‹ Étude sur le régime financier du MarocChapitre 1 sur 71 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Sous l’irrésistible poussée de toutes les forces nationales plus que par un dessein persévérant et ferme de nos gouvernants, le Maroc est enfin entré dans l'empire colonial français. re

Cet agrandissement nous l’avons payé par l’abandon en outre de nos droits sur l'Egypte, d'une partie du Congo. Cette dernière perte a été douloureuse au sentiment national, d’autant plus douloureuse que, subissant la force, nous avons cédé ce pays à qui nous ne devions rien. Il n’en est pas moins vrai que le Maroc, fertile, peuplé, habitable par les Français, complément magnifique et nécessaire de notre empire de l'Afrique du Nord, représente un accroissement de

puissance en regard duquel le Congo ne peut ètre mis

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en balance. Sa possession constituait pour nous une source de prestige, non un élément de force.

C’est un Maroc amoindri qui nous est livré ; amoindri quant à son étendue territoriale et là il n’y a pas de remède ; amoindri par les accords qui ont établi le principe de l’égalité économique, par le régime des protégés, par les capitulations. Il est à prévoir cependant que peu à peu les hypothèques, restes de l’ancien état de choses ou ébauches d’un régime international, finiront par disparaître ou que les effets en seront neutralisés. Sur le terrain économique partilièrement, il est dès maintenant à peu près certain que nos compatriotes par la force des choses prendront le pas sur les ressortissants des autres pays. La proximité de l’Algérie et de la France, les positions déjà acquises depuis longtemps, les avantages que la maitrise politique fait tout naturellement à l'emprise économique, l'expérience chèrement acquise ailleurs en fait de politique musulmane font pressentie la prédominance complète des intérêts français.

Qu'’allons-nous faire de notre conquête ? La première œuvre, c'est celle à la fois politique et militaire de la pacification. Elle est aujourd'hui à peu«près terminée dans certaines régions, celles qui nous sont le plus facilement accessibles ou dont l’importance politique sst le plus considérable. Pour ie moment, craignant la dépense d’hommes et d'argent, nous ne

nous soucions pas d'étendre outre mesure le terrain

NT d'occupation. Cela ne se fera que progressivement et dès maintenant il importe d'organiser les territoires pacifiés.

Un point essentiel est l’organisation financière, Historiquement cette question a toujours été d’un intérêt vital en ce pays. Le sens patriotique, le sentiment de l'intérêt national, l'instinct de l’obéissance faisant défaut, la politique du sultan, sa puissance étaient subordonnées à la question des ressources, Quand elles manquaient, c'était l’anarchie. Pour les puissances étrangères les plus directement intéressées au maintien de l’ordre et de la sécurité, le remède à cet état de choses était en dernière analyse l’aide pécuniaire et c’est par là que nous sommes entrés au Maroc.

A l’avenir, le problème financier n’aura pas moins d'importance mais pour d’autres raisons. Nous apportons nécessairement dans l'empire chérifien nos habitudes d’esprit, nos traditions administratives. Or, de par notre organisation, dont on peut dire qu’elle est fondée sur la méfiance des citoyens vis-à-vis des pouvoirs publics, les domaines et les modes d’activité de nos gouvernants sont étroitement réglementés. Le budget les indique et les limite. Quelques principes très stricts président à l’établissement et à l’exécution de ce budget et toute la vie du pays vient s’y refléter. Une organisation si rigide et dont

dépend la prospérité générale ne doit pas être créée

En à la légère et ses modalités doivent être étudiées avec soin. Au débat sans doute, il vaut mieux laisser une assez grande latitude aux administrateurs responsables. Encore que de civilisation ancienne, le Maroc est un pays neuf, puisque jusqu'à ces derniers temps rien n’a été fail ; la matière, hommes et choses, sur laquelle il faut travailler, est souvent peu connue ; l’accidentel est fréquent ; les initiatives nécessaires doivent pouvoir se donner libre cours. Plus tard et de plus en plus il faudra se rapprocher de nos méthodes financières ; on pourra tout ou moins adapter celles-ci aux circonstances locales ou en créer de nouvelles, empreintes du même esprit.

Il serait vain de vouloir indiquer dès maintenant toutes les questions que soulève le problème financier. Nous les indiquerons au fur et à mesure qu’elles se présenteront dans le courant de cette étude. Celleci comprendra deux parties : une première d'ordre général où nous examinerons les traits dominants du régime ancien et les directions qui vont commander notre action, une deuxième comportant l’examen détaillé des ressources du Maroc, de ses dépenses, enfin

de son administration financière.

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