USAGES
En dehors de son emploi en médecine, le ricin et ses produits ont reçu diverses applications.
Les auteurs rapportent que les Gaulois et les Germains cultivaient le ricin, non seulement comme plante d'ornement mais encore à cause de la ‘propriété qu’ils lui avaient reconnue d’éloigner les taupes. Il parait que, dans certaines contrées, en France notaminent, le ricin est encore cultivé à
Les, ou PER DU STATE PRE GARE
| | — 25 — cet effet. M.R..., de C..., avait dans son jardin une plantation assez importante d'oignons à fleurs. Les taupes faisaient à cette plantation des ravages considérables. Quelques pieds de ricin répartis dans ses carrés ont suffi pour chasser ces insectivores.
Les feuilles, desséchées et pulvérisées, peuvent servir comme insecticide. La décoction des feuilles sert également à la destruction des insectes (Journ. de Pharm. et de Ch., 5° série, t. 14). |
Mais l’huile est le produit de cette plante qui est-le plus employé. L'industrie en consomme des quantités considérables. La parfumerie l'emploie dans la fabrication de certains savons de toilette, ayant la propriété de donner à la peau une très grande souplesse. Les produits liquides et les pommades destinés à l'entretien et à l’embellissement de la chevelure, préparés par les bons fabricants français et étrangers, sont tous à base d'huile de ricin. Cette huile jouirait, d’ailleurs, de la propriété d'arrêter la chute des cheveux(Délioux de Savignac) (1). : |
Enfin, emploi le plus important, et l’on peut dire capital, de l’huile de ricin est, dans l’industrie, comme moyen de graissage des machines. Elle a l'immense avantage de rester adhérente au métal, qu’elle protège eflicacement contre le chauffage résultant du frottement, et contre l’usure qu'il occasionne. Moins oxydable que l'huile d’olive,elle ne durcit pas et n’encrasse pas, presque immédiatement, les pièces mécaniques par la formation d’un cambouis. Les chemins de fer et les bâtiments à vapeur américains et anglais l’emploient à cet usage, de préférence à toute autre huile.
(1) Dict. encycl. des sciences. méd. de Dechambre,
op
PHARMACOLOGIE
Extraction de l'huile. — On n’emploie en pharmacie que
de l’huile de ricin extraite à froid. Voici le procédé générale-
ment suivi.
On prend des ricins de l’année, on les monde de leur enveloppe testacée, soit en les faisant passer entre des cylindres convenablement distants, soit en les frappant sur un marbre avec une spatule de fer, on vanne et on achève de monder à la main. On les enferme, alors, dans des sacs de fort coutil, on les soumet à la presse, en ménageant la pression, afin de donner à l’huile le temps de s’écouler. Quand il n’en sort plus, on retire le marc des sacs, on le réduit en pâte et on le soumet de nouveau à la pression. On filtre ensuite au papier l'huile ainsi obtenue. Ilest bon de faire toutes ces opérations dans une pièce légèrement chauffée. De cette facon, l'huile, devenant moins visqueuse, se sépare plus facilement et filtre plus vite.
Pour la filtration de l'huile de ricin, Procton recommande de faire usage d’un entonnoir en fer-blanc, muni d’un tube de 5 pieds et terminé par un rebord permettant d’y fixer un sac d’étoffe serrée. Il est certain que la pression que la colonne supérieure exerce sur l'huile contenue dans le sac doit donner plus de rapidité à la filtration.
Dans l’industrie, on modifie plus ou moins le re opératoire ; mais, quel que soit le procédé suivi, l'huile de ricin destinée à l’usage médical doit être extraite à froid.
Toute l'huile de ricin employée autrefois en Europe arri-
vait de l’Inde et de l'Amérique. On avait recours à la cha-
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leur pour l’extraire. Les graines étaient d’abord torréfiées dans des chaudières, puis pilées. La pâte ainsi obtenue était traitée à l’ébullition par l’eau, et on recueillait l'huile qui surnageait. Ce procédé était défectueux sous tous les rapports : il donnait une huile fortement colorée et qui rancissait avec une très grande facilité, à cause de la petite quantité d’eau qu’elle contenait et dont on ne la débarrassait pas suffisamment bien. On modifia ce procédé en supprimant la torréfaction, mais, pour le reste de l’opération, on continua comme précédemment.
L'industrie nationale pourrait, aujourd’hui, fournir à la pharmacie française toute l’huile de ricin qu’elle emploie : mais quelques marques étrangères jouissent d’une réputation si bien établie et justifiée d’ailleurs que l'huile française ne constitue pas la moitié peut-être de l'huile de ricin employée en France.
Je ne erois pas devoir passer sous silence le procédé d’extraction proposé par Faguer, pharmacien à Paris. Ce procédé consiste à traiter à froid les graines de ricin, pilées, par l’alcoo! à 85° On évapore ensuite l’alcool. Ce procédé, qui est trop dispendieux et qui ne donne pas un produit supérieur à celui de l'industrie, à été abandonné presque aussitôt. ;
L'huile de ricin bien préparée est visqueuse, épaisse, incolore ou à peine colorée en jaune paille, inodore, de saveur douce, avec un arrière-goût désagréable et nauséeux, mais sans âcreté. ;
Sa densité, plus grande que celle des autres huiles fixes, est de 0,964 à 15°. Elle rougit le tournesol, est soluble dans l’alcool absolu et l’éther en toutes proportions, ainsi que dans l'acide acétique cristallisable, soluble dans 5 parties d'alcool à 90°, insoluble dans l’essence de pétrole et la benzine. Elle se congèle à-18° en une masse jaune transparente. Elle ran-
LORS cit à l’air, en prenant une saveur âcre, mais elle n’est pas siccative, bien que la plupart des auteurs le disent. L’exposition à l'air lui donne une consistance plus épaisse, mais non solide. L'huile de ricin dévie, à droite, le plan de la lumière
polarisée, ce qui la distingue des autres corps gras. (0. Popp.
Archiv. der. Pharm., 2° série, CXLV, 233, 1871)
Falsifications.— L'huile de ricin peut être mélangée avec différentes huiles commerciales d’un prix moins élevé. Je vais passer en revue les différentes falsifications auxquelles elle est quelquefois soumise et les impuretés qu’elle peut contenir, en indiquant au fur et à mesure les moyens de les reconnaître. ,
L'huile de ricin est quelquefois falsifiée par une addition d'huile de résine. D’après M. Gilbert (Zur Prüfung der Oleum Ricini, Chem. Zeit., XIII, 428, et Archiv. d. Pharm., 3, XX VII, 1093, 1889), on peut découvrir cette falsification à l’aide de l’acide azotique à 1,31 de densité. Lorsqu'on agite de l’huile de ricin pure, avec parties égales d'acide azotique à 1,31, l'huile brunit faiblement, tandis que l'acide reste incolore. L'huile de résine, traitée de la même façon, brunit fortement, et l'acide devient brun-jaune. Quand donc une huile de ricin est additionnée d’huile de résine, on obtient, dans les mêmes conditions, les phénomènes ,de coloration propres à l'huile de résine, à un degré correspondant à sa proportion dans le mélange.
Huises pouces. — En outre de leur insolubilité dans l’al-
cool, ces huiles ne donnent pas les réactions propres à l'huile de ricin.
L’essai, qui consiste à traiter l'huile de ricin par l'alcool ou l'acide acétique cristallisable, n’a pas une valeur absolue. Les huiles douces deviennent, en effet, solubles dans ces
2-00 dissolvants, lorsque leur mélange avec l’huile de ricin ne dépasse pas certaines limites (33 °/, pour l’huile d’œillette et celle de pavot, d’après Pereira): Il faut donc avoir recours à d’autres procédés. Il en existe beaucoup. Je vais énumérer les principaux. |
On peut mettre à profit dans ces essais l’action de la potasse sur l'huile de ricin, action étudiée par M. Bouis en 1855 et 1856, Lorsqu'on distille cette huile avec un excès de potasse caustique, il se produit un dégagement d'alcool Caprylique, et de la quantité de cet alcool obtenu, pour un poids donné d’huile à essayer, on peut déterminer les proportions dans lesquelles a été fait le mélange. Pour cela, on distille 100 grammes d’huile avec 50 grammes de potasse caustique dissoute dans la plus petite quantité d’eau possible. On doit obtenir au moins 20 centimètres cubes d’alcoo! caprylique. Si la quantité est moindre, on est certain d’avoir une huile de ricin impure. Une simple proportion conduit à la teneur en huile étrangère.
HUILE DE coron. — Procédé Courgy. — Réactif.
Nitralerd'ArDent. ee € 5 parties Acide azotique (D. 1.42). 1 partie Alcoo! rectifié (D. 0.838). 100 parties On mélange dans un tube bien sec 0 gr.60 de ce réactif avec 6 gr.40 d'huile. On chauffe pendant > minutes au B.-M. bouillant. Si l'huile est pure, elle devient à peine un peu jaune; mais, sielle renferme de l’huile de coton, elle devient rouge foncé (Pharm. journal, 1889, XX. 385).
Huice DE coco. — On met dans un. tube volumes égaux d'huile et d’éther de pétrole, on agite doucement en maintenant à la température de 16°. Le mélange n’est jamais clair si on a affaire à une huile pure. Si elle renferme de l'huile de
de 90 de
coco (5 o/o au moins), on a une solution parfaitement limpide.
ne donnant lieu par le repos à aucune séparation (oc. cit.).
OLÉINE pu LaRD (Lard oil). — Un mélange fait avec cinq
parties d'alcool à0,837 etune partie de l’huile à essayer, et
porté à la température de 30°, se trouble si cette huile contient seulement 2 o/od’huilede lard (Chem. and Drug.1888).
ImpuRETÉSs. — L'huile de ricin peut contenir une petite quantité d'huile de croton tighium, sans qu’il y ait pour cela sophistication. Cette huile peut provenir de quelques semences de croton mêlées accidentellement aux semences de ricin, d’où l’on a extrait l’huile à essayer. Je ne veux pas dire par là qu’on ne rencontre jamais dans le commerce des huiles de ricin falsifiées par l'huile de croton , dans le but de les rendre plus actives, ou fabriquées de toutes pièces sans semences de Ricinus communs.
Dans les deux cas, voici un procédé qui permet de reconnaître ce mélange, non seulement dans l'huile, mais aussi dans le contenu de ces capsules purgatives, vendues sous le nom de capsules d'huile de ricin concentrée, et qui, à mon avis, constituent une fraude.
Placer dans un tube à essai un peu de grenaille de zine, 7 centimètres cubes d’eau distillée et 10 grammes de l'huile à essayer, mêlée préalablement à 4 grammes d’alcool. Verser l'huile avec précaution. Faire arriveralors sur le zinc, au moyen d’un tube effilé, quelques gouttes d'acide sulfurique. L’hydrogène naissant transforme l’acide crotonique en acide butyrique qui, se combinant avec l'alcool, donne du butyrate d’éthylé, à odeur forte d’ananas.
Je dois ajouter à cette énumération l'huile de ricin rancie. Un procédé a été indiqué pour débarrasser l'huile du goût
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âcre et fortement nauséeux que cette oxydation lui communique. | |
Il saffit de chauffer 200 grammes d'huile à 30°, d’y ajouter 1 gramme d'alcool et 1 gramme d’acide sulfurique. On agite, laisse reposer et décante. On fait ensuite bouillir l'huile avec de l’eau pendant une heure et demie. Il n’y à, après refroidissement, qu’à recueillir l’huile (Paint. and Drug. Reporter, 1883).
Cette pratique ne doit pas être suivie par un pharmacien conscieneieux : l’huile rance doit être rejetée par lui.