‹ Étude sur le Pneumothorax ArtificielChapitre 7 sur 48 · LE 10 QE · texte numérisé non relu

LE 10 QE

sions tuberculeuses, arrêt pouvant aller d’ailleurs jusqu’à la guérison complète. |

Pour certains auteurs, c’est dans les modifications circulatoires provoquées par le pneumothorox artificiel qu’il faut chercher l'explication de la guérison des lésions tuberculeuses. Pensant que le pneumothorax produit une hyperémie assez marquée, Sackur (1) et Sauerbruch (2) comparent son action à celle de la méthode de Bier.

Bruns (3) au contraire a montré que dans des cas de pneumothorax expérimental ce que l’on constate ce n’est pas l’hyperémie, mais au contraire l’ischémie du poumon comprimé. Brauer et son école, qui se sont faits les défenseurs de cette théorie, pensent que le ralentissement de la circulation et l’hyperémie veineuse qui en résulte constituent une condition favorable à la défense du tissu pulmonaire contre le bacille de Koch.

Pour Brauer, d’ailleurs, la stase lymphatique jouerait un rôle beaucoup plus important que l’ischémie.

Constante dans les cas d’immobilisation du poumon, ainsi que semblent le prouver à la fois les autopsies (Graetz, Warnecke, etc.) et les expériences de Shingu, cette stase lymphatique produirait non seulement une amélioration de l’état général par suite du retard et de la diminution de l'absorp-

tion des poisons nés sur place, mais encore elle aboutirait par

irritation locale à une hyperplasie fibreuse très marquée. Pour Forlanini (4) les mouvements respiratoires du poumon

amenant une diminution progressive de la circulation san-

guine et lymphatique dans les tissus tuberculeux, ceux-ci s’a- (4) Sacxkur, Zur Lehre vom Pneumothorax. Zeitschrift klin. Med.,1896, n°25, (2) Sauersrucn, Zur Pathologie des offenen Pneumothorax. Mité. a. dem

Grenzgeb. der Med. und Chirurg., 1904, 399.

(3) Bruns, Ueber Folgezustande des einseitigen Pneumothorax. 2. z, klin. der

«Tuber., 1909, bd. XII.

(4) Forcanini, Ergebnisse der innere Medizin und Kinderheilkunde, 1912, tome IX.

némient peu à peu et finissent bientôt par se nécroser complètement. En comprimant le poumon tuberculeux, on supprime les mouvements respiratoires et par là même on permet aux lésions tuberculeuses d’évoluer vers la guérison.

Tout récemment encore, Géeraerd (1) a émis une nouvelle hypothèse : « Aux causes invoquées par la plupart des auteurs, dit-il,il convient peut-être d'ajouter le fait que la compression des bronches empêche l’accès de l’oxygène dans le tissu pulmonaire malade et place ainsi le bacille de Koch, microbe aérobie, dans des couditions mauvaises de vitalité. »

Toutes ces théories, contradictoires et compliquées, ne suffisent pas à expliquer complètement les guérisons observées. Il est possible que les modifications de la circulation produites par l’établissement d’un pneumothorax dans un poumon tuberculeux contribuent, au moins pour une part, à modifier l’évolution des lésions; mais, à notre avis, il faut tenir compte surtout de l’immobilisation mécanique produite par la compression même du poumon.

Les propriétés physiologiques de cet organe éminemment élastique font qu’il est constamment en mouvement, ce qui est un obstacle absolu à la cicatrisation des lésions tuberculeuses.

En comprimant ce poumon, nous l’immobilisons et nous faisons ainsi disparaître toutes les raisons d'ordre mécanique qui s’opposaient à la cicatrisation. Ne voyons-nous pas tous les jours des tuberculoses osseuses et articulaires guérir spontanément sous l'influence de l’immobilisation locale ? En comprimant le poumon malade nous ne faisons qu’appliquer aux lésions pulmonaires la même règle au’aux autres lésions tuberculeuses en ‘général : mettre au repos l’organe malade.

Pour obtenir cette immobilisation, on injecte dans la cavité pleurale, avons-nous dit, un gaz inerte qui refoulera ce pou-

(1) GÉERAERD, Journal médical de Bruxelles, n° 24, 19142.

mon. « En réalité, dit M. Léon Bernard (1), ce n’est pas tant le gaz qui refoule le poumon que le poumon parenchyme élastique qui s’affaisse en raison de la suppression du vide pleural. Quoi qu’il en soit,de cet affaissement du poumon il résulte que la partie altérée revient sur elle-même; que, lair intra- - pulmonaire chassé, les alvéoles altérés se tassent, les parois des cavernes s’accolent; et que ces lésions ainsi conglomérées et fixées sur place se trouvent dans des conditions favorables à leur cicatrisation. »

= En principe, ce qu’on cherche à obtenir en appliquant cette méthode, c’est l’immobilisation et la rétraction complète du poumon malade. Or, toutes les causes qui diminuent l’élasticité du parenchyme pulmonaire sont un obstacle au collapsus de l’organe et bien souvent au lieu d’obtenir une rétraction complète du moignon pulmonaire vers le hile avec immobilisation absolue du poumon, nous ne parviendrons qu’à créer un pneumothorax partiel avec rétraction incomplète et immobilité relative de ce poumon.

TECHNIQUE OPÉRATOIRE. — Méthode de la ponction. — Pour réaliser le pneumothorax artificiel Forlanini mit en pratique le procédé dit « de la ponction »,qui consiste, d’après la définition même de l’auteur, « à faire pénétrer la pointe de Vaiguille à travers la paroi thoracique, entreles deux feuillets pleuraux, sans blesser le poumon, et à y introduire une quanüté d'azote déterminée ».

L'appareil imaginé par Forlanini pour injecter l’azote se composait essentiellement des parties suivantes : Deux récipients en verre en forme de tube en U, d’une contenance de 300 eme chacun. L’un des récipients contenant le gaz à injecter communiquait avec un tube de caoutchouc à l’extrémité duquel se trouvait une simple aiguille à injeètion hypodermi-

(1) L. Bernarp, le Pneumothorax artificiel (Zes Actualités médicales.) J.-B. Baillière et fils, 1913, Paris, p. 10.

que. À l’autre récipient, renfermant un liquide antiseptique, était adaptée une soufllerie de Richardson destinée à établir la pression au-dessus du liquide ; chassé par le liquide, l'azote pénétrait dans la cavité pleurale.

S’étant vite rendu compte que cet appareil était insuffisant dans les cas où il existait des adhérences pleurales, Forlanini avait imaginé un petit instrument dit robinet à trois votes sur lequel s’adaptaient à la fois:

1° L’aiguille à ponction:

2° Une seringue de Pravaz: "

3° Le tuyau qui amène l’azote de l'appareil.

Suivant les besoins on pouvait faire communiquer l'aiguille avec la seringue, laiguille avec le récipient d’azote, enfin la seringue avec l’extérieur.

Voici, en quelques mots, comment procédait Forlanini : dans une première opération il déterminait quelle était la profondeur de la région pleurale. Il enfonçait doucement à travers la paroi thoracique l’aiguille munie d'un curseur montée sur le robinet à trois voies et en communication avec la seringue. Agissant sur le piston, il se rendait compte du moment où il pénétrait dans le poumon; la cavité pleurale étant immédiatement sous-jacente, il retirait légèrement l'aiguille et fixait le curseur à ce niveau.

Le lendemain, dans un second temps opératoire, il enfonçait l'aiguille directement jusqu’au point marqué par le curseur et théoriquement il devait se trouver dans la cavité pleurale.

Il y a quelque temps, Forlanini a légèrement modifié son appareil en y adaptant un manomètre qui lui permet de se rendre compte de la pression intra-pleurale.

Procédé par incision. — Considérant la méthode de la ponction comme‘un procédé dangereux, Brauer et L. Spengler incisent préalablement la peau et les tissus sous-jacents jusqu’à la plèvre pariétale exclusivement. Après avoir reconnu

son état, ils la perforent avec une aiguille mousse et introduisent dans l’espace pleural une fine sonde en gomme pour sentir la surface pulmonaire et éviter de blesser le poumon. Ils injectent ensuite de 1000 cmc.à 1500 Cmc. d'azote. Cette opération terminée ils suturent soigneusement la plaie. Ce procédé,

dit de l’incision, est une véritable opération chirurgicale qui

Page 1