PROPRIÉTÉS THÉRAPEUTIQUES DU RICIN
Les feuilles de riciñ sont employées par les femmes de la côte occidentale d'Afrique pour activer le travail de la lactation. Dans ce but, elles font, avec ces feuilles pilées, des cataplasmes qu’elles appliquent sur leurs seins.
D’après Williamet Tyler Smitts (Dechambre, Dict. encycl. des Sc. méd.), ces applications déterminent des effets emménagogues, et William affirme qu’elles provoquent, de la manière la plus énergique la sécrétion lactée (The Lancet, 1852). Il convient d’ajouter que Turner, dans son AHerbal (1568), attribue au ricin une propriété opposée.
Mais l'observateur qui est le plus affirmatif au sujet des propriétés galactifères des feuilles de ricin, c’est le D' Gilfillan, qui s'exprime ainsi (Amer med. Times, 1862) : «Lorsque le lait manque chez les nourrices par altération de la santé, faiblesse générale, appauvrissement du sang, le ricin n’est d'aucune utilité. C’est, lorsque le défaut de sécrétion dépend d’une atonie de la glande mammaire coïncidant avec un appétit régulier, conservation des forces, qu’il convient d’en faire usage. Il exerce alors une action stimulante sur cette glande dont la sécrétion laiteuse augmente très rapidement, sans nuire à la qualité». Il relate les deux expériences suivantes :
«Madame L..., primipare, 22 ans, bonne santé, seins bien développés, s'aperçoit, 3 semaines après sa délivrance, de la diminution de son lait, et parle de sevrer son enfant. Je lui conseille d'attendre. Trois semaines après, le lait n’augmentant pas spontanément, j'ordonne une cuillerée à café de
ne ro l suc exprimé de feuilles de ricin, 3 fois par jour ; et, après 10 doses, la sécrétion étant devenue plus abondante, elle cessa. Quinze jours après, le lait diminuant de nouveau, elle en renouvela l'emploi pendant 5 jours avec le même succès. La dose fut, dans ce cas, de 2 onces par jour».
«Madame C., 31 ans, robuste, n’allaitant que d’un sein, vit son lait diminuer à son 4°° enfant, comme aux 3 autres, dans le 1°” mois de l’allaitement. Précédemment, il était tari complètement dès le 3° mois. Je lui conseillai le suc de ricin, dont six doses suffirent pour augmenter convenablement la sécrétion (/oc. cif.).» Le même observateurajoute qu'il a surtout retiré de grands avantages de cette médication en employant l'extrait fluide de feuilles de ricin, qu’il con- sidère comme le stimulant spécifique de la sécrétion mammaire, n'ayant aucune action fâcheuse sur les Lima nerveux, circulatoire et digestif. ;
Adanson rapporte que les nègres du Sénégal mettent des feuilles fraîches de ricin sur leur tête pour se guérir de la céphalalgie. Ce moyen, dans un cas, paraît avoir causé une cécité passagère (Mém. de la soc. royale de méd. 1777, 302). Thumberg dit que cet usage est répandu aussi au Cap; mais là on emploie les feuilles à l’état sec ( Voyage, I, 184). Au Malabar, on les applique, fraîches et pilées, contre la migraine, les douleurs goutteuses, ete., etc.
Enfin, quelques auteurs disent qu’en Chine les feuilles de ricin sont employées à l’intérieur comme purgatif. Comme les feuilles de nos pays ne jouissent pas de cette propriété, il serait bon de voir si la culture et le climat ne sont pas capables de faire varier leurs propriétés. Ce premier point élucidé, il resterait à établir, sur des données cliniques positives, jusqu’à quel degré les feuilles participent aux propriétés purgatives des semences.
La racine a aussi été employée. Brown assure qu’elle est
CN En) purgative et diurétique. Je n'ai rencontré à ce sujet aucune observation me permettant de discuter la valeur de cette opinion. |
Mais ce sont surtout la graine de ricin et son huile qui ont été étudiées au point de vue médical.
Cette huile, dont les graines contiennent une très grande quantité, est journellement employée comme purgatif doux. Elle n’exerce sur le tube digestif aucune action irritante, propriété qui la rend particulièrement utile lorsqu'il s’agit de provoquer des évacuations alvines sans déterminer l’irritation de l'intestin. On l’administre avec succès contre la constipation et pour évacuer les vers intestinaux après l’administration d’un anthelmintique. Mais elle n’a pas, par ellemême, les effets tænifuges que lui reconnaissent Dunant et Odier, propriétés contestées d’ailleurs par la majorité des auteurs. \ ;
Par cela même qu’elle est un purgatif doux, elle ne saurait convenir aux Cas où l’on doit secouer, en quelque sorte, l'organisme, détourner les congestions qui menacent les parties supérieures, produire une révulsion énergique au profit de quelque organe que ce soit. Elle aurait également peu de chances de réussir contre les constipations opiniâtres, résultant d’une inertie extrême de l'intestin, et de même contre les empoisonnements ‘où il importe d'obtenir d’abondantes et promptes éliminations. Enfin elle est impropre aux actions dépuratives ; elle n’exerce aucune influence sur letégument cutané et ne modifie en rien les affections de la peau, dans le traitement desquelles, par conséquent, il est complètement inutile de la faire intervenir.
Ce médicament est un purgatif précieux pour les enfants qu’elle ne tourmente pas par dés coliques et qu’elte n’affaiblit pas par des évacuations excessives. Elle doit être aussi
— 2 —. 4 ; préférée à tout autre purgatif pour combattre la constipation pendant la grossesse. |
L'huile de ricin, administrée en lavements, ne produit plus d'effets comparables à ceux qui suivent son ingestion par la bouche. On doit encore moins en attendre des effets, si on l’applique extérieurement sur les parois de l'abdomen, comme on le faisait autrefois dans la médecine vulgaire.
Elle adoucit la peau d’une manière notable, et si elle n’est plus employée, aujourd’hui, dans le traitement des affections cutanées, elle pourrait l’être avec avantage contre lesformes sèches et rugueuses.
Les semences de ricin ont une action violente qui les différencie complètement de l’huile qu’on en extrait. Les premières, malgré quelques tentatives faites dans cette voie, ne doivent pas être admises comme succédanées de la seconde. Ces semences ont une action éméto-cathartique considérable; il suffit souvent d’une seule pour déterminer des vomissements et des effets drastiques ; trois ou quatre ont pu mettre la vie en péril (Bergins-Lanzoni).