S 1. — LA DETTE CONSOLIDÉE
Jusqu’à la fin du x1x° siècle, le Maghzen avait réussi à éviter le déficit. À deux reprises, l’Espagne lui avait imposé une indemnité de guerre et par suite le recours à l'emprunt, maïs en dehors de ces circonstances exceptionnelles il n’avait pas eu besoin de faire appel au crédit pour combler des insuffisances de ressources normales.
C'est que si les recettes sont modiques,les dépen-
ses publiques sont presque inexistantes.Il n’y a pas de services publics autres que le culte, l’enseignement et la justice qui sont payés par les habous ; les fonctionnaires ne recevant pas de traitement se paient eux-mêmes sur leurs administrés. Les charges militaires sont assurées en temps normal au moyen des contingents des tribus guich, en cas d'expédition au moyen de la harka. Les recettes presque entières du irésor restent à la disposition du sultan pour ses besoins personnels ou pour ceux de sa politique. A la rigueur si ces recettes venaient à disparaître le fonctionnement de cette machine rudimentaire qu’est le Maghzen pourrait continuer. C'est l’équilibre dans la misère.
Ce bel ordre fut troublé par les dépenses fantaisistes et les réformes aventureuses d’Abd el Aziz.A partir de ce moment l'emprunt est pratiqué d’une façon continue ; il faut à tout instant combler le déficit du budget, rembourser les dettes antérieures et aussi payer des indemnités parfois abusives aux Européens. Des sommes empruntées, rien n’est consacré à des travaux publics ou à d’autres dépenses productives. Si bien qu’à l’heure où nous entreprenons la réorganisation du Maroc, nous sommes en présence d’un passif considérable et du néant en fait d’outillage, à l'inverse de certains pays neufs où nous avons trouvé le côté passif et le côté actif également vier-
ges. Et comme toute la mise en valeur de ce pays est
subordonnée à cette question d'outillage, nous commençons pour le créer par accroître sensiblement le chiffre de la Dette au risque de voir une très grande portion desressources normales absorbée par la charge
annuelle qui en résulte.