ÉTUDE CHIMIQUE
GRAINE. — Il résulte des diverses analyses que l’on a faites de la graine de ricin, qu’elle contient de 40 à 50 p. 100 de son poids d’huile. e |
D’après M. Bouis, la graine de ricin est la plus riche en corps gras de toutes les semences oléagineuses. Il en a trouvé de 60 à 64 p. 100. Cette teneur paraît exagérée si l'on se reporte aux analyses de Fleury et de Maillot détaillées ci-dessous. Je suppose que ce sont là des résultats correspondant à l'huile extraite des semences décortiquées.
ANALYSE DE FLeury. — Æau, 6.18. — Matières minérales, 3.10. — Matières albuminoïdes, 20.20. — Sucres el composés analoques, 2.21. — Matières grasses et résineuses, 46.60. —
Cellulose, 17.99. — Substances indéterminées, 3.72.
ANALYSE DE MarcLor. — Huile, 39.16. — Mat. albumin., 19.9. — Eau,5.8. — Sels minéraux, 3.3. — Matières solubles dans l'alcool et l'éther, 5.7. — Acide gallique, 0.13. — Glucose, 1.6. — Mat. pectiques, cellulose, etc.
La quantité des matières albuminoïdes trouvée dans ces deux analyses correspond bien à la quantité d’azote contenue dans la graine de ricin.
D'après Bower (Amer. Journ. of Pharm.., 1854, XXVI, 207), ces graines contiennent une substance protéique et un corps semblable à l’amygdaline, qui, en réagissant l’un sur l’autre en présence de l’eau, produisent une petite quantité d’un corps fétide, toxique, qui agit énergiquement sur les
SAMRENR EE organes digestifs. Mais ces faits exigent de nouvelles recherches.
La question que l’on s’est posée souvent, “ que l’on se pose encore aujourd’hui : Quel est le re du principe actif ? n’a pas encore reçu de solution.
On a assigné comme place à ce principe inconnu, d'aboud l’épisperme, puis la pellicule qui entoure l’albumen, puis la la caroncule, l'embryon.
Limousin-Lamothe, dès ‘1810, prouva que les graines dépourvues d'embryon possèdent, sous le même poids, une action purgative aussi grande que les autres. Mérat et de Lens sont arrivés au même résultat. Personne a administré séparément poids égaux d’embryon seul et d’albumen seul : l'effet purgatif était identique.
À la suite de ses nombreuses expériences, M. Huguet à démontré, en 1875 (Thèse de Pharmacie, Paris), que ni l’épisperme, ni la caroncule, ni la pellicule, ne sont le siège spécial du principe actif. Il a contrôlé les expériences de Limousin-Lamothe, de Personne, de Mérat et de Lens, et il croit pouvoir affirmer que le principe actif de la graine de ricin est uniformément réparti dans toute la semence. Mais à cette question : Quelle est sa nature ? M. Huguet ne peut répondre, malgré des recherches sérieuses.
En 1848, Calloud avait émis l'opinion que le principe auquel les graines de ricin doivent leur action éméto-cathartique n’est pas un principe résineux. L’extrait alcoolique du tourteau ne lui a pas donné un produit plus actif que l'huile elle-même. De plus, le tourteau conservait son action violente (Journal de Phurmacie et de Chimie, 3° série, t XIV}.
Petit, en 1860, a extrait de la graine de ricin un corps qu’il a appelé Aicinine. Tuson a fait la même découverte en 1864: mais ces deux corps ne sont pas identiques et ne
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constituent pas un principe défini. Pour l'obtenir, 6n peut faire usage du procédé Personne : on traite, par l'alcool bouillant, du tourteau bien déshuilé par le sulfure de carbone. L’évaporation de l'alcool laisse un résidu de ricmine. Ce produit ne serait pas un alcaloïde, d’après Wayne, qui la étudié en 1874. Il cristallise en prismes rectangulaires, possède une saveur amère, est soluble dans l’eau et l’alcool, moins dans l’éther et la benzine.
Diverses albumines mises en contact avec la ricinine ne l’onc pas dédoublée en principe purgatif (Personne — Æxpér. inédiles).
Stilmarck affirme, dans un travail cité à l’Institut pharmacologique de Dorpat en 1888, que le principe purgatif des graines de ricin n’est ni un alcaloïde, ni un glucoside, ni un acide organique, mais un corps albuminoïde identique au B. phytalbuminose que Sidney' Martin a séparé du suc de Carica papaya, et qui appartient à la classe des ferments non organisés. |
Cette substance est un poison des ils violents et possède un pouyoir coagulant extraordinaire, au point que le sang qui arrive au contact d’une faible quantité de la substance absorbée est immédiatement coagulé, obstrue les capillaires intestinaux et détermine des thromboses et des ecchymoses. Par voie hypodermique, son action principale se porte sur le canal intestinal, et non au lieu de l’injection. La dose mortelle pour un homme de 60 kilogr. est de 18 centigrammes. ha
Merck, en 1890, a retrouvé le même principe dans la graine de Curcas et de Tiglium.
Feuize. — TiGe. — Racine. — L'analyse des feuilles, tiges et racines de ricin indique dans ces organes la présence de la ricinine de Tuson. On y a trouvé aussi du nitrate de potasse.
Huize. — Sous l’action de la chaleur, l'huile de ricin se . charbonne plus rapidemeut que les autres huiles. Si on la porte lentement à la température de 265°, dans un appareil distillatoire muni d’un récipient refroidi, l'huile de ricin peut distiller complètement sans se boursoufler. Si, au contraire, on élève rapidement la température, elle se décompose en donnant des produits gazeux accompagnés d'huiles volatiles, de carbures d'hydrogène et d’acroléine. Puis, la matière s’épaissit, se boursoufle et se transforme en une substance spongieuse, élastique.
Le produit condensé, redistillé pour en séparer les parties volatiles (ac. acétique, œnanthol, eau), donne un résidu liquide, jaune foncé, d’odeur faible, saveur âcre, acide, soluble en toutes proportions dans l’alcool, l’éther, les solutions alcalines, se solidifiant à 0°. Ce liquide, parfaitement privé d’huile, fut considéré, par Bussy et Lecanu, comme : formé d’un mélange de deux acides gras, l’un solide, l’autre liquide.
Ils donnèrent à l’acide liquide le nom d’acide ricinique. Il est blanc, nacré, saveur âcre et persistante qui ne se développe pas de suite, fusible à 22° en un liquide limpide, pos-
sédant une réaction acide très prononcée, soluble dans le tiers de son poids d'alcool, à 12°, d’où il se dépose par le refroidissement. Chauffé dans une cornue, il distille à une température peu élevée. La potasse et la soude le transforment en savons solubles dans l’eau et l'alcool. Il diffère de l'acide Stéarique et margarique par sa solubilité dans l’alcool, et par la solubilité, dans le même véhicule, de son savon magnésien.
L'’acide liquide, appelé ac. élaïodique, a été isolé en soumettant le mélange à l’action d’un froid prolongé. Il a une
saveur âcre, est soluble en toutes proportions dans l’alcool, l’éther, les alcalis faibles.
Il résulte de l’étude qui précède des produits de distilla-
tion de l’huile de'ricin, que cette huile a une composition particulière.
: L'huile de ricin, traitée par l’acide hypoazotique, se colore en jaune et se solidifie. Le produit ainsi obtenu constitue la palmine de Boudet. Bouis et Gerhardt l’ont appelé ricinélaïdine.
Ainsi obtenue, la ricinélaïdine n’est pas pure. Il faut la laver à'plusieurs reprises avec l’eau, qui ne la dissout pas, et la faire cristalliser dans l’alcool. On l’obtient ainsi en petits mamelons, fusibles vers 45°. Les acides la transforment en glycérine et acide ricinélaidique, isomère de l'acide ricinolique.
L'action du chlore à été étudiée par Planche, en 1809. Un courant de ce gaz à travers l’huile de ricin lui donne, après six heures, une coloration de bière foncée. L’huile possède l’odeur du chlore, elle devient beaucoup moins soluble dans l'alcool.
L'eau distillée, agitée avec de l’huile de ricin, s’imprègne de son odeur. Ce mélange, distillé, donne quelques gouttelettes d’un liquide incolore, huileux, un peu âcre, non caustique. Est-ce une huile volatile ? Est-ce de l'huile de ricin entraînée ? Le peu de produit obtenu ne permet pas de résoudre cette question.
Boudet avait dit que l’acide sulfureux la fait prendre en masse. MM. Bouis et Saalmüller disent, au contraire, que l'huile de ricin n’éprouve de la part de S0?, qu’elle absorbe, aucune altération. M. Bouis a conservé, pendant dix ans, divers échantillons de cette huile, saturée de SO? sec et humide, et il dit qu’il ne s’est produit, dans ses caractères organoleptiques, aucun changement.
. L’acide sulfurique étendu lui enlève ses propriétés purgatives, mais la liqueur aqueuse provenant de ce lavage a acquis cette propriété.
:— L'action des alcalis sur l'huile de ricin varie suivant qu’ils sont ou non concentrés. Si l’on chauffe de l'huile de ricin avec de la potasse concentrée dissoute dans la plus petité quantité d’eau, mais en quantité exactement nécessaire pour la saponifier, il distille de l’aldéhyde caprylique presque pure, et il reste un sel alcalin, dont l’acide que M. Bouis, , qui à étudié cette réaction, n’a pas nommé.
Il ne se produit ici ni acide sébacique, ni alcool ane ni dégagement d'hydrogène.
Si la température est portée brusquement à 265° avec un excès d’alcali; on obtient de l’alcool caprylique presque pur, et ilse forme de l’acide sébacique en même temps qu'il se dégage de l'hydrogène .