarde au bord de la mer.
Tambave, maladie des enfants, le carreau ou l'une de ses variétés.
Latisane tambave, tisane contre le tambave; au figuré, de l'arac.
Mo té gagné dourmi, j'ai été vaincu par le sommeil, j'ai dormi; quHl ne faut pas confondre avec
Mo té gagne soméye, j'avais sommeil; ou plus élégamment : Soméye te av moi, le sommeil était avec moi.
Mo même qui té amène toi man^e disél, je suis ton parrain, c'est moi qui t'ai porté pour te faire manger le sel.
Mo iéquére té allé loin, mo dire vous ! j'ai eu une peur ! Mon cœur est allé loin, vous dis-je !
Li comence çante coq, il commence à se sentir homme; à chanter comme un coq; mot à mot, à chanter le coq.
Lifine man^e :(hancots, elle est enceinte.
Li éfia laquinle, il est riche ; mot à mot, il a la quinte?
GKAMMAIRE. 1^3
Li minguî, il est ladre, avare.
lÀ crainte (a doumoune là, il est vantard, il est fier cet homme-là. Crainte peut être une corruption de crâne,
Vou a donc moi dires, vous me donnerez des arrhes. Le mot dères peut venir d'une construction comme a pas besoin d'arrhes ».
Mo lé coince li, je l'ai pris. Coincer a le sens d'acculer dans un coin.
Sapatére, savetier, cordonnier.
Ene belle cafade, une femme très-noire. Les enfants appellent aussi cafade la grosse bille qui leur sert de palet.
Vous f ère ous rôle, vous faites le malin, le plaisant ; votre rôle.
Li désafiéré, il est hors de son assiette, de son caractère.
Toi! to éne godron! toit tu es un goudron!
âme et peau noires.
PeirUiré, peindre, appliquer de la couleur. D'où :
To fine peintire U, tu l'as fait boire, le voilà gris; or le gris est une couleur, donc...
Li coupé, U se sauve, il fuit.
Ene malinbougue, un homme très-fin. Étymologie facile.
Li lagratte, il vit aux dépens d'un autre ; mot à mot, c'est une gratte.
Li fére moi fére ^inga, il me fait faire zînga. L'expression n'est plus que figurée. Au temps margoze l'expression voulait dire au propre : s'accroupir sur les talons, se relever, s'accroupir et se relever encore, et aussi longtemps que durait la punition. Le coupable devait de ta main gauche se tenir le lobe de l'oreille droite, et vice versa ; on lui posait sur la tète un objet qu'il ne devait pas laisser tomber. Aujourd'hui, faire zinga c'est trimer, se fatiguer en pure perte.
Ene ^anguerna , un idolâtre , un païen ; sans doute de Jaggernaui.
LégUse :^angtierna, la cantine.
Parain dragées, marine drapeaux, parrain à dragées, marraine à drapeaux ; ayant donc toutes les qualités requises pour l'emploi.
Lampangue dourix, croûte formée par le riz qui adhère à la marmite. Mot malgache.
Li monte courant, il remonte le courant.
Su name canne, l'âme de la canne, l'arac.
• Ene gabloH, ine viel, un bout de cigare.
Entêté cornent pice mégue, entêté comme une puce maigre.
Vantard moment trouloulou, vantard comme un tourlourou (espèce de crabe).
Grandtére, le pays natal. Pour les Malgaches c'est Madagascar la grande terre par excellence, mais ils prêtent le mot à la mère patrie de quiconque n'est pas né à Maurice.
Ene îagrain, la migrain, une graine, la migraine.
Di:^éf canard, œuf de cane ; dilét béf, diUt cabri, lait de vache, lait de chèvre; nous ne pensons jamais à distinguer le mâle d'avec la femelle : Milél, mule ou mulet ; çatte, chatte ou chat. Par un juste retour, certaines gens, au lieu d'un mulet (poisson), disent une mule. '
Em mauves malade, une maladie grave; ine mauvése mal, une maladie secrète.
Li dans tanga^^e, il est dans une difficulté ; dans le tangage,
Ene grospôsson, un personnage, un gros poisson.
Li grosquire, il est jaloux, envieux; il a le cœur gros de ce qui vous arrive d'heureux.
Ene ptit dilhouile, une petite beauté.
Mitan, milieu. Vieux français.
Ma fine arive dans so mitan, j'ai pleinement atteint mon but; j'ai fait mouche.
Pilit, mes couteau, petit, mais solide, de grande valeur, indépendant ; mot à mot, petit mais couteau, coupant bien.
Mo napa% fié li, je ne me fie pas à lui.
Hé vous ! aran:^e barnis ça couvai là, vous napas trouvé croupière tranglé li, eh vous ! arrangez le harnais de ce cheval; ne voyez-vous pas que la croupière est trop serrée; l'étrangle.
Nénex cambart, nez énorme, La cambare est le plus gros de nos tubercules comestibles.
Empéce baba là crié, fére canana av li, empêchez ce bébé de crier, faites aller son hochet. On nomme canana un hochet suspendu i l'aide d'un fil à quelques pouces du visage d'un nouveau-né, et que l'on baLince pour occuper ses yeux.
Li mêgue! Tout so câtléltes dohors, il est maigre! toutes ses côtes sont dehors.
Li gagne Ihoquét, méte li dans laporte qui napas éna, il a le hoquet, mettez-le à la porte qui n'a pas de loquet; mais ça perd à être traduit.
Toi! qui va diboule av moi! C'est toi qui me tiendras tête; mot à mot, qui seras debout
Pointi li, taillez-le en pointe. Adjectif aj'ant la force verbale.
Li content godaillé, il aime à courir le guilledou.
Godailler, de godet ; le français familier lui faisait signifier boire à coups répétés.
Métle mi^lé av li, mettez-lui une muselière.
Ene gâteau poutou, un gâteau poutou, grosse pelote indigeste faite de farine de riz malgache. D'où :
Ene poutou, une grosse femme difforme,
Mo napas vous Itlit, ne vous appuyez pas sans façon sur moi, je ne suis pas voire lit.
Carabis laquée béf , favoris couleur queue de bœuf.
Camgnioco ou cagnioco, racaille.
Cayacaya, clopin-clopant, cahin-caha.
Tambres ou tatnbes, dattes. Ene pied tombe, un dattier.
Ene pHt piment, un enfant rageur.
Ene matapan , un homme ridicule , un grotesque.
Mo té matapane-li, je l'ai « tourné en bourrique 11.
Li fine mette catira av moi, il m'a jeté un son. Caiéra est un synonyme nouveau de yangue, sortilège.
Mo vergue, je suis décavé, j'ai tout perdu; je suis vergue, plus de voile, la vergue est nue.
Za:^a, avlà to pointére, Zaza, voilà ton galant, celui qui te pousse sa pointe.
Li souqué, il marronne, il rage en dedans.
Lapeau ! C'est l'avertissement du charretier pour demander à une charrette qui le précède de se ranger pour lui laisser le passage.
Bon gnamegname, bon manger. Onomatopée.
Perce 4ne citron dans çatenis, exprimez le jus d'un citron dans le chatenis. Percé pour presser.
Fous gamelle sale, lésse diîeau trempé làdans, votre gamelle est sale, « laissez de l'eau tremper dedans ». C'est une hypallage amusante.
Grand bomatin, coq çanté, de grand matin, au chant du coq.
Li néque moulé, Il ne fait que moudre (manger avidement), il ne fait que tordre et avaler.
Li ^éné cornent couroupas làhaut lasabe, il est gêné comme un colimaçon sur le sable.
Lédents blanc, léquére noir, les dents blanches, le cœur noir. Il a l'air de vous vouloir du bien, il ne vous veut que du mal.
Baba là trop guélé, batte li pour fére li pé, cet enfant crie trop, battez-le pour le faire taire. Le français a l'interjection Paix ! pour silence ! le créole a fait de « paix » un synonyme de « se taire » : Quand grand dimounes causé, pitits dotte pé, quand les grandes personnes parlent, les enfants doivent se taire.
°— 'Cot^gk-
Li borde enpendant, il est an bord, suspendu. Il branle dans le manche; il est au bord du fossé.
Hé wous ! ém blanc marce dans calice çà ! Eh vous ! c'est un blanc qui marche en voiture, çà ! soyez respectueux,
Ene causé cabri cornes cassé, un quiproquo, un coq-à-l'âne; mot à mot, une conversation de cabri qui a les cornes cassées.
Napas tint qui li tini, ce n'est pas tenir ce qu'il tient; de même Napas vané qui li vané, ce n'est pas courir ce qu'il court; c'est une ellipse, au lieu de Napas apéle vané ça qui li vané, ça ne s'appelle pas courir !
Ene batchiara, un entremetteur ; mot indien entré dans la langue.
Note i. — Si nous avions à donner un vocabulaire complet de tous les mots que peut porter la phrase créole, nous devrions élargir singulièrement notre cadre; mais sans prétendre à énumérer tous les termes étrangers qui ont plus . ou moins cours parmi notre population créole, nous indiquerons sommairement quelques-uns de ces mots exotiques dont plusieurs sont connus de tous, et les autres du plus grand. nombre; le lec-
teur en saisira mieux le caractère cosmopolite de notre patois.
D'abord h of course», des mots anglais, de jour en jour plus nombreux : «ticket, policeman , watchman, jockey, wagon, régates », dont la plupan du reste sont naturalisés français, sans compter tous les noms de monnaies : « roupie, sélin, shilling, sixpence », etc., etc.
Des mots indiens eti grand nombre, dont quelques-uns comme « chocra o , jeune garçon indien ; «bibio, femme indienne; «dobî», blanchisseur; «bacsisse», pourboire, sont d'un emploi universel; joignons-y « capra », vêtement; h sirdar », chef de bande, et son féminin « sirdarine » ; « lou » , vase en cuivre; « saheb «, monsieur ou seigneur, etc., etc.
Quelques mots arabes : « salam » *, salut, au sens de bonjour comme au sens d'adieu ; o laloi » , gâteau fait de lait de chamelle et de miel.
Deuxzoulous : «kalipaji, brave en zoulou, en créole bien mis, le français connaît ce second sens du, mol brave; adjoubanè», danser, sauter, en zoulou se démener, se dépêcher.
Le malais et le chinois nous ont envoyé nombre d'arbres et de fruits avec leurs noms. Citons, à titre d'anecdote, le juron chinois « titimayelo a ? Nos petits noirs, en dispute avec un Chinois, ne le nomment pas autrement; le nom de paix est « camelan, camarade.
Nombre de mots malgaches, <\ue nous avons pour la plupart signalés au passage ; o mangouate», nom d'un coquillage bivalve, en malgache, mangouate , bâiller ; « mandingue » , mensonge ; «maouli», endormi, lourd, pesant; «cabare», nouvelle en malgache, ici conférence, meeting; «lamba», harde, linge en malgache, ici châle venant de Madagascar; o mavouzou », paresseux, et par extension, un homme commun et grossier; «matouEou», sale; « macote », sale en malgache, ici sans sou ni maille, déguenillé ; « tandrac » , espèce de taupe rousse, le créole l'appelle aussi tangue; « mamou », ivre; « hojritte », espèce de sèche, de pieuvre; «mahouia», paresseux; «vangassaye », espèce de petite orange acide, en malgache H vouangassaye», etc., etc.
Enfin des mots venus du Mozambique, et sans doute d'autres régions africaines encore ; mais dont la pénurie de nos bibliothèques tie nous permet pas d'indiquer la provenance.
Note 2. — To va moule to mate. Tu moudras ton mais.
Cette expression pourrait provenir d'une vieille ■coutume du « temps margoze » .
Lorsqu'un jeune homme voulait épouser une jeune fille, il se rendait auprès de la mère, et le dialogue suivant s'engageait entre eux :
Bonsoir, grandmaman. — Bonsoir, mo pittt. Qui
Bonsoir, grand'maman. — Bonsoir, monenfant.
vous bisoin, mo pitit ? — Ah ! grandmaman, mo Que voulez-vous, mon enfant ? — Ah ! grand'mavoulé cause quiqueçose av vous. — Qui çaça, mo man, je veux vous dire quelque chose. — Qu'est-ce, pitit? causé, mo tende, — Ah! grandmaman, mo mon enfant? parlez, j'entends. — Ah! grand' macontent ous pitit-là ! — Cornent, mo pitit, ous conman, j'aime votre fille ! — Comment, mon enfant, tent mo pitit ! — Oui, grandmaman, mo content vousaîmez ma fille !^ — Oui, grand'maman, je l'aime li même ! — Ous capave carié dileau , mo pitit ? même ! — Pouvez-vous charroyer de l'eau, mon
— Oui, grandmaman, mo capave. — Dileau là enfant ? — Ouï, grand'maman, je le puis. — Cette /(■ loin, oui ! — Narien, grandmaman, qui a fére ? eau-li est loin, oui ! — Cane fait rien, grand'ma-
— Ous capave casse dibots? — Oui, grandmaman.
man, qu'y faire ? — Pouvez-vous fendre du bois ? ma capave. — Dihois là réde pour cassé, oui! —
— Oui, grand' maman, je le puis, — Ce bois-là est N arien, granâmaman, qui a fére? — Ous capabe rude à fendre, oui ! — Ça ne foit rïen, grand'marâpe mayôc? — Oui, granâmaman, mo capabe.
man, qu'y faire? — Pouvez-vous râper lemagnoc?
— Eh OMS I mayôc là hpétte pour râpé, oui ! —
— Oui, grand'maman, je le puis. — Eh vous ! ce Narien, grandtnaman, qui a fére ? — Ous capabe ' magnoc-l.\ est difficile à râper, oui ! —^ Ça ne fait moule mate, mo piUt ? — Oui, grandmaman, mo rien, grand'maman, qu'y faire ? — Pouvez-vous capabe. — Eh ous ! pilit ; mate là H dir, oui ! — moudre le maïs, mon enfant? — Oui, grand'ma- Narien, grandmaman, qui a fére? Tout céque man, je le puis, — Eh vous! mon enfant, ce maïsotis a dire moi, mo a fére ; mo content vous pitit.
là est dur, ouï ! — Ça ne fait rien, grand'maman, qu'y faire. Tout ce que voUs me direz, je le ferai ; j'aime votre fille.
Après cela, le prétendant était mis à l'épreuve. Aussi longtemps que durait sa cour, il charroyait, fendait; râpait et moulait; et, sa constance bien démontrée, notre Jacob enfin possédait sa Rachel.
»-i t., Giioglc
LE PATOIS CREOLE.
SIRANDANES.
Nous demandons à nos lecteurs français de nous pardonner ce qui suit : c'est à nos compatriotes fixés en France que nous avons surtout songé en colligeant nos trop nombreuses sïrandanes. Il nous souvient des treize années que nous avons passées loin du pays ; quelle saveur exquise nous aurions trouvée au plus contestable de nos fruits ! une vavangue, une roussaille, voire une carambole j quel délice! Mais commf ce serait là, , nous en convenons, un pauvre régal pour des palais européens^ il y allait de notre probité de le dire,
Dileau dihoute? — Canne.
De l'eau debout ? — Une canne à sucre.
Dileau en pendant ? — Coco.
De l'eau suspendue ? — Un coco.
Pitit batte manman ? — Lacloce.
L'enfant bat la mère ? — Une cloche.
Boidebéne dans dileau? — Zauguîe.
Du bois d'ébène dans l'eau ? — Une anguille.
Cinque brances dans dileau ? — Zourilte.
Cinq branches dans l'eau ? — Une houritte.
Dé vannes dértére montagne ? — Zoréyes.
D,„,.»..,Got>glc
Deuxvans derrière une montagne? — Les oreilles.
Mo îesprit par dériére ? — Navire àcause so gouvernail.
Mon esprit est par derrière? — Un navire à cause de son gouvernail,
Baïonétte par dériére? — Mouce jaune.
Baïonnette par derrière ? — Une guêpe. ■
Pariaca dans dileau ? — Madameséré.
Mouchoir à carreaux dans l'eau ? — Une damecéré.
Man^e par vente, rende par lédos ? — Rabot.
Qu'est-ce qui mange par le ventre et rend par le dos? — Un rabot.
Poule ponde dans raquettes ? — Lalaiigue.
Une poule pond dans les raquettes ? — La langue.
Guêle dans guéle, sette lapattes, quate ^éycsl — - Licien man^e dans marmite.
Gueule dans gueule, sept pattes, quatre oreilles ? — C'est un chien qui mange dans une marmite.
Cabinets, cabinets ^isqu à dans féla^e? — Bambou.
Des cabinets, des cabinets jusqu'au faîtage? — Un bambou.
Mo cotte ine mam:!;elle li man:(e so tripes, li boire so disang? — Lalampe.
Je connais une demoiselle qui mange ses intestins et boit son sang ? — Une lampe.
Ptit bonhome, grand çapeatt ? — Çampion.
Petit bonhommej grand chapeau ? — Un champignon,
Mo ina éne banne pHt bonhomes : ^otir ^aule
fête ^(autei tout habille en rou^e? — Piments.
J'ai une bande de petits bonshommes : le jour de leur fête ils sont tous habillés de rouge? — Les piments.
Qui ti bouir premier marmite dans péye Maurice? — Difé.
Qui a fait bouillir la première marmite à Maurice? — Le feu.
Qttate pattes monte làhaut quate pattes; quate pattes allé, quate pattes resté? — Licien làhaut cise.
Qu.itre pattes montent sur quatre pattes ; quatre pattes s'en vont, quatre pattes restent ? — Un chien sur une chaise.
Béf crié dans milié dé montagnes ? — So toussé éne doiimounde gros la^^oues.
Un bœuf crie entre deux montagnes ? — La toux d'une personne qui a de grosses joues.
Man^e noir, rende rou^e ? — Fisi.
Qui mange noir et rend rouge ? — Un fusil,
M-o bassin Usée, mette éne la paille libordé? — Li:^ié.
Mon bassin est sec, mettez-y une paille, il déborde? — L'oaîl.
Tamhonr lor enbas latére ?. — Safran.
Tambour d'or sous la terre? — Le safran.
■ Serpent marcé, lêsse so di:^éfs? — Zîraumon.
Le serpent marche, il laisse ses œufs ? — Le giraumon.
Mo envoyé éne lette, mo cane Ihére décacétte li ? — Lhameçon.
J'envoie une lettre, je sais quand on la décachette ? — Un hameçon.
Mo gagne éne couvai, mo beau fréme U dans liquirie so laquée tou:^ours dohors 1 — Lafimée.
J'ai un cheval, j'ai beau l'enfermer dans l'écurie, sa queue est toujours dehors ? — La fumée.
Mo lacase endans peintire en s^aune, en dohors peintire en blanc? — Di^if.
Ma maison à l'intérieur est peinte en jaune, en dehors elle est peinte en blanc ? — Un œuf.
Lacorde marcé, béf doiirmî? — Zîraumon.
La corde marche, le bœuf se couche? — Giraumon.
Brédes son:(e dans diîeau ? — Gouramié.
Brèdes songes dans l'eau ? — Un gourami.
Mo lacase peintire en :^aune, endans mo éna éne banne pHls ma:^ambiqiies ? — Papaye mtr.
Ma maison estpeinteen jaune, àTintérieur j'ai une bande de petits tnozambiques? — Unepapayemûre,
Mo tiihire éne latouéle :(amés mo trouve so lafin?
— Mo marce dans grand cimin.
Je mesure une toile dont je ne trouve jamais la fin ? — Je marche sur le grand chemin.
Asoir mo trouve éne banne lagrains dans mo lapline ; Ibire mo levé mo napUs trouve :iaules ? — Zétoiles.
Le soir je vois une quantité de graines dans ma plaine; quand je me réveille, je ne les vois plus? — Les étoiles.
Qui ça Moussié là qui amène so lacase làbaut so lédos ? — Couroupas.
Quel est le monsieur qui porte sa maison sur son dos ? — Le colimaçon.
Nhabit napas quilolte ? — Cancarïat,
Un habit, point de "culottes? — Un cancrelat.
Mo lacase plein lafenétes, éne laporte ? — Lêdé coude,
A ma maison beaucoup de fenêtres, une porte ?
— Un dé à coudre.
Mo éna disse ptit bonhomes, tout s^aules latéte blanc ? — Zongues.
J'ai dix petits bonshommes, ils ont tous la tète blanche ? — Les ongles.
Quate pilé, éne vani ? — Couvai pousse mouces : so lipieds pilé, so laquée vané.
Quatre pilent, un vanne ? — Cheval qui chasse les mouches : ses quatre pieds pilent, sa queue vanne.
Mo noir dans mo bonhére, mo rau^e dans km»
malhére ? — Cévrétte.
Je suis noir dans mon bonheur, je suis rouge dans mon malheur? — Une chevrette,
Mo rou^e dans mo bonhére, mo noir dans mo malhére ? — Lagratn café.
Je suis rouge dans mon bonheur, je suis noir daQs mon malheur ? — Un grain de café.
Blanc dans guinée ? — Doitrti dans marmite.
Du blanc dans du très-noir ? — Le riz dans la marmite.
Maman gutnée :(otié viélon, tout pttls blancs dansé? — Marmite dour!:^ làhaut difé.
Maman guinée joue du violon, tous les petits blancs dansent? — La marmite de riz sur le feu.
Manivelle làhaut cimin, tout doumounde qui passé embrasse so laboucèl — Lapompe.
Mademoiselle est sur le chemin, tous ceux qui passent embrassent sa bouche? — Une fontaine.
Mo éna éne bartque av dé qualités dileatt ? — Éne
diiif.
J'ai une barrique avec deux espèces d'eau ? — Un œuf.
Courone dans mo îatite, ^éprons dans mo Hpieds mo léroi dans basse cour, mi mo napas Uroi? ^- Câq.
Une couronne sur ma tète, des éperons à mes pieds, je suis roi dans la basse-cour, mais je ne suis pas roi? — Un coq.
Coupe mo vente, eus a gagne mo trésor? — Éne grenade.
Coupez mon ventre, vous aurez mon trésor? — Une grenade.
Tapis lareine toujours ouvert, :^amis plié? — Grand cimin.
Le .tapis de la reine toujours ouvert, jamais plié? — Le grand chemin.
Mo éna lacase, asoir U vide, ïa^puméeli plein? — Soulié.
j'ai une maison, le soir elle est vide, le jour elle est pleine? — Un soulier.
So râbe ma grandmaman a:(puie ajouté boule en boute ? — Létoit bardeaux.
La robe de ma grand'maman' est rapiécetée d'un bout à l'autre ? — Un toit de bardeaux.
Mo lacase tout en bardeaux, endans éne banne ptit maïambiques habille en blanc ? — Zatle.
Ma maison est toute en bardeaux, à l'intérieur une bande de petits mozambiques vêtus de blanc ? — Une atte.
GRAMMAIRE. 3li
Mo :(étte li blanc, li tombe :(aune? — Di^éf.
Je le jette blanc, il tombe jaune ? — Un œuf.
Rente par laporte, sourti par lafenéte ? — Possonî dans lasêne.
Entrer par la porte, sortir par la fenêtre ? — Les poissons dans la seine.
Mété, levé, tapé? — Saye souliers néf.
On met, on se lève, on tape ? — Essayer des souliers neufs.
Menace doumoune, napas causé? — Lédoigt.
Je menace, je ne parle pas ? — L'index.
Boidebéne làhaut rempart ? — Moustace.
Du bois d'ébène sur un rempart ? — La moustache.
Piiit crase manman ? — Laroce cari.
L'enfent écrase la mère ? — La pierre à broyer le safran pour le cari,
Pitit pile manman ? — Bâton pilon.
L'enfant pile la mère ? — Le pilon pile le moi-: tier.
Qui lalangue qui :(amés té menti ? — Lalangue s^animaux.
Quelle est la langue qui n'a jamais menti ? — La langue des animaux.
Ma grandmamans^amésoulédourmi làhaut so natte, H quitte so natte li dourmi par tére? — Ziraumon.
Ma grand'inanian jamais ne veut se coucher sur sa natte, elle laisse sa natte et se couche par terre? — Le giraumon.
Mo ^étte mo mouçotr dans diïeau, i^amés mo capave mouille H ? — Feille son^e.
Je jette mon mouchoir dans l'eau, jamais je ne peux le mouiller? — Une feuille de songe,
Lhére ma encoUre, mo vomi âifi? — Canon.
Quand je suis en colère, je vomis du feu ? — Un canon.
Attrape li mo aile çace l'aute ? — Ça même lamain dire av labouce lhére après manT^é.
Attrape-le, je vais en chercher d'autre ? — C'est là ce que la main dit à la bouche quand on mange.
Mo guette H, li guette moi f — Laglace.
Je le regarde, il me regarde? — Un miroir.
Énc banne sale, éne banne prope? — Latéreavléciél.
Une bande sale, une bande propre? — La terre et le ciel.
Quaméme fére çaud, mo toujours fris? — Lé^^ard.
Quand même il fait chaud, je suis toujours froid ? — Un lézard.
Ça banane là, mo beau man:^é :(amés mo capabe fini li ? — Grand cimin.
Cette-banane là, j'ai beau manger, jamais je ne peux la finir ? — Le grand chemin.
Pitit noir batte grand noir? — Piment.
Le petit noir bat le grand noir ? — Le piment..
Mo aile lavente, mo acùe plein noirs, mo tourne lacase, mo servi i^autes néque éne éne ? — Ène paquet goûtes.
Je vais à la vente, j'achète beaucoup d'esclaves, je retourne à la maison, je ne les emploie qu'un par un ? — Un paquet d'aiguilles.
Mille tourous dans éne tourou ? — Lédé coude.
Mille trous dans un trou ? — Un dé à coudre.
Tout mo camrades enbande av moi, mo allé, :^aules resté? — Posson maillé dans Ihameçoti,
Tous mes amis m'entouraient en foule, je pars, ils restent ? — Le poisson pris à l'hameçon.
Cote mo allé li sivré moi ? — Mo tombe.
Où je vais, elle me suit ? — Mon ombre.
Êna quate frères, dé grand dé ptlit ; fautes tout galpé ensembe ; pitit divant, carnés grand capabe gagne :(autes ? — So quate laroues éne caléce.
Il y a quatre frères, deux grands, deux petits; tous courent ensemble; les petits sont toujours devant, jamais les grands ne peuvent les dépasser? —r Les quatre roues d'une voiture.
Dé fours campagne dans milié lapléne ? — Tourous n^Kc^.
Deux fours de campagne au milieu d'une plaine? — Les narines.
Lapeau mort condire vivant ? — Souliers.
Une peau morte conduit un vivant ? — Des souliers.
Mo alons^e li H alon^e* moi? — Natte.
Je l'allonge, elle m'allonge.* — Une natte.
Figuire éne ^enfant cadette ettbas îabarbe ine honhome ? — Coco.
Une figure d'enfant se cache sous la barbe d'un vieillard ? — Un coco.
Tout soldats mo régiment nbabits vert bonéts routée ? — Framboises.
Tous les soldats de mon régiment ont l'habit vert et le bonnet rouge? — Les framboises.
Éne bande béfs îàhaut montagne, j^autes man^e roces :;autes quitte Ibérhe ? — Lipoux.
Un troupeau de bœufs sur la montagne, ils mangent les roches ils laissent l'herbe ? — Les poux.
Mo ena cinque ptit bonhomes, dé baingné trois guitiJ — Motice tténe:!^ av lédoigts.
J'ai cinq petits bonshommes, deux se baignent, trois regardent ? — Se moucher avec les doigts.
Zamés mo-té capabe trouvé ça qui gagné diriére mo lacase? — Mo dériére latéle.
Jamais je n'ai pu voir ce qu'il y a derrière ma maison? — Le derrière de ma lête.
Mo dé ptit bonhomes marte ensembe, çaquine so tour divant? — Mo îipieds.
Mes deux petits bonshommes marchent ensemble, chacun à son tour est devant ? — Mes pieds.
Trois ptils noirs guette vente :^aute vianman bourlé? — Lipieds marmite.
Trois petits noirs regardent brûler le ventre de leur maman ? — Les pieds d'une marmite.
Tambour dansé dans miîié so la cour ? — Dinde.
Un tambour danse au milieu de sa cour? — Un dindon.
Quate noirs aporte éne gros noir; quate noirs napas transpiré, gros noir qui transpiré? — Boudin làhaut gri.
Quatre noirs portent un gros noir; les quatre noirs ne transpirent pas, c'est le gros noir qui transpire ? — Un boudin sur un gril.
Mo lacase endans peintire en rose, en dehors peintire en vert av éne banne ptit ma:^ambiques Iddans ? — Moulondeau.
Ma maison en dedans est peinte en rose, en de-
hors elle est peinte en vert avec une bande de petits mozambiques à l'intérieur ? — Un melon d'eau.
Moulin marcé qnate fois par ^our ? — Labouce.
Le moulin qui marche quatre fois par jour ? — La bouche.
Tambour divant, pavillon dériére 7 — Licien: sa labouce ^apé, so laquée diboule.
Tambour devant, pavillon derrière ? — Un chien : sa gueule aboie, sa queue est dressée.
Enne banne mam^élles dans bitation, tout i^'^ute in :{e dtcire diciré? — Pieds banane: tou^^our s :^atUes freilïes dicii.
Une foule de petites demoiselles dans l'habitation, tous leurs vêtements sont en guenilles? — Les bananiers: leurs feuilles sont toujours déchirées.
Sicoupe dans dileau ? — Latine,
Une soucoupe dans l'eau ? — La lune.
Mo marcé H marcé, mo arété H marcé?. — Mo monte.
Je marche, elle marché; je m'arrête, elle marche? — Ma montre, ,
Mo boitnefanme à côte li passé lésse so ïacrace? — Couroupas.
Ma bonne femme où elle passe laisse sa salive ? — Un colimaçon.
Mors condire vivant ? — So mors couvai.
Le mort conduit le vivant ? — Le mors du cheval.
Mo éna ine ^arbe, quand li éna feilles H napas racines, quand li éna racines li napas éna feilles ? — Navire.
J'ai un arbre, quand il a des feuilles, il n'a pas de racines ; quand il a des racines, il n'a pas de feuilles }
— Un navire.
Zautesfére énepitit tourne làhaut vente so manman risqua li vomi ; son vomi nous mans^é ? — Moulin maîè.
On fait tourner un petit sur le ventre de sa maman jusqu'à ce qu'elle vomisse; ce qu'elle vomit, nous le mangeons ? — Un moulin à maïs.
Ça qui mo fine trouvé, Bondié napas fine trouvé?
— Mo fine trouve tno méte, Bondié napas fine trouve pourli. . '
Ce que j'ai trouvé, Dieu ne l'a pas trouvé ? — J'ai trouvé mon maître, Dieu n'a pas trouvé le sien.
Quate pattes làhaut quale pattes aspére qiiate pattes; quate pattes napas vinit quate pattes allé, quate pattes resté? — Çatte làhaut çése aspére lérat; lérat napas vini, çatte allé, cése resté.
Quatre pattes sur quatre pattes attendent quatre
Le PATOIS CRÉOLE.
pattes ; quatre pattes ne viennent pas, quatre pAttes s'en vont, quatre pattes restent ? — Un chat sur une chaise attend un rat; le rat ne vient pas, le chat s'en va, la chaise reste.
Éne fou, dé sec, dé mou, qutUe roule dans laboue 1 — Éne vace: so laquée fou, so cornes sec, so ^oréyes mou, sa lipieds dans laboue.
Un fou, deux secs, deux mous, quatre roulent dans la boue ? — Une vache : sa queue est folle, ses cornes sèches, ses oreilles molles, ses pieds sont dans la boue.
Boutéye endans, divin dehors ? — Zanbhngue.
La bouteille en dedans, le vin en dehors ? — Un jamiong.
Casse bancal dam bord canal ? — Gournoutes.
Des boiteux au bord d'un canal ? — Des grenouilles.
Tambour lardent enbas latére? — Zm^embe.
Tambour d'argent sous la terre? — Le gingembre.
Tapis mo grandppâ plein pinaises? — Léciel av ^étoiles.
Le upis de mon grand-père est pldn de punaises ? — Le ciel et les étoiles.
Tabaquiére mo grandppâ toujours crié ? — Monte.
La tabatière de mon grand-pèrç crie toujours ?
— Une montre.
Mo grandmmân fire ine pont, H tout siï capabe passe ïàhaut là? — Zergnée.
Ma grand'maman fait un pont, elle seule peut passer dessus ? — Une arwgnée.
Quand ma laporte ouvert li fermé, quand H fermé li ouvert ? — So laporte éne dmin qui passe lahaut lérails.
Quand ma pone est ouverte, elle est fermée; quand elle est fermée, elle est ouverte ? — La porte d'un chemin qui coupe les rails à niveau.
Vivants napas causé, morts causé? — Sarvades.
Les vivants ne parlent pas, les morts parlent ? — Les embrevades.
Mo marce dans éne ptit cimin, :^amés mo va posé, :^amés mo va tourné? — Lariviére.
Je marche dans un petit chemin, jamais je ne m'arrêterai, jamais je ne reviendrai sur mes pas ?
— Une rivière.
Tout so noirs mo papa :^autes ïipteds torte ? — Liciensfisi.
Tous les noirs de mon papa ont les pieds tordus ? — Les chiens de fusil.
Mo éna éne grand bande marmaille; soléye levé :^autes caciéle, soléye coucé gaules sourti? — Zéloiles.
J'ai une graQ.de bande de marmaille; le soleil se lève, ils se cachent ; le solrâl se couche, ils paraissent ? — Les étoiles.
Li éna lédents H ttapas îahaace, li capabe man^e lattouite lé^our sans posé ? — Lascie.
Elle a des dents, elle n'a pas de bouche, elle peut manger jour et nuit sans se reposer ? — Une sde.
Brédes dourmi? — Ziraumon.
Brèdes couchées ? — Giraumon.
Brédes galpi? — lève.
Brèdes qui courent ? — Lièvre.
Tou:jvurs li man:^ :^amés U avalé? — Moulin cannes.
n mange toujours, il n'avale jamais ? — Un moulin à cannes.
So léspHl mo put noir dans so néne^ ? — Licien.
L'esprit de mon petit noir est dans son nez ? — Un chien.
Tou:^ours li marce latéle enbas ? — Coulou soulier.
Toujours il marche la tête en bas ? — Un clou de soulier.
Lhére mo aile haingne lariviére mo lésse mo tripes lacase ? — Latoéle matelas.
Quand je vais me baigner à la rivière, je laisse mes entrailles à la maison ? — La toile d'un matelas.
Lhire mo aile lariviire mo çantéy Ihére mo tourné mo ploré ? — Banque galère.
Quand je vais à la rivière, je chante; quand j'en reviens, je pleure ? — Un barillet.
Mo boire dileau àcause napas dileaui — Navire tombe au séc.
Je bois parce qu'il n'y a pas d'eau ? — Un navire tombé au sec.
Si liantes vint :(autes napas va vini, mes si :^autes napas vini si^autes va vini ? — Doumounde plante pitits pois : li père pilons vine man:^é.
S'ils viennent, ils ne viendront pas; mais s'ils ne viennent pas, ils viendront ? — Un homme qui plante des petits pois : il a peur que les pigeons ne viennent les manger.
Tourou sansfondî — Bague.
Trou sans fond ? — Une bague.
Mo dibouté li alon^é, mo alon;(é U dthouti? — Lipieddoumoune.
Je suis debout, il s'allonge ; je m'allonge, il est debout ? — Le pied.
Mo éna éne ptit noir quâna pas mette lisolangouti li napas travaille ? — Gouïe bisoin difihpour coude.
J'ai un petit noir, quand on ne lui met pas son langouti, il ne travaille pas ? — L'aiguille a besoin de fil pour coudre,
Mo lacase ina beîbel couvertire, mis éne poteau mime qui tint îi? — Parasol.
Ma maison a une belle couverture, mais un seul poteau qui la retienne ? — Un parasol.
Mo lacase longue longue, tout sa laçambes rond et partage en longuére? — Bambou.
Ma maison est très-longue, toutes les chambres sont rondes et distribuées dans la longueur ? — Un bambou.
Mo ina ine qualiti comandére qui toujours mort sembe so fouite làhaut so :^ipole? — Lirat totiT^oun mort av so laquée.
J'ai une espèce de commandeur qui meurt toujours avec son fouet sur l'épaule ? — Le rat meurt toujours avec sa queue.
Mo ina ine lacase, quand mo fine ouvirt li, :^amés mo capave frime li encore ? — Bigorneau.
J'ai une maison, quand je l'ai ouverte, je ne puis jamais plus la refermer? — Un bigorneau.
Cicot dans miUi lapline ? — Lombri.
Un chicotau milieu d'une plaine? — Le nombril.
Dans tout lacases so place mo bonnefemme dtbovte dans coin ? — Balii.
Dans toutes les maisons la place de ma bonne femme est d'être debout dans un coin ? — Un balai.
°— 'Cot^gk-
Mo :(étte laséne, mo lève éne gros posson, mes moi tout sile qui a man:(e ïi ? — Mo fanme.
Je jette la seine, je relève un gros poisson, maïs je serai seul i le manger ? — Ma femme. '
Èna éne mam:(élle, lisivri moi partout mes carnés mo capabe embrasse li? — Mo lombe.
Il y a une demoiselle, elle me suit partout, mais jamais je ne puis l'embrasser ? — Mon ombre.
Blanc napas capabe travaille sans notrî — PHme bisoin lenque.
Le blanc ne peut travailler sans le noir ? — La plume a besoin d'encre.
Mo çaud mo napas transpiré, mo fris mo transpiré? — Gargoulette.
J*ai chaud, je ne transpire pas; j'ai froid, je transpire ? — Une gargoulette.
Mo ^étte li en lire li tombe en bas, mo :{étte li enbas li monte en 1ère ? — Boule lastique.
Je la jette en l'air, elle tombe à terre; je la jette à terre, elle monte en l'air ? — Une balle élastique.
Mo touffe H, li touffe moi? — LadouUre.
Je l'étouffé, elle m'étouffe? — La douleur.
Pavé làhaut, pavé enbas? — Tourtie.
Pavé en haut, pavé en bas? — Une tortue.
Latére blanc, lagrains noir? — Papier Sembe lécritire.
22^ LE PATOIS CREOLE.
La terre est bladche, la semence noire? — Le papier et l'écriture,
Lamaitt semé, liftés récolté? — Crtre av lire.
La main sème, les yeux récoltent? — Écrire et lire.
Longue labarbe, courte laquée f — Civritte.
Longue barbe, courte queue? — Une « chevrette», crevette.
Ploni^é, levé, séc? — Feille sortie.
Je la plonge, je la retire de l'eau, elle est sèche? — • Une feuille de songe.
Mo envoyé mo ptit noir comissian, carnés li tourné? — Couderoce.
J'envoie mon petit noir en commission, il ne revient jamais? — Une pierre,
Asoir H promné partout, grand:(Our so latéte en bas, so lipieds en 1ère? — Soursouris.
Le soir elle se promène partout, pendant le jour elle a la tête en bas, les pieds en l'air ? — Une chauve-souris.
Mo grandmanman li beau fére nattes tout so pittts dourmi partére? — Ziraumon.
Ma grand'maman a beau faire des nanes, tous ses petits enfants se couchent par terre? — Le giraumon.
Mo zoinde éne grande bande doumoune, quand
D,g,nz»-it.,Cooglt: ■
GRAMMAIRE. 22y
mo loin gantes dire moi boni^our, quand mo proce fautes napas dire narien? — Gournouîes dans bêrd dileau.
Jerencohtre une grande bande de gens; quand je suis loin, ils me disent bonjour; quand je suis proche, ils ne disent rien? — Les grenouilles au bord de l'eau.
Li éna qualors^e pieds dipis so lécou ^isqu'à dans so léreins; quand vous misire tout so lécorps li iéna néque éne pied dimiî — Homard *.
Il 3 quatorze pieds depuis le cou jusqu'aux reins ; quand vous mesurez tout son corps, il n'a qu'un pied et demi? — Un homard.
Mo beau lève li enlire, li tou^^ours bas? — Léhas.
J'ai beau le lever en l'air, il est toujours bas? — Un bas.
Si vous lavé pas, prête moi U; si vous lavé, napas prêté? — Battoir.
Si vous ne lavez pas, prêtez-le; si vous lavez, ne le prêtez pas? — Un battoir.
Mo éna trois gros noirs qui travaille tou:^ours ensembe, i^amés Toutes avancé carnés :^aules arquilé ? — Cylindes moulin. ■
J'ai trois gros noirs qui travaillent toujours ensemble, jamais ils n'-avancent, jamais ils ne reculent? — Les cylindres d'un moulin.
Li napas ina lavianne, so U:(OS làhaut so disang? — Banque divin.
Elle n'a pas de chair, ses os sont sur son sang? ; Une barrique devin. j
Mo louvra^e carnés fini? — Ramasse verres bontiye. \
Mon ouvrage ne finit jamais? — Ramasser des ' tessons de bouteilles.
léna éne banne hébétés qui travaille dans menu lendroit, i^autes tende éne à Faute, mes carnés gaules capahe trouve :^aute figuire? — Moutoucs.
Il y a une bande de petites bêtes qui travaillent dans le même endroit, elles s'entendent les unes les autres, mais jamais elles ne peuvent voir leur figure? — Les moutoucs,
léna éne banne mam^élïes dans hôrd cimin, :(aules tout latite enbas? — Pieds banane.
Il y a une foule de demoiselles au bord du chemin, toutes ont la tête en bas? Les bananiers.
Mo envoyé éne pttt noir comission, sitôt li fine gagne laréponse mo coné? — Lhamçon,
J'envoie un petit noir en commission, dès qu'il a eu la réponse, je le sais? — Un hameçon.
Mo éna boucoup lassUtes bien fin, fautes beau tombé, :^atnés cassé? — Fetlles.
J'ai beaucoup d'assiettes bien fines, elles ont beau tomber, elles ne se cassent jamais ? — Les feuilles.
Mo éna dé :(pli bassins, çaquéne éne îilote dans milié, Iherbe dans bord; quand :(autes bordé vous trouve so dileau coulé çaquéne so coté, mes canal qui fourni dileau dans bassins là vous napas capave trouvé? — Li^iés.
J'ai deux jolis bassins, chacun a un îlot au milieu et de l'herbe au bord; quand ils débordent, vous voyez couler l'eau de chacun; mais le canal qui fournit l'eau à ces bassins, vous ne pouvez pas le voir ? — Les yeux.
Pèse mo vente vjous a gagne bouillon? — Fisi.
Pesez mon ventre, vous aurez du bouillon? — Un fusil.
Mort porte vivant? — Pirogue.
Le mort porte le vivant? — Une pirogue.
Mo éna éne bassin, tout i^o^os qui vine boire làdans noyé? — La lampe avpaptons.
J'ai un bassin, tous les oiseaux qui viennent y boire se noient? — La lampe et les papillons de nuit.
Mo beau pitit, mo fort? — Rotin.
J'ai beau être petit, je suis fort? — Un rotin.
Bonhome noir latite rou^ef — Boutéye divin.
Un bonhomme noir à tête rouge? — Une bouteille de vin.
Mo ^0^0 éna nique ine li:^é, et so ïi:(ié dans so laquée? — Poilon.
Mon oiseau n'a qu'un oàl, et son œil est dans sa queue? — Un poêlon.
Li encore ptU ptit, di^ lagale avlil^^Margose.
I! est encore tout petit, il a déjà la gale? — Une margose.
Afo haae li li bâ moi, 'mo bâ li li batte moi? — Mofanme.
Je bats, on m'embrasse; j'embrasse, on me bat? — Ma femme.
Longtemps mo Udoigi té enbas tombe, li comence bourli dans grand soléye? — Pouce.
Jadis mon doigt était à l'ombre, il commence à brûler au grand soleil? — Le Pouce, montagne jadis très-boisée.
Ça qui ti voir li, napas li qui ti prend li; ça qui ti prend H, napas li qui ti tnan^e li; ça quitimaK(e H, napas li qui ti gagne bâti; ça qui ti gagne bâti, napas li qui li crii; ça qui ti crié, napas li qui ti ploril — Ptit noir fique coquin mangue: So It^s qui té voir, napas so li:(iés qui té prend; so lamain
qui té prend, napas so lamain qui té man:(é; so labouce qui té man^é, napas so labouce qui té gagne bâti; so iéreins qui té gagne bâté, napas so léreins qui lé crié; so labouce qui ti crié, napas so labouce qui ti ploré.
Celui qui Ta vu n*esi pas celui qui l'a pris; celui qui l'a pris n'est pas celui qui l'a mangé; celui qui l'a mangé n'est pas celui tjui a été battu; celui qui a été battu n'est pas celui qui a crié; celui qui a crié n'est pas celui qui a pleuré? — Un petit noir vient de voler une mangue : ses yeux ont vu, mais ses yeux n'ont pas pris; sa main a pris, mais sa main n'a pas mangé; sa bouche a mangé, mais sa bouche n*a pas été battue ; ses reins ont été battus, mais ses reins n'ont pas crié; sa bouche a crié, mais sa bouche n'a pas pleuré.
Grand ^oréyes, ptit li^és, lapeau verni? — Soursouris.
Grandes oreilles, petits yeux, cuir verni? — Chauve-souris.
Mo lève so cimise, mo trouve so civés; mo lève so civés, mo trouve so lédents; mis napas so lidents qui pour man^e mai, moi quipour man^e so lédents? — Éne mate.
Je lève sa chemise, je vois ses cheveux ; je lève ses cheveux, je vois ses dents ; maïs ce ne sont pas
ses dents qui me mangeront, c'est moi qui mangerai ses dents? — Un épi de maïs.
Mo lasalJe tapisse en rou:^e; éne banne ptit fautéyes blanc îàdans; domestique souye :(autesav ciffon rou;(e? — Labouce, lédents av lalangue.
Mon salon est tapissé de rouge; dedans, beaucoup de petits fauteuils blancs; ie domestique les essuie avec un chifibn rouge? — La bouche, les dents et la langue.
Ah bahi Msii, sirandams fini! Langas^e créole Ah bahl Monsieur, les sïrandanes sont £aies.
même napas ronfti cornent longtemps. Malbars qui Le langage créole même ne résonne pas comme lacause ça: fautes Jine foure s^aute caust martlns autrefois. Ce sont les Malabars qui sont cause de partout. Zautes ^ui comandi àfthére, i^autes gui ça : ik ont fourré partout leur parler de martins. mites. Péye Maurice dans :(aute lamains: lalére Ce sont eux qui commandent à présent, eux qui pour ^(autes, dtbois pour gaules, dileau même pourt sont les maîtres. Le pays de Maurice est dans leurs av ^aute capras. Zense là man:^e nous. Encore! éne mains : la terre est pour eux, lé bois est pour eux, faye faye nation, éne nation tripes! Dans ^aulepeye, l'eau même est pourrie par leurs capras. Ces gens-
éne grand grand bougue* péye, nêque coq tout séîe là nous mangent. Encore ! un peuple de rien, un qui gagne courage; lareslanl napas vaut éne piment. peuple de tripes ! Dans leur pays, un immense pays qui n'en finit plus, il n'y a que les coqs qui aient du courage; tout le reste ne vaut pas un piment.