‹ Étude sur le rôle de l'accent latinChapitre 10 sur 39 · III. ARTICLE ET PRONOM · texte numérisé non relu

III. ARTICLE ET PRONOM

Les mots de cette classe sont généralement trop courts pour donner lieu à beaucoup d’observations sous le rapport de l’accent. Ils offrent cependant à la règle de la persistance quelques exceptions remarquables.

Les comiques latins comptent la première syllabe de ille, Ma, Mum comme une brève : ces mots peuvent même être regardés tout h fait comme des enclitiques , comme le montre la composition ellum, ellam, pour en Mum, en Mam (1). Si l’accent avait été marqué sur Me, jamais on n’aurait abrégé il ni supprimé cette syllabe en composition (2). Aussi ne faut-il pas s’étonner que, par une exception unique , les Romans aient gardé de ce mot la syllabe de désinence : il-le , le; il-la , la ; illi-lui; illosles. Mais en même temps ils se sont servis de la syllabe il pour en former le pronom personnel de la 3 e pers. : il, elle ; ils, elles, eux. Leur ou lor est le génitif plur. de ille, illdrum ; aussi n’y mettait-on jamais d’y au moyen âge : leurs biens est une orthographe moderne et illogique. Cette distinction ingénieuse entre l’article et le pronom personnel a sans doute été faite déjà dans le latin rustique, car on la trouve dans toutes les langues romanes. C’est par un procédé analogue qu’on a formé du datif de plusieurs pronoms, alteri, nulli, huic Mi, les mots autrui, nullui, celui, en l’accentuant ad hoc sur la dernière : on était obligé d’avoir recours à ce déplacement de l’accent pour obtenir une forme distincte de celle du nominatif.

fl) Voy. Corsaen, II, p. 207; Weil el Benlœw, p. 202 et auiv.

(2) Le même fait avait lieu pour isle , islic , et on irouve même les formes 'ste, ’sta, 'sli, ’storum, ’slvc, ’slunc, dans les meilleurs manuscrits de Plaute, Térence, Virgile, Cicéron et Gaius. Cf. l’ital. stessi , slesso (Corssen, II, p. 80 et auiv.).

Le pronom cest , formé de hic iste , offre une aphérèse bien remarquable , car elle porte sur une syllabe qui était originairement accentuée ; icest , qui coexiste à cest, est mieux formé. Il faut en dire autant de cel et icel, formés de hic ille. Le neutre de ce composé , hoc illud, a été pris comme adverbe affirmatif, oïl, oui.

M. Diez pense que eo (Serin, de 842) , jeo, je , doivent être accentués éo, jéo. Je ne le crois pas ; il faut prononcer eu, jeu, et c’est ainsi que ces pronoms riment avec bien (voy. page 38, note 1).

Les pronoms possessifs mea, tua, sua, ont eu une double forme , suivant qu’on a conservé l’accentuation latine me a , tüa , sua ou bien qu’on a traité les lettres ea comme eo dans capreolus , linteolum (voy. plus haut). Dans le premier cas on a dit moie, tue ou toie, sue ou soie (voy. Burguy, I, p. 39 sqq.); dans le second ma, ta, sa. La deuxième forme est seule restée. Mon, ton, son représentent meum, tuum, suum; l’ancienne langue avait aussi la forme nominative mis ou mes, tis ou tes, sis ou ses (voy. Burguy, l. c.), meus, tüus, süus. De moie , toie, soie, ou plutôt de mie, tue, sue, on forma, par l’adjonction du suffixe en, mi-en, tu-en, su-en, d’où mien, tien, sien (Diez, II , p. 100). Ces mots ont donc été originairement dissyllabiques et ont subi postérieurement une synérèse. On trouve, en effet, dans un très-ancien fragment d’Alexandre , soyien dissyllabe :

Mois vay et cort de l'an primyer

Que altre cmfes del soyien tieyr. — Fr. d'Alex., v. 75 (1) ;

et toen dissyllabe dans Alexis :

E d’icel bien ki toen doüst estra. — Alexis, str. 81.

(1) Publié dans Paul Heyse, Romanische Inedita, p. 2-6. L’éditeur lit, il est vrai.del soyenlreyr; mais je ne voisaucuu sens â donner à ce mot.

Même vient de metipsimus pour metipsissimus ( 1 ) ; l’ancienne forme était medesme, medisme, d'où meesme, mesme , même.

Kar sue est la mer, e il medesme la fist. — Ps. Oxf., xciv, 5. Ensorquetut et si veit Deu medisme. — Alexis, str. 123.

Il ne faut pas confondre mesme avec maisme , maximum , superlatif qui ne nous a pas été conservé, mais qui a subsisté dans l’ancien adverbe maismement , massimamente.

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